Histoire des France-Brésil (1) : de Pelé à Platini

Publié le 2 février 2011, mis à jour le 13 avril 2016

C’est le rendez-vous des puristes, la quintessence de l’art, l’instant de tous les possibles : un France-Brésil, ça ne se raconte pas, ça se revit. La première partie nous amène de Solna, Suède, à Guadalajara, Mexique, de Pelé à Platini et de Kopa à Careca.

Tout comme les trois mousquetaires qui étaient en fait quatre, les douze France-Brésil de l’histoire sont en réalité treize. Au moins, les superstitieux pourront utiliser les statistiques à leur guise, selon qu’ils considèrent le treize comme un porte-bonheur ou comme un porte-poisse.

Garrincha en 1958

Celui qui fait le treizième est en fait le premier. Disputé à Rio le 1er août 1930, il faisait partie d’une mini-tournée amicale jouée au Brésil par les Bleus après leur élimination au premier tour de la coupe du monde en Uruguay. Le dernier de ces trois matches s’est joué contre la sélection nationale brésilienne, dont les joueurs de Sao Paulo avaient boycotté la coupe du monde. Parmi eux, la première star brésilienne de l’histoire Arthur Friedenreich. L’équipe de France mène 2-0 après vingt minutes (doublé de Delfour), se fait rejoindre avant la mi-temps et s’incline finalement 3-2. Si la fédération brésilienne a homologué cette rencontre, ce n’est pas le cas de la FFF.

Brésil, juin 1958
Un petit cadeau pour commencer : les Brésiliens de 1958 s’entraînent la veille de la finale au Rasunda Stadion Stockholm. Images tournées en couleurs.

Où Pelé sort le grand jeu

Le premier Brésil-France officiel aura lieu 28 ans plus tard, en Suède, à Solna (le 24 juin), et celui-là est entré dans la légende. D’un côté, une équipe de France impressionnante en attaque (15 buts en 4 matches) avec son quintet Kopa-Vincent-Piantoni-Fontaine-Wisnieski, de l’autre une équipe du Brésil imprenable en défense (aucun but encaissé) et doté de l’arme suprême en attaque, le tout jeune Pelé. La suite est connue : les Bleus résistent une demi-heure, perdent Jonquet sur blessure et prennent l’eau en deuxième mi-temps avec un triplé de Pelé (2-5).

La revanche est programmée cinq ans plus tard, le 28 avril 1963 à Colombes. Si le Brésil a conservé son titre l’année précédente au Chili, les Bleus ont perdu Kopa, Fontaine et Piantoni et alignent une équipe beaucoup plus modeste. Un nouveau triplé de Pelé, absent lors du match précédent remporté 5-1 (!) par la Belgique, suffit aux Auriverde pourtant bousculés pour faire la différence (3-2), malgré deux buts de Maryan Wisniewski (un des deux rescapés de Solna, avec André Lerond) et de Robert Herbin, le futur entraîneur de la grande équipe de Saint-Etienne.

France-Brésil 1963 (2-3)
Le troisième but de Pelé

Où Didier Six fait des siennes

Quatorze ans après, l’équipe de France retourne en Amérique du Sud pour une tournée qui la mènera le 30 juin 1977 au Maracana [1], où le Brésil est invaincu depuis vingt ans. Si les Bleus de Michel Hidalgo retrouvent des couleurs avec l’arrivée de Platini, Six et Bossis, les Brésiliens sont dans le creux de la vague : hormis Rivelino, les champions du monde 70 ne sont plus là, et les grands noms des années 80 pas encore intégrés. Edinho et Roberto donnent pourtant deux buts d’avance aux locaux, mais juste après, Six, servi par Platini, fait son numéro avec un amorti de la poitrine suivi d’une volée du gauche qui finit dans la lucarne (avec une petite mimine au passage pour rabattre le ballon sur son bon pied). A cinq minutes de la fin, Trésor place une tête sur corner de Rouyer et égalise, encore dans la lucarne (2-2). C’est la quatrième fois que les Bleus marquent deux buts contre le Brésil, mais c’est la première fois qu’ils ne perdent pas.

France-Brésil 1977 (2-2)
Au Maracana, les Bleus obtiennent un très beau match nul.

Le 1er avril 1978, les Bleus feront encore mieux sous la forme d’un magnifique poisson au Parc des princes, avec une victoire serrée en toute fin de match sur une frappe de Platini à quatre minutes de la fin. Même si le match est amical, le résultat est historique puisque c’est la toute première victoire française contre le Brésil. Et comme elle vient après un nul en Italie en février (2-2) et une victoire contre l’Allemagne l’année précédente, la France est sacrée aussi sec championne du monde... des matches amicaux.

France-Brésil 1978 (1-0)
A quatre minutes de la fin, le but de Platini.

Trois ans plus tard, le 15 mai 1981, c’est un tout autre Brésil qui arrive à Paris. Après la remise par l’Equipe du trophée du champion du siècle décerné à Pelé, les Bleus privés de Platini, Giresse, Battiston et Rocheteau alignent un milieu composite Tigana-Moizan-Genghini (13 sélections en tout) et une attaque Anziani-Rouyer-Six. En face, Junior, Paulo Isidoro, Zico, Eder, et un grand maigre à la technique étincelante, Socrates. C’est d’ailleurs lui qui marque le troisième but au terme d’une action d’école. Six réduira un peu le score (1-3) avant de se faire expulser pour un bras d’honneur.

France-Brésil 1981 (1-3)
Le troisième but, signé Socrates.

Où Jalisco pleure ses héros

Vient enfin, au stade Jalisco de Guadalajara, le 25 juin 1986, le match des matches, la mère de toutes les rencontres, ce rendez-vous mondial tant attendu depuis 26 ans. Comme en 58, les Brésiliens sont imprenables derrière. Mais à ce jeu-là, la France n’est pas mal non plus, avec une défense centrale Battiston-Bossis et un duo de récupérateurs Fernandez-Tigana au sommet. Il faut bien ça pour endiguer les vagues vert et or et quand Careca marque sur un décalage limpide au terme du premier quart d’heure, on craint le pire.

Mais même sur une jambe, Platini est encore là, et en plus, c’est son anniversaire. Il égalise donc sur un but très laid, son 41ème et dernier en Bleu. Le reste, on le connaît : des occasions comme s’il en pleuvait, Bats sauvé par le poteau, puis par la barre, Tigana, Stopyra et Rocheteau qui manquent le but victorieux d’un rien, Bats qui sort le pénalty de Zico, la prolongation et un prodigieux double coup du sort à la 115e avec Bellone plaqué par Carlos puis Socrates pris à contre-pied à trois mètres de la ligne de but sur un centre de Careca.

France-Brésil 1986 (1-1)
Commenté en 2009 par Bellone, Zico, Bats, Amoros, Bossis et Michel.

Jouer aux tirs au but le sort d’un match pareil, plus beau que la plus belle finale, c’est une hérésie. Et pourtant, là aussi, on aura tout : un nouvel arrêt de Bats sur un tir de Socrates sans élan, un coup de billard improbable de Bellone (poteau, ricochet sur la tête de Carlos et but), un tir de Platini au-dessus et un ultime poteau salvateur qui repousse la tentative de Julio Cesar. Fernandez conclut, la France se qualifie mais son Mundial s’arrête là, comme si d’un match aussi immense il ne pouvait y avoir de vainqueur.

France-Brésil 1986 (1-1)
Les mêmes racontent la séance de tirs au but.

A suivre...

[1Lire l’article 30 juin 1977 : Brésil-France

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