Histoire des France-Allemagne (1) : de Colombes à Marseille

Publié le 5 février 2012, mis à jour le 21 août 2016

Sorte de derby du Rhin chargé d’une histoire écrasante, France-Allemagne a connu plusieurs visages. La première partie nous amène de Colombes, en 1931, à Marseille en 1968.

L’histoire des France-Allemagne a quatre-vingts ans, mais il faut la découper en trois périodes distinctes. La première va de 1931 à 1937, époque où l’Allemagne était encore unie. Après guerre, la République fédérale allemande (RFA) aligne une sélection dès 1949, mais ne peut participer à la coupe du monde 1950. Cette sélection jouera jusqu’en 1990. A partir d’octobre de cette année, et la réunification de l’Allemagne, la sélection englobera les joueurs de l’Est comme de l’Ouest.

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Auteur d’un quadruplé le 28 juin à Göteborg, Just Fontaine est le meilleur buteur français contre l’Allemagne.

La première partie de l’histoire des France-Allemagne couvre la période qui va de 1931 à 1968, et qui représente onze des trente confrontations de l’histoire.

Où il y a de vrais nazis dans les tribunes

Il aura donc fallu attendre le 15 mars 1931 pour assister au premier France-Allemagne de l’histoire, alors qu’une sélection allemande existait depuis 1908. Ce premier match, disputé à Colombes, a été suivi par 15 000 Allemands (et par 25000 Français) et s’est joué dans un très bon état d’esprit, alors que la crise économique va provoquer l’effondrement de la république de Weimar. Les Bleus l’emportent (1-0) sur un coup de chance, l’arrière Münzenberg détournant dans ses buts une passe d’Edmond Delfour.

Deux ans plus tard, le 19 mars 1933, Adolf Hitler vient d’accéder au pouvoir et les Nazis sont majoritaires au Reichtag. A Berlin, les Bleus font mieux que se défendre, ouvrent le score par Roger Rio, encaissent trois buts mais reviennent au courage par un doublé en deux minutes du Montpelliérain René Gérard, qui n’avait pas encore 19 ans (3-3).

En 1935, ce sont les Allemands qui se déplacent au Parc des Princes dans une ambiance détestable : aux supporters français qui entonnent la Marseillaise, les Allemands font le salut nazi. Sur le terrain, les Bleus n’y sont pas et sont rapidement menés au score, d’autant que l’ailier droit Aimé Nuic se blesse et laisse la place à l’avant-centre Jean Sécember. A 0-2, les Français réagissent enfin grâce à un but de Duhart, mais malgré une grosse domination dans la dernière demi-heure, ils se font prendre en contre et subissent leur première défaite (1-3).

Deux ans plus tard, le stade Adolf-Hitler de Stuttgart est rempli de SS et les Bleus (qui alignent le défenseur noir Raoul Diagne) n’ont pas de chance : ils trouvent deux fois le poteau alors que les Allemands jouent en contre et ne laissent passer aucune occasion (0-4). Le score, lourd, ne reflète pas la physionomie du match. Mais le réalisme allemand se fait à nouveau sentir.

Où les Bleus sont meilleurs que les champions du monde

Il faudra attendre quinze ans avant de voir un nouveau match entre les deux voisins rhénans. Le 5 octobre 1952 à Colombes, ce n’est d’ailleurs plus la sélection allemande mais l’équipe de la RFA que les Bleus accueillent. Et ils l’emportent (3-1) avec plusieurs nouveaux, dont Joseph Ujlaki, Armand Penverne et un certain Raymond Kopa.

France-Allemagne 1952 (3-1) : débuts de Kopa en bleu

Le rendez-vous suivant est beaucoup plus proche, mais beaucoup de choses se sont passées entre temps : lorsque l’équipe de France arrive à Hanovre le 16 octobre 1954, la RFA est championne du monde. Quatre mois plus tôt, en Suisse, les coéquipiers de Uwe Seeler avaient en effet triomphé en finale de la meilleure équipe de l’époque, la Hongrie. Une victoire entachée de soupçons de dopage, car à l’automne, plusieurs internationaux allemands sont forfaits pour cause de jaunisse... Les Bleus alignent le vétéran Larbi Ben Barek, quarante ans et quatre mois, mais ce dernier se blesse et son remplaçant, Jacques Foix, intercepte une passe en retrait à la demi-heure de jeu, imité juste après par Jean Vincent. Kopa donnera à Foix la balle du 3-0, avant que les Allemands ne sauvent l’honneur dans le dernier quart d’heure (3-1).

Allemagne-France 1954 (1-3) : première victoire à l’extérieur

Où Fontaine s’offre un quadruplé

Pour la première fois, à Göteborg le 28 juin 1958, un France-Allemagne se joue avec un enjeu, même si ce n’est que la troisième place de la coupe du monde. Pour les champions sortants, c’est le match en trop, d’autant que le gardien remplaçant Kwiatkowski fait une journée portes ouvertes. Et comme en face il y a l’attaque prolifique tricolore avec Kopa et Wisniewski à la passe et Fontaine (quatre buts) à la conclusion, la rencontre se termine sur un score de tennis : 6-3 !

France-Allemagne 1958 (6-3) : quadruplé de Fontaine

La revanche ne tarde pas : quatre mois plus tard à Colombes, Français et Allemands se retrouvent. Sans Kopa, remplacé par Deladerriere, les Bleus souffrent pour accrocher un nul (2-2) grâce à un pénalty de Douis. Le gardien Dominique Colonna est remplacé au bout d’une demi-heure par Claude Abbès.

France-Allemagne 1958 (2-2)

Où Beckenbauer nous fait des misères

Avec quatre victoires et deux nuls pour ses huit premiers matches, l’équipe de France a largement le dessus. Ça ne va pas durer. Pendant la triste décennie des années soixante, les Bleus vont rencontrer trois fois la RFA, toujours en amical. C’est plutôt bien le 24 octobre 1962 à Stuttgart où, privée de Kopa, l’équipe de France mène 2-0 à la mi-temps et croit pouvoir refaire le coup de 1954. Mais un piètre Georges Lamia dans les buts permet aux Allemands de revenir au score en fin de rencontre (2-2).

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Allemagne-France 1962 (2-2) : Uwe Seeler présente la sélection allemande avant le coup d’envoi.

Cinq ans plus tard, à Berlin, les Bleus coulent à pic face à une équipe allemande qui compte dans ses rangs Franz Beckenbauer et Sepp Maier. Sans oublier Gerd Müller, qui remplace le Kaiser pour marquer le cinquième but d’une éclatante victoire (5-1) facilitée par l’expulsion en première mi-temps de Robert Péri suite à une simulation de Beckenbauer.

Le 25 septembre 1968, après une piteuse coupe d’Europe des Nations, l’équipe de France tente de prendre sa revanche à Marseille. Elle ne joue pas mal, bouscule les vice-champions du monde et croit même pouvoir les battre après l’ouverture du score par Bernard Bosquier, mais plie sur une action de Gerd Müller repoussée par Carnus et transformée par Overath (1-1). Six mois plus tard, le sélectionneur Louis Dugauguez démissionnera.

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A suivre...

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