Histoire des France-Uruguay : comme un nuage dans le ciel

Publié le 27 mai 2013, mis à jour le 11 septembre 2016

A peine plus nombreux que les doigts d’une main, les matches contre l’Uruguay n’ont jamais été des parties de plaisir : scores serrés, peu de buts, beaucoup de frustration. Et à ce jeu-là, la Céleste a presque toujours été la plus forte. Sauf en 1985.

[mise à jour d’un article d’août 2012]

Où Andrade prend la mouche

En 1924, l’équipe de France avait à peine vingt ans d’existence tout juste soixante matches au compteur (17 victoires, 5 nuls et 38 défaites). La coupe du monde n’existant pas encore, ce sont les Jeux olympiques qui dressent la hiérarchie mondiale. Cette année-là, les JO d’été ont lieu à Paris. Après une victoire facile contre la Lettonie (7-0), les Bleus croisent le 1er juin la route de la sélection uruguayenne qui vient en Europe pour la première fois. Dans L’Intégrale de l’équipe de France de football [1], les auteurs racontent les circonstances du match : ravis de leur accueil à Argenteuil, les Uruguayens avaient décidé de ne pas humilier les Français et de se contenter d’une victoire par un but d’avance. Mission accomplie à la mi-temps puisque la Celeste menait 2-1, Paul Nicolas ayant répondu au but de Hector Scarone avant que le même ne réalise le doublé juste après la demi-heure de jeu.

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L’Uruguay champion olympique 1924, meilleure équipe du monde.

Mais en deuxième mi-temps, voilà que le public de Colombes siffle l’ailier José Andrade à la suite d’une faute. Mauvaise idée : Andrade s’énerve et donne trois passes décisives à Pedro Petrone (doublé) et Angel Romano, alors que le gardien français Pierre Chayriguès s’est blessé en sortant sur le but du 3-1 et n’a rien pu faire sur les deux derniers. Victorieux 5-1, les Uruguayens emportent le tournoi olympique en battant la Suisse en finale (3-0). Ils récidiveront quatre ans plus tard à Amsterdam face à l’Argentine au cours d’une finale qui devra être rejouée (1-1, 2-1), répétition générale de celle de 1930 à Montevideo où l’Uruguay remportera la première coupe du monde de l’histoire. Quatre titulaires du match de 1924 sont champions du monde : le capitaine José Nasazzi, José Andrade, Hector Scarone et José Cea.

Où Herbet met le nez dans l’herbe

Il faudra attendre quarante-deux ans pour une éventuelle revanche. Quand les Bleus retrouvent la Céleste, les premiers ont progressé avec une belle campagne en 1958, et les seconds ont remporté une deuxième coupe du monde au Brésil en 1950. Mais les temps ont changé, et les Uruguayens se sont spécialisés dans le béton armé, alors que les Français manquent cruellement de joueurs de talent et de collectif. Les deux équipes ayant débuté la World Cup par un nul, la marge de manœuvre est restreinte.

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Uruguay-France 1966 (2-1) : Julio Cortes bat Marcel Aubour à bout portant et donne l’avantage à la Celeste.

Au stade de White City à Londres le 15 juillet 1966, ce sont les Bleus qui ouvrent le score sur un pénalty plus que contestable, l’attaquant français Yves Herbet ayant été accroché hors de la surface par Horacio Troche, le franco-argentin Hector de Bourgoing ouvrant le score. Il ne faudra pourtant que cinq minutes aux Uruguayens pour prendre l’avantage, par Pedro Rocha et Julio Cortes à la demi-heure de jeu. La domination française en seconde période, doublée d’une dose de malchance (volée de Hausser sur l’équerre), ne suffira pas face à des adversaires se contentant d’asurer le score (2-1). Pour se qualifier, l’équipe de France devra ensuite battre l’Angleterre à Wembley, ce qui était beaucoup demander : bon match, mais défaite (0-2) et élimination.


 

Où José Touré fait le show

Au mois d’août 1985, le Parc des Princes reçoit pour la coupe intercontinentale des nations (l’ancêtre de la coupe des confédérations) le champion d’Amérique du Sud, l’Uruguay (vainqueur de la copa America 1983), et le champion d’Europe, la France (titrée à domicile un an plus tôt). Même s’il ressemble à un match amical, ce troisième France-Uruguay de l’histoire n’en est pas un. C’est même, et de loin, le plus beau de la série, le seul remporté par les Bleus. A l’ossature des champions d’Europe, Henri Michel a en effet ajouté le Nantais José Touré, dont la souplesse et la technique étincelante vont faire merveille au cours d’une rencontre d’un très haut niveau. Un article détaillé y est consacré.

