David Trezeguet, l’héritier de Fontaine et Papin

Publié le 23 juillet 2014, mis à jour le 20 février 2016

On ne reverra plus le roi David sur un terrain : le FC Pune City aura été l’ultime étape du dernier des grands buteurs de l’équipe de France. L’occasion d’un dernier hommage.

Son apport

Quand David Trezeguet arrive chez les Bleus en janvier 1998, alors que Jacquet procède à ses derniers essais avant la coupe du monde, c’est un profil atypique que le public français découvre. Du moins ceux qui ne l’ont pas encore remarqué avec Monaco, où son duo avec Henry commence à faire des étincelles (24 buts en 43 matches pour David, 11 buts en 44 matches pour Thierry). Trezeguet, c’est un goleador à l’ancienne, dans la lignée des Carlos Bianchi ou Delio Onnis, mais avec un physique longiligne et un jeu de tête très supérieur. Des joueurs comme ça, les Bleus n’en ont pas eu beaucoup, et encore moins qui se sont illustrés au niveau mondial. Pour faire court, on évoquera Just Fontaine et Jean-Pierre Papin. Trezeguet va faire mieux, beaucoup mieux même, puisqu’il sera champion du monde à 20 ans et neuf mois, et champion d’Europe avant ses vingt-trois ans.

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Les principales qualités de Trezeguet sont un sens de placement hors du commun — qui lui permet d’être toujours au bon endroit dans la surface pour cueillir les ballons qui traînent ou que le gardien repousse — et une précision impressionnante dans ses frappes du droit, du gauche ou de la tête — il cadre presque toujours ses tentatives. Non seulement il marque 34 buts en bleu avec un nombre de sélections somme toute moyen (71, une de moins que Platini), mais en plus il n’a été titulaire que lors de 59% de ses apparitions, soit moins d’une heure de temps de jeu par match. Et il ne faut pas oublier qu’il est directement impliqué dans deux buts décisifs pour les titres de 1998 et de 2000 : contre le Paraguay à Lens, il rabat de la tête un centre de Pires pour Laurent Blanc qui inscrit un but en or. Et à Rotterdam contre l’Italie, c’est lui qui dévie, encore de la tête, le long dégagement de Barthez à destination de Wiltord pour une égalisation au bout du bout du temps additionnel.

 

Italie-France 2000 : Trezeguet a non seulement marqué le but en or, mais il a offert à Wiltord l’égalisation dans le temps additionnel.

Alors bien sûr on peut lui reprocher une faible participation au pressing et au repli défensif, et une mobilité toute relative — certains le qualifiaient durement, dans ses dernières années en Bleu, de poteau téléphonique. Un profil de jeu adapté à une équipe ayant la possession et opposée à des adversaires regroupés derrière, beaucoup moins à une formation basée sur la récupération et jouant les contres. Le recentrage de Thierry Henry et le retour tardif de Nicolas Anelka lui auront coûté sa place. Dommage, parce qu’à l’issue d’une carrière plus qu’honorable en club (dix ans et 171 buts marqués à la Juve), son passage en Bleu n’aura valu que pour ses deux premières années. Il aurait pu devenir le plus grand buteur en Bleu de tous les temps, il se contentera du rôle de troisième, derrière Henry et Platini.

 

France-Paraguay 1998 : à six minutes de la séance de tirs au but, Trezeguet rabat de la tête le ballon pour Laurent Blanc (à 8’00 sur la vidéo).

Trezeguet au classement des joueurs

Longtemps situé en bas du top 20, Trezeguet a été devancé en 2014 par Benzema, puis en 2015 par Lloris. Il est désormais talonné par Evra qui pourrait le dépasser avant l’Euro. Trezeguet aurait pu devancer Claude Makelele, mais il paie son temps de jeu moindre, puisqu’il n’a été titulaire que dans 59% des matches auxquels il a participé. Il aura au moins la satisfaction de devancer à tout jamais Nicolas Anelka, avec qui les relations n’étaient pas vraiment cordiales. Et il reste à une encâblure du plus grand joueur français de tous les temps, Michel Platini.

