2015, un bilan en bleu (2/6) : le sélectionneur

Publié le 10 décembre 2015, mis à jour le 11 décembre 2016

Coincée entre un Mondial et un Euro, cette année aura été mouvementée pour Didier Deschamps, aussi bien dans le domaine sportif avec des résultats en dents de scie que dans l’extra-sportif avec l’affaire Benzema/Valbuena. Mais le capitaine des champions du monde a de la ressource.

La question était évidemment déplacée, mais elle avait le mérite de trancher avec la communication lisse de la FFF : « Allez-vous démissionner ? » C’était lors de la conférence de presse du 13 juin à Elbasan, dans la banlieue de Tirana, après un Arménie-France neurasthénique où les Bleus venaient de perdre pour la troisième fois de l’année. Et c’était un journaliste local qui l’a posée. Didier Deschamps n’a pas répondu, évidemment, mais un an avant l’Euro, le message était clair : nul n’est irremplaçable, même pas le capitaine des champions du monde et d’Europe. Et un échec en France en 2016 hypothèquerait grandement l’avenir de Deschamps à la tête de l’équipe de France.

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On n’en est pas là. Tout d’abord parce que les six matches joués entre septembre et novembre ont semblé renouer le fil de la progression démarrée fin 2013. Ensuite parce que Deschamps est toujours soutenu par Noël Le Graët, et par les médias dans leur ensemble. Enfin parce que le sélectionneur a très habilement géré les nombreux pièges qui se sont présentés à lui cette année : imperméable à toute pression extérieure, Didier Deschamps a toujours pris soin de ne pas s’enfermer dans des choix qui ressembleraient à des impasses.

Des choix sportifs clairs et assumés

Les mises à l’écart sans fracas de Samir Nasri en 2013, Franck Ribéry l’an dernier et Dimitri Payet depuis six mois n’ont pas empêché Deschamps de rappeler Hatem Ben Arfa malgré leurs mauvais rapports à l’OM ou Lassana Diarra qui avait annoncé il y a deux ans son retrait de la sélection. Si le Niçois n’a pas convaincu, le Marseillais semble être devenu la pièce manquante du milieu à trois, derrière Matuidi et Pogba. « C’est un joueur important car il casse les relances adverses et oriente bien le jeu. Il est venu en toute humilité, c’est une preuve d’intelligence. » N’est-ce pas ?

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De même, il n’a pas hésité à lancer de très jeunes joueurs (Fekir, Ntep, Martial, Coman) dans un secteur de jeu qui semblait pourtant verrouillé, l’attaque. Là aussi, ça ne marche pas à tous les coups, à cause de blessures essentiellement (pour les deux premiers). Mais les arrivées de Martial et de Coman en sélection, très improbables encore en début d’année, élargissent et compliquent les choix à venir pour l’Euro. Le 13 novembre face à l’Allemagne, on l’a dit, Deschamps a aligné ce qui pourrait bien être l’équipe type en juin prochain.

Un autre cas intéressant, bien que plus anecdotique, est la gestion de Stéphane Ruffier. Le gardien stéphanois, numéro 2 au Brésil, ne supporte plus son statut de remplaçant du remplaçant, le poste de gardien étant le seul à être triplé (ce qui, pour des matches amicaux, est d’ailleurs très discutable). Fin septembre, le portier des Verts appelle le sélectionneur pour lui dire, en substance, qu’il ne veut plus de ce poste de numéro 3. L’affaire ne fait aucune vague, elle est gérée en souplesse et dans la transparence. Ruffier assure à Deschamps qu’il se tient disponible le cas échéant, sous entendu s’il est appelé pour jouer.

Des affaires extra-sportives à répétition

Qui disait que l’année amicale 2015 serait un long fleuve tranquille ? Entre mars et novembre, l’extra-sportif a fait irruption quatre fois dans le quotidien du sélectionneur. Tout commence trois semaines avant France-Brésil. Nabil Fekir, qui possède la double nationalité franco-algérienne, est sollicité par Christian Gourcuff, sélectionneur des Fennecs. Le Lyonnais hésite, sa communication est cafouilleuse. Le 6 mars, l’Equipe annonce qu’il a opté pour l’Algérie. Fekir ne confirme pas, puis annonce le 10 qu’il choisit les Bleus. « La France, c’est mon choix » affirme-t-il. Didier Deschamps le sélectionne contre le Brésil et lui renouvelle sa confiance pour les quatre matches suivants, jusqu’à la blessure du Lyonnais à Lisbonne en septembre.

