Giresse, Henry, Ribéry : ces Bleus qui ont frôlé le Ballon d’or

Publié le 1er novembre 2018, mis à jour le 2 novembre 2018

Griezmann échouera-t-il comme avant lui Henry, Ribéry et Giresse ? Oui suivra-t-il Kopa, Zidane et Platini qui auraient pu en gagner chacun un de plus ? Histoire de ces rendez-vous manqués.

Si Zinédine Zidane (1998), Jean-Pierre Papin (1991), Michel Platini (1983, 1984 et 1985) et Raymond Kopa (1958) totalisent six Ballons d’or à eux quatre, ils ont aussi parfois échoué de peu, comme d’autres grands noms du football français qui ont vu d’assez près la récompense imaginée par la rédaction de France Football en 1956.

Il faut se souvenir que jusqu’en 1994, le Ballon d’or était attribué (par un jury de journalistes, correspondants à l’étranger de France Football) au meilleur joueur européen de l’année. De 1995 à 2006, il récompensait le meilleur joueur évoluant en Europe, quelle que soit sa nationalité, et depuis 2007 il est étendu au monde entier. Même si de fait, aucun joueur hors du Vieux Continent n’a été primé.

1959 : Raymond Kopa deuxième derrière Alfredo Di Stéfano, duo de Galactiques

Alors que le Real Madrid vient de gagner sa quatrième Coupe des clubs champions européens consécutive face au Stade de Reims, le Ballon d’or ne peut pas échapper à un Galactique. C’est Afredo Di Stéfano qui récupère le trophée déjà glacé en 1957, largement devant Raymond Kopa (80 points contre 42) et le Gallois de la Juventus John Charles.
Di Stéfano est alors le meilleur joueur du monde, sans doute supérieur à Pelé, Didi, Vava ou Garrincha.
Il marque en finale de la Coupe d’Europe et termine meilleur buteur du championnat d’Espagne.

Kopa brille aussi au sein d’une attaque de feu (aux côtés de Gento, Puskas et Di Stéfano) mais il ne joue en équipe de France qu’après son retour au Stade de Reims. Il ne bénéficie donc plus de l’aura extraordinaire de l’épopée suédoise de 1958, qui lui avait offert le Ballon d’or sur un plateau.


 

1977 : Michel Platini troisième dans un mouchoir de poche derrière Simonsen et Keegan

Ça aurait été un coup de tonnerre dans le ciel européen : un gamin de 22 ans, évoluant à l’AS Nancy-Lorraine et international depuis 18 mois aurait raflé la plus prestigieuse récompense individuelle du football européen, malgré un palmarès vierge. Il s’en est fallu pourtant de peu que Michel Platini ne rafle la mise après une année brillantissime en équipe de France.

Mais c’est une année impaire : le Danois Allan Simonsen et l’Anglais Kevin Keegan, respectivement finaliste avec Mönchengladbach et vainqueur avec Liverpool de la Coupe d’Europe, lui passent devant de presque rien (74 et 71 points, pour 70 à Platini). On se dit alors que ce sera pour l’année suivante, celle de la Coupe du monde en Argentine, d’autant que ni l’Angleterre ni le Danemark n’y participent. Mais les Bleus ne font que passer, et Platini se blesse en août. Il devra attendre six ans pour que vienne son heure.


 

1982 : Alain Giresse deuxième derrière Paolo Rossi, l’Italien revenu de nulle part

Alors que Michel Platini est déjà monté deux fois sur la troisième marche du podium en 1977 et 1980, c’est un joueur de bientôt 30 ans, Alain Giresse, qui éclabousse le Mondial 1982. Elément essentiel du carré magique, le meneur de jeu des Girondins de Bordeaux rayonne contre l’Irlande du Nord (doublé) et la RFA (un but, une passe décisive). Si les Bleus avaient atteint la finale, et s’il avait marqué, il aurait sans doute obtenu le Ballon d’or.


 

Mais voilà : les Bleus se font sortir aux tirs au but par excès de naïveté, et c’est l’Italie qui gagne la compétition grâce au joueur le plus improbable qui soit : l’attaquant Paolo Rossi. Celui sort de près de deux ans de suspension dans l’affaire du Totonero (paris clandestins) et ne revient qu’en avril 1982, juste avant la Coupe du monde qu’il traverse sans marquer jusqu’au cinquième match, contre le Brésil. Là, la machine s’enclenche : triplé contre les Auriverde, doublé en demi contre la Pologne et un dernier but pour la route face à la RFA en finale. Il est élu Ballon d’Or avec 115 points, loin devant Giresse (64) et le Polonais Boniek.