Joueur Sel Tps
de jeu
en mn
%
matches
titul
G N P Buts Cap
19 Hugo Lloris 72 6429 100% 35 21 16 0 48
20 Michel Platini 72 6295 97% 37 17 18 41 46
21 Claude Makelele 71 5379 85% 42 19 10 0 0
22 David Trezeguet 71 4094 59% 40 19 12 34 0
23 Patrice Evra 69 5753 94% 37 19 13 0 5
24 Nicolas Anelka 69 4249 72% 35 19 15 14 0
25 Marius Trésor 65 5679 98% 28 19 18 4 25
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Trezeguet au classement des buteurs

De ce côté-là, pas de souci pour Trezegol qui n’est menacé que par Karim Benzema (27 buts début 2016, huitième place). Le madrilène devra marquer huit fois pour chasser le franco-argentin du podium des buteurs et atteindre les 35 buts pour dépasser son aîné afin de compenser une moyenne plus faible. Mais ce n’est pas demain que le champion du monde et d’Europe sortira du top 5, Olivier Giroud pointant très loin derrière (13 buts). On notera aussi que, tout comme Just Fontaine, Trezeguet n’a jamais marqué sur coup-franc ou sur pénalty. En revanche, il a réussi le dernier triplé de l’équipe de France à ce jour, en août 2000.

Joueur Buts Sel buts/
match
CF Pe 2 3+
1 Thierry Henry 51 123 0,41 1 2 7 0
2 Michel Platini 41 72 0,57 11 3 4 2
3 David Trezeguet 34 71 0,48 0 0 6 1
4 Zinedine Zidane 31 108 0,29 2 6 4 0
5 Just Fontaine 30 21 1,43 0 0 4 5
6 Jean-Pierre Papin 30 54 0,56 0 6 5 0
7 Youri Djorkaeff 28 82 0,34 1 5 2 0
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Trezeguet au classement des remplaçants

Voilà ce qui caractérise le mieux la drôle de carrière internationale de Trezeguet : 29 fois remplaçant sur 71 matches joués, ce qui en fait le troisième substitut de l’Histoire des Bleus derrière le duo Pires-Wiltord [1], soit exactement le coaching gagnant de Roger Lemerre en finale de l’Euro 2000.

Nom J re tps re % J re % tps re buts re % buts re
1 Robert Pires 37 1037 47% 25% 4 29%
2 Sylvain Wiltord 37 918 40% 18% 8 31%
3 David Trezeguet 29 851 41% 21% 13 38%
4 Sidney Govou 27 624 55% 28% 1 10%
5 Djibril Cissé 27 607 66% 37% 3 33%
6 Youri Djorkaeff 24 706 29% 13% 8 29%
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Son équipe préférentielle

En dix ans, il a joué avec 66 partenaires différents. Parmi les onze premiers, trois ne sont pas champions du monde : Makelele, Wiltord et Gallas. A l’inverse, parmi les champions du monde 1998, le duo Blanc-Deschamps est très loin (17e et 18e, avec respectivement 21 et 22 matches en commun) et Nicolas Anelka encore plus (30e avec 16 matches en commun mais seulement 308 minutes de jeu ensemble). Trezeguet a joué 52 fois avec Thierry Henry (autant qu’avec Vieira), mais pour un temps de jeu de 2184 minutes, soit à peine 42 minutes par match ensemble.

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Ses sélectionneurs

Il reviendra à Aimé Jacquet le privilège d’avoir été le découvreur de Trezeguet au niveau international. Et d’avoir eu l’audace de le retenir dans la liste des 22 quatre mois seulement après sa première sélection. Roger Lemerre a mis plus de temps à lui faire confiance, le renvoyant un temps (avec Henry) chez les Espoirs avant d’en faire son avant-centre titulaire quelques mois avant le Mondial 2002. Jacques Santini en fera un titulaire à part entière (87% de titularisation), sans succès à l’Euro portugais. Enfin, Raymond Domenech l’écartera d’un schéma privilégiant une seule pointe, Henry, dans lequel il n’avait pas sa place (16 fois appelé, dont 5 fois comme remplaçant).