Le 8 octobre, les Bleus doivent rencontrer l’Arménie à Nice. Cinq jours plus tôt, des pluies diluviennes s’abattent sur la Côte d’Azur. En deux heures, l’équivalent de deux mois de précipitations cause des dégâts considérables et provoquant une vingtaine de morts. Dès lors, la FFF s’interroge : jouera, jouera pas, et si oui, l’Allianz Riviera sera-t-il pratiquable ? Le lundi, un audit confirme que le stade n’a pas souffert des trombes d’eau qui ont interrompu le Nice-Nantes du week-end. Les Bleus viendront et vaincront facilement (4-0) avec un doublé de Karim Benzema. Mais déjà une autre affaire se profile.

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Le 13 octobre, Djibril Cissé est mis en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur un chantage dont fait l’objet Mathieu Valbuena : 100 000 euros contre la non-diffusion d’une vidéo intime volée du joueur et de sa compagne, une sextape. Cissé est relâché, mais trois jours plus tard, le nom de Benzema sort dans la presse. Le 4 novembre, l’attaquant du Real est placé en garde à vue à Versailles. Il est mis en examen le 5 pour complicité de tentative de chantage. Que va faire Deschamps ? Il ne convoque pas Benzema pour les derniers matches de l’année contre l’Allemagne et l’Angleterre, mais il écarte aussi Valbuena, curieusement, alors que ce dernier jouera régulièrement avec Lyon. Zidane et Le Graët soutiennent Benzema, alors que le ministre des sports Patrick Kanner et le premier ministre Manuel Valls demandent des sanctions. L’hypothèse d’une absence du meilleur passeur et du meilleur buteur des Bleus à l’Euro grandit chaque jour, jusqu’à l’annonce, le 10 décembre, que Benzema n’est plus sélectionnable jusqu’à nouvel ordre, selon Noël Le Graët.

Enfin, le 13 novembre, alors que se déroule le match France-Allemagne, une vague d’attentats terroristes secouent Paris et Saint-Denis, faisant 130 morts et des centaines de blessés. Les Bleus passent une partie de la nuit au Stade de France avec la sélection allemande. La FFF annonce le lendemain que le match contre l’Angleterre à Wembley trois jours plus tard sera maintenu. A Londres, le 16 novembre, Deschamps apparaît très marqué à la conférence de presse. Il précise que ce n’est pas lui qui a décidé de jouer ce match, et que « nous sommes là avec les joueurs, le staff, pour représenter notre pays et montrer que nous sommes fiers d’être français dans une enceinte historique, merveilleuse, avec un peuple et des supporteurs anglais que je remercie pour tous leurs témoignages de solidarité ».

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Un bilan en demi-teinte (pour l’instant)

Didier Deschamps a dépassé en cours d’année Henri Michel pour devenir le cinquième sélectionneur des Bleus au nombre de matches dirigés (43). Il devrait rejoindre Roger Lemerre et Aimé Jacquet en juillet prochain si l’équipe de France atteint la demi-finale de l’Euro, et les dépasser si les Bleus vont en finale.

Pour autant, Deschamps a déjà perdu autant de matches que ses deux anciens sélectionneurs, qui cumulent 106 matches (8 défaites pour Lemerre, 3 pour Jacquet, 11 pour Deschamps). Un total conséquent à relativiser tout de même, puisque dans le lot il n’y a que trois matches en compétition, dont un seul (le quart de finale contre l’Allemagne) aura été éliminatoire. Si on compare où en étaient ses quatre prédécesseurs après 43 matches dirigés, Deschamps est en retard au nombre total de victoires (24, seul Hidalgo a fait moins bien avec 22) et de défaites (11 contre 12 à Hidalgo). Amusant d’ailleurs de constater que l’actuel sélectionneur des Bleus est dans les temps de passage de celui qui allait conquérir l’Euro à la maison en 1984...

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On rappellera aussi qu’un seul des trois sélectionneurs cités ci-dessus avait gagné quelque chose après 43 matches dirigés. Hidalgo inventait le carré magique lors du France-Pays-Bas de novembre 1981, Aimé Jacquet testait Anelka contre la Suède en avril 1998 et Roger Lemerre s’inclinait à Santiago contre le Chili en septembre 2001.

Si on affine l’analyse en se focalisant sur les seuls matches de compétition, le bilan de Deschamps est tout de suite bien meilleur. Au pourcentage de victoires (puisque le nombre de matches en compétition est différent pour chacun d’entre eux), il fait mieux que Domenech, Hidalgo et Jacquet (lequel a collectionné les matches nuls mais n’a jamais perdu). Seul Roger Lemerre le devance, avec 15 victoires en 21 matches de compétition.

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Au final, si cette année 2015 a été plutôt décevante en terme de résultats, elleaura été inhabituellement agitée en coulisses, sans qu’à aucun moment Didier Deschamps n’ait semblé être dépassé par la situation. Au contraire même, on peut affirmer qu’il s’est adapté constamment tout en gardant en tête l’objectif 2016, qui dépasse largement les cas particuliers de tel ou tel joueur. C’est plutôt rassurant.

A paraître le 25 octobre

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