Dans le creux de la vague bleue

Publié le 5 janvier 2013

Depuis 1944, l’équipe de France a alterné quatre cycles hauts et trois cycles bas d’une dizaine d’années chacun environ. Le cycle bas actuel, qui dure depuis 2006, finira bien un jour. Mais quand ?

Définir des cycles bas et des cycles hauts est un exercice évidemment subjectif, mais pas inintéressant. Disons qu’un cycle haut est une période historique pendant laquelle les Bleus gagnent plus de la moitié de leurs matches et atteignent au moins deux fois le dernier carré d’une compétition internationale. Cette période est aussi marquée par l’émergence d’un joueur de niveau mondial, entouré de cinq ou six joueurs de très haut niveau, ainsi que par des matches qui s’inscrivent dans l’histoire des Bleus (gagnés ou perdus).

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Si on regarde les précédents cycles historiques depuis la deuxième guerre mondiale, on constate qu’il y a eu trois cycles hauts (1954-1960, 1976-1986 et 1996-2006) séparés par cinq cycles bas.

1958, 1984 et 2000, trois sommets historiques

Le premier cycle haut va d’octobre 1954 à juillet 1960 (5 ans et 9 mois). Pendant cette période, les Bleus atteignent la demi-finale de la Coupe du monde 1958 en Suède, et sont encore demi-finaliste de la coupe d’Europe des Nations 1960 dont ils organisent le tournoi final. Dans cet intervalle, ils gagnent un match sur deux, emmenés par Raymond Kopa (Ballon d’or 1958), Just Fontaine, Roger Piantoni, Jean Vincent et Robert Jonquet.

Le deuxième cycle haut va de mars 1976 à juin 1986 (10 ans et 3 mois). C’est la période Hidalgo-Platini riche de deux demi-finales mondiales en Espagne en 1982 et au Mexique en 1986, avec au milieu un titre européen en 1984 à domicile. Les Bleus remportent 56% des matches grâce à un Platini triple Ballon d’or (1983-1984-1985) entouré d’Alain Giresse, Jean Tigana, Maxime Bossis, Manuel Amoros ou Dominique Rocheteau.

Le troisième cycle haut est le plus long et le plus riche, de janvier 1995 à juillet 2006 (11 ans et 6 mois). Il correspond quasiment aux années Zidane, avec un titre mondial en 1998, un titre européen en 2000, une finale mondiale en 2006, une demi-finale européenne en 1996 et deux coupes des Confédérations en 2001 et 2003. Les Bleus écrasent tout sur leur passage avec 100 victoires en 155 matches (14 défaites seulement !). Zidane est Ballon d’or 1998 et profite d’une génération exceptionnelle avec Thierry Henry, Lilian Thuram, Laurent Blanc, Didier Deschamps, Marcel Desailly, Bixente Lizarazu, Patrick Vieira ou Fabien Barthez.

Les trois sommets de ces cycles sont évidemment le Brésil-France de Solna en 1958, le France-Portugal de Marseille en 1984 et le France-Italie de Rotterdam en 2000.

On constate, ce qui est plutôt rassurant, une amélioration tendancielle très nette du niveau des Bleus, puisque leur pourcentage de victoires augmente aussi bien dans les cycles forts que dans les cycles faibles, même s’il sera évidemment difficile de faire mieux que la période 1995-2006.

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Les cycles, déjà visibles sur le graphique précédent, sont encore plus flagrants si on restreint l’étude aux matches en compétition.

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Restreignons encore l’étude sur les matches de phase finale. Pour la coupe du monde, c’est simple. Pour la coupe d’Europe des Nations, qui s’est déroulée de 1960 à 1976 sous la forme d’une phase qualificative, puis de quarts de finale en aller-retour et d’un mini-tournoi à quatre sous la forme de demi-finales à élimination directe et finale organisé par l’un des pays qualifiés, on retient comme phase finale ces quatre derniers matches.

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Le schéma ci-dessus montre les résultats en phase finale, et surtout la proportion de matches joués pour chaque cycle par rapport au maximum possible (dans l’hypothèse où les Bleus auraient au moins atteint une demi-finale mondiale ou une finale européenne).

1969, 1993, 2010, plus dure sera la chute

Ici, les différences sont flagrantes : trois matches joués en 60-75 (sur 31 possibles !), trois également en 86-94 (sur 19 possibles) et dix en 2006-2012 sur 19 possibles, ce qui est mieux, mais il ne faut pas y regarder de trop près : une seule victoire et six défaites en dix rencontres. On peut aussi en conclure qu’avec l’inflation de participants aux phases finales (de 8 à 16 pour l’Euro, de 16 à 32 pour la coupe du monde), les phases qualificatives sont plus faciles. Ce qui veut dire qu’une élimination au premier tour dans les années 2000 est comparable à une non-qualification à la phase finale dans les années 50 à 80.

Une autre représentation possible consiste à montrer le niveau atteint par l’équipe de France dans chaque compétition mondiale (depuis 1950) et européenne (depuis 1960).

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Les points les plus bas de ces trois cycles faibles sont la défaite à domicile contre la Norvège à Strasbourg en novembre 1968 (0-1) en qualifications du Mundial mexicain, l’humiliation au Parc des Princes contre Israël en octobre 1993 (2-3) à huit mois de la coupe du monde américaine, et bien sûr la défaite rocambolesque face au Mexique à Polokwane en juin 2010 en Afrique du Sud (0-2).

Reprenons de l’altitude

Depuis 2007, les Bleus sont de toute évidence dans un cycle bas, même s’ils ne sont jamais retombés au niveau catastrophique qui était le leur dans les années soixante. Leur pourcentage de victoires en compétition est plutôt bas (51%), mais en hausse par rapport aux précédents cycles bas (44% en 60-75, 46% en 86-94). Les résultats en phase finale sont en revanche très mauvais, avec une seule victoires en dix matches.

Jusqu’où ira ce cycle ? Sachant que le précédent (1986-1994) a duré huit ans, et que celui d’avant (1960-1975) s’est étalé sur quinze ans, on peut tabler sur une petite dizaine d’années. Ce qui nous mène à 2016 dans le meilleur des cas, ou 2018. Il faudrait d’ici-là que les internationaux actuels haussent sérieusement leur niveau, et que l’un d’entre eux éclate vraiment. On n’en est pas là.

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