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Son premier match : 31 janvier 1998, France-Espagne

Ce dernier jour du premier mois de l’année mondiale, il fait un froid de gueux quand les Bleus reçoivent sur la pelouse gelée du Stade de France, inauguré ce soir-là, une équipe d’Espagne invaincue depuis quatre ans. Un tir de Djorkaeff repoussé sur son poteau par Zubizaretta est repris par Zidane (20e) qui baptise pour l’occasion les filets du SdF. En attaque, Diomède fait ses débuts internationaux, alors que Trezeguet, appelé pour la première fois lui aussi, doit patienter sur le banc jusqu’au dernier quart d’heure pour remplacer Stéphane Guivarc’h. Il se créera plus d’occasions franches que l’Auxerrois, mais il lui manquera un peu de réussite pour conclure. Ses débuts sont en tout cas suffisamment prometteurs pour inciter Jacquet à le rappeler, et finalement à le coucher sur la liste des 22.

Son match référence : 15 novembre 2003, Allemagne-France

Bien sûr, ce n’est qu’un match amical à huit mois de l’Euro portugais. Mais ce soir-là à Gelsenkirchen, les Bleus (qui jouent en blanc) tutoient la perfection face à une équipe allemande vice-championne du monde complètement à la rue. Le trio Zidane-Henry-Trezeguet brille de mille feux. Après un premier quart d’heure difficile où Coupet est sauvé par sa transversale, la démonstration commence : combinaison Pires-Lizarazu côté gauche, centre et tête de Henry au second poteau. Puis vient le chef-d’œuvre : sur un corner allemand, Silvestre relance long sur Henry, qui contrôle en se retournant, enrhume Wörms, file comme une flèche vers le but de Kahn, attend le retour de Hinkel et offre le but à Trezeguet seul au second poteau. Après une action quasiment identique où Henry aura le tort de chercher encore Trezeguet plutôt que de tenter sa chance, c’est Zidane qui servira l’avant-centre français plein axe, lequel enchaîne sur une frappe chirurgicale qui prend Oliver Kahn à contrepied. 3-0, merci d’être venus.

 

Allemagne-France 2003 : sur deux passes décisives de Henry et Zidane, Trezeguet signe un doublé historique.


 

Son dernier match : 26 mars 2008, France-Angleterre

Les Bleus entament la dernière ligne droite de la préparation de l’Euro en Suisse et en Autriche en recevant l’Angleterre à Saint-Denis. Mais le match est occulté par la disparition, la veille, du commentateur de TF1 Thierry Gilardi. Franck Ribéry lui rendra d’ailleurs hommage après son but sur pénalty en retirant son maillot. Pour David Trezeguet, qui n’a joué que quatre fois depuis la coupe du monde 2006, c’est le bout de la route. Curieusement associé à Anelka en attaque, il ne peut rien faire face à une équipe adverse qui ne sort pas et avec des coéquipiers qui ne jouent pas pour lui. Il est remplacé à la 64e minute par Sidney Govou. Il ne le sait pas encore, mais il vient de jouer son dernier match en équipe de France. Triste fin.

Et après ?

Resté fidèle à la Juventus jusqu’en 2010, David entamera alors un retour au pays de son enfance, après un détour par Alicante. A l’été 2011, il fait un détour parfaitement inutile aux Emirats arabes unis (Abou Dhabi) où il ne reste que quatre mois, puis rentre en Argentine et signe à River Plate en décembre. Le club de la capitale est alors relégué en D2, comme l’avait été la Juve en 2006 et Alicante en 2011. Trezeguet va contribuer à la remontée dans l’élite.

Un an plus tard, le club le prête à Newell’s Old Boys avec qui il devient le premier international français à jouer la Copa Libertadores. En juin 2014, River Plate lui annonce qu’il ne compte plus sur lui. Il s’offre alors une dernière pige exotique en Inde au FC Pune City où il trouve encore deux fois le chemin des filets. Il a inscrit 307 buts en 627 matches dans toute sa carrière. Chapeau !

A paraître le 25 octobre

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