Où Henry met les pieds et voit rouge

Nous voici le 6 juin 2002 à Busan, en Corée. Grands favoris de la compétition, les Bleus viennent de prendre une gamelle lors du match d’ouverture face au Sénégal (0-1), et la rencontre contre l’Uruguay peut les renvoyer à la maison en cas de défaite. L’entame est favorable, avec Micoud en meneur de jeu à la place de Djorkaeff et en l’absence de Zidane, blessé. Mais la poisse continue : un but de Trezeguet est annulé pour hors-jeu, Franck Lebœuf se blesse et sort à la 16e minute (remplacé par Candela, Thuram glissant dans l’axe auprès de Desailly), Thierry Henry sort un tacle défensif dangereux sur Romero et est expulsé, Emmanuel Petit place un coup-franc sur le poteau de Carini.

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Uruguay-France 2002 (0-0) : tacle sauvage de Thierry Henry et expulsion à la 25e minute.

A dix contre onze, les Français font l’essentiel du jeu mais s’exposent évidemment aux contres. C’est un miracle si les Uruguayens ne convertissent pas leurs occasions en deuxième période par Recoba, Abreu ou Magallanes, qui butent sur un très bon Barthez. A l’issue de la rencontre (0-0), les données du problème sont les mêmes qu’en 1966 : il faut gagner le dernier match pour espérer se qualifier. Face au Danemark, le défi semble à la portée des Bleus qui récupèrent Zidane, mais rien n’y fera (0-2). Le combat contre l’Uruguay aura pesé très lourd dans l’élimination prématurée des champions du monde en titre.

 

Où Savidan s’offre un ciseau retourné

Dans ce dernier match de la terrible année 2008, Raymond Domenech souffle un peu, même si jouer l’Uruguay en amical (une première) n’est pas exactement un cadeau. Ce 19 novembre, la Celeste est en rouge et les Bleus alignent un tout nouveau gardien, le Lyonnais Hugo Lloris. Patrick Vieira est capitaine pour son avant-dernier match en sélection et le Caennais Steve Savidan remplace Nicolas Anelka à la mi-temps. En face, l’Uruguay aligne six joueurs qui participeront à la coupe du monde 2010, dont les attaquants Luis Suarez et Diego Forlan.

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France-Uruguay 2008 (0-0) : Savidan s’essaie à une papinade pour sa seule mi-temps d’international.

Pas grand chose à dire de ce match, sinon une belle tentative de ciseau retourné de Suarez à la 31e, à laquelle répondra Steve Savidan à la 61e, ce qui amènera des commentateurs pressés à faire des comparaisons avec Jean-Pierre Papin. Contraint d’arrêter sa carrière huit mois plus tard pour des problèmes cardiaques, Savidan ne rejouera plus jamais en Bleu.


 

Où Govou manque l’inmanquable

Troisième France-Uruguay en huit ans, le troisième aussi lors d’un premier tour de coupe du monde. Au Cap, ce 11 juin 2010, les Bleus ne savent pas trop où ils en sont, après une préparation terminée médiocrement par une défaite face à la Chine. Pourtant, dès la 7e minute, Diaby lance Ribéry côté gauche, celui-ci résiste au tacle de Victorino, voit l’appel de Govou dans l’axe, centre fort devant les cages où Govou, sur la ligne des 5 mètres 50, ouvre trop le pied droit et place le ballon à côté. Que se serait-il passé ensuite si le but avait été marqué ?

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France-Uruguay 2010 (0-0) : Florent Malouda enfermé dans la défense adverse.

A la 18e minute, Gourcuff obtient un coup-franc très excentré côté gauche. Sa frappe enroulée file dans la lucarne de Musrela qui parvient à sortir le ballon au prix d’une détente spectaculaire. Là aussi, l’ouverture du score était toute proche, et on commence à repenser au spectre de 2002. Malgré un bon Forlan, les Uruguayens ne se montrent guère devant, encore moins après l’expulsion de Lodeiro à dix minutes de la fin. Les entrées de Henry, Malouda et Gignac ne suffiront pas. On ne le sait pas encore, mais les Bleus viennent de disputer leur meilleur match de la coupe du monde 2010, face à un futur demi-finaliste...

 

Où Deschamps prend le relais

La parenthèse Laurent Blanc refermée sur un décevant Euro 2012, c’est Didier Deschamps qui endosse le costume de sélectionneur au Havre face à l’Uruguay. Nouvelle équipe en manque d’automatismes + match de reprise en août + Uruguay en face = encore un 0-0, le quatrième d’affilée. Quasiment rien à retenir de cette soirée sinon le manque de complémentarité du duo Benzema-Giroud et les débuts internationaux de Mapou Yanga-Mbiwa, Christophe Jallet et Etienne Capoue. Aucun d’entre eux ne gagnera une place de titulaire dans les mois qui ont suivi.

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France-Uruguay 2012 (0-0). Les Bleus de Deschamps (ici avec Briand et Gomis) ne font pas mieux que leurs prédécesseurs.

[1J-M. et P. Cazal, M. Oreggia, First Editions, 1998

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