La disparition des prolongations

Publié le 26 juillet 2018

Contrairement à 1984, 1998, 2000, 2006 et 2016, l’équipe de France a atteint et disputé une finale en 2018 sans passer par les prolongations. Une performance, compte tenu de la généralisation de cette quatrième demi-heure dans les grands tournois.

L’avez-vous remarqué ? Alors que la Croatie est passée par trois prolongations pour atteindre la finale 2018 (Danemark, Russie et Angleterre), les Bleus ont terminé leurs quatre matchs à élimination directe en 90 minutes. C’est une première depuis 1982 : jusqu’à présent, l’équipe de France n’avait atteint le dernier carré d’un grand tournoi sans prolongations qu’en 1958, si l’on met de côté le format particulier de la première Coupe d’Europe des nations en 1960 [1]. Auparavant, en 1934, elle avait disputé et perdu sa première prolongation de l’histoire contre l’Autriche ( 2-3) en huitième de finale de la Coupe du monde.

Entre 1982 et 1986, les Bleus ont joué 8 matchs à élimination directe. 4 sont allés en prolongations (RFA 82, Portugal 84, Brésil et Belgique 86) dont deux aux tirs au but (RFA et Brésil). Après avoir perdu le premier, l’équipe de France a remporté les trois suivants.

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Entre 1996 et 2006, les Bleus ont joué 13 fois en élimination directe. 6 matchs sont allés en prolongations (Pays-Bas et Rep tchèque en 1996, Paraguay et Italie en 1998, Italie en 2000, Italie en 2006) dont 4 aux tirs au but. Là aussi, le bilan est favorable, avec quatre qualifications pour deux éliminations.

Entre 2012 et 2018, les Bleus ont joué 11 fois en élimination directe. Un seul match est allé en prolongations, la finale perdue contre le Portugal en 2016. Autrement dit, huit fois sur dix l’équipe de France a plié le résultat en 90 minutes, les trois autres fois (Espagne 2012, Allemagne 2014 et Portugal 2016) elle a été battue sans avoir marqué le moindre but.

Y a-t-il moins de prolongations s’il y a plus de buts ?

On pourrait penser qu’il y a un lien direct entre le nombre de buts marqués et encaissés par match à élimination directe et la probabilité de jouer des prolongations. En clair, plus ces matchs sont prolifiques en buts, plus les chances qu’ils se finissent en 90 minutes sont élevées. Ce n’est pas le cas.

Ainsi, en 1982, les Bleus ont marqué 5 buts et en ont encaissé 6 lors des deux matchs à élimination directe qu’ils ont disputés (demi-finale et troisième place. Soit 5,5 buts cumulés par match. Il y a pourtant eu prolongations et tirs au but contre la RFA. En 1984, le cumul demi-finale/finale est de 7 buts (3,5/match) avec là aussi une prolongation.

En 2006, il n’est que de 8 buts pour 4 rencontres (2/match) et il y a une seule prolongation, en finale. Alors qu’en 2016, il monte à 13 (3,25/match), avec aussi une seule prolongation, toujours en finale. On est loin du cas extrême (et caricatural) de l’Euro 1996 sans aucun but marqué en quart et en demi-finale, avec inévitablement des prolongations et des tirs au but.

Combien de prolongations pour les autres champions du monde et d’Europe ?

En Coupe du monde, en ne retenant que les éditions ayant compté au moins trois tours à élimination directe (deux seulement en 1930 et 1982, un seul en 1974 et 1978, aucun en 1950), il n’est arrivé que 7 fois que le champion du monde gagne tous ses matchs décisifs dans le temps réglementaire. Avant la France en 2018, il y a eu le Brésil en 1958, 1962, 1970 et 2002, l’Argentine en 1986 et l’Allemagne en 1954.

Pour 9 autres lauréats, il a fallu recourir aux prolongations, voire aux tirs au but : l’Italie cinq fois (deux fois en 2006, une en 1938 et deux en 1934), l’Allemagne à trois reprises (1990 et deux fois en 2014), la France deux fois (en 1998), l’Espagne (en 2010), le Brésil (en 1994) et l’Angleterre (en 1966).

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Ces 13 prolongations ont débouché quatre fois sur des séances de tirs au but : en 1990 (Allemagne-Angleterre), en 1994 (la finale Brésil-Italie, la première de l’histoire sans but), en 1998 (France-Italie) et en 2006 (Italie-France, encore en finale). A noter qu’en 1934, les tirs au but n’existant pas, l’Italie-Espagne a été rejoué le lendemain après un 1-1 au bout des prolongations. L’Italie a remporté le second match 1-0.

Pour être complet, on mentionnera la seule fois où un champion du monde est allé en prolongations lors des cinq éditions non étudiées : la finale Argentine-Pays-Bas de 1978.

A l’Euro, en ne retenant que les éditions depuis 1996 avec là aussi au moins trois tours à élimination directe (quatre en 2016), la prédominance des prolongations est encore plus flagrante : sur 19 matchs disputés par les futurs champions d’Europe, seuls neuf se sont joués en 90 minutes. 10 ont nécessité des prolongations, dont 4 des tirs au but.

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[1disputé en aller et retour en huitièmes et quarts de finale, puis dans un mini-tournoi à quatre avec demis, match de classement et finale.

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