2000 : Zinédine Zidane puni par des cartons rouges, déjà

Au soir de la finale de l’Euro à Rotterdam, l’affaire semble entendue : champion d’Europe avec les Bleus deux ans après le titre mondial, Zinédine Zidane sera le prochain Ballon d’or, comme il l’a été en 1998. Même s’il n’a pas joué la Ligue des Champions avec la Juve, il a clairement haussé son niveau de jeu en même temps que celui des Bleus. Luis Figo a fait une belle année avec Barcelone, a été transféré au Real pendant l’été et a brillé à l’Euro. Mais il a été éliminé deux fois en demi-finale.

A l’automne, avec la Juventus, Zidane est expulsé contre le Deportivo La Corogne pour un geste d’humeur. Suspendu pour un match en ligue des Champions, il revient contre Hambourg et, excédé par le traitement de choc que lui inflige Jochen Kientz, il l’allonge pour le compte d’un solide coup de boule. Nouveau carton rouge, et suspension de cinq matchs.


 

En pleine période de vote pour le Ballon d’or, l’effet est désastreux. Luis Figo est titré avec 197 points contre 181 pour Zidane. L’écart est faible : sans le deuxième carton, le Français serait arrivé certainement en tête.

2003 : Thierry Henry, un an trop tôt

Cette année-là, les Bleus marchent sur l’eau, gagnent 13 matchs sur 14, marquent 40 buts dont 11 signés Thierry Henry. Le dernier match de l’année, en novembre à Gelsenkirchen, est une démonstration et l’Allemagne est balayée (3-0). Avec Arsenal, la saison 2003-2004 commence en trombe. Le club londonien va remporter la Premier League cinq mois après le Ballon d’Or sans perdre le moindre match — les invincibles. C’est donc plutôt en 2004 que Henry aurait dû être titré, si les Bleus avaient gagné l’Euro.


 

A la place, c’est Pavel Nedved qui obtient le Ballon d’or. Lui a amené la Juve en finale de la Ligue des Champions (sans la jouer) et il domine l’Europe avec une très belle République tchèque, qui a d’ailleurs surclassé les Bleus en février 2003 (2-0). Henry refera une apparition sur le podium en 2006, mais comme il a perdu les deux grandes finales de l’année (Ligue des Champions et Coupe du monde), il ne sera que troisième.

2013 : Franck Ribéry, le coup de poignard dans le dos

Champion d’Europe, champion d’Allemagne et vainqueur de la coupe nationale avec le Bayern, Franck Ribéry joue le meilleur football de sa vie en 2013. Il a le Ballon d’or au bout des doigts, en tout cas il en est convaincu quand arrive l’automne. Mais il ne supporte pas que certains joueurs français, comme Mamadou Sakho, ne le voient pas gagner. Et le barrage vainqueur contre l’Ukraine, où il n’aura pas été décisif, ne lui rend pas le sourire.


 

Autant dire que le verdict du Ballon d’or FIFA (qui fait la part belle aux voix des sélectionneurs et des capitaines, au détriment des journalistes qui le placent en tête) est vécu par lui comme une terrible injustice. Avec 23,36% des voix, il est tout près de Lionel Messi (24,72%) et de Cristiano Ronaldo (27,99%), mais qu’importe : le premier semestre 2014 est un cauchemar pour Ribéry qui voit arriver un certain Griezmann à son poste, et un mal au dos aussi récurrent que psychosomatique le prive de sa troisième Coupe du monde.

2016 : Antoine Griezmann, le chat noir en finale

On en saura jamais s’il aurait eu une chance, mais c’est probable. En mai 2016, Antoine Griezmann joue la finale de la Ligue des Champions avec l’Atlético Madrid. En face, le Real de Zidane. Alors que le Real mène au score, Griezmann tire un pénalty à la 48e. Il échoue. L’Atlético égalise un peu plus tard et la finale se joue aux tirs au but. Griezmann a le cran de tirer le sien et le marque, mais ce n’est pas suffisant. Premier échec face à Cristiano Ronaldo.

Six semaines plus tard, les deux se retrouvent en finale de l’Euro. Les Bleus sont archifavoris face aux Portugais, d’autant que Ronaldo est touché rapidement au genou et quitte le match après plusieurs interruptions. Pendant ce temps, Griezmann voit une première tête sortie par le gardien Rui Patricio, puis une deuxième après la pause filer au-dessus de la barre.


 

Dans le temps additionnel, un tir de Gignac est repoussé par le poteau et le ballon passe à un mètre de Griezmann qui, épuisé, n’a plus la force de se jeter pour égaliser. La suite, on la connaît : Eder marque en prolongations, le Portugal est champion d’Europe et Ronaldo obtient son quatrième Ballon d’or en décembre. Griezmann, troisième, est largement derrière avec 12,72% des voix contre 20,30% pour Messi et 47,85% pour Ronaldo.

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