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Laurent Blanc a-t-il l’ambition de ses moyens ?

Publié le 24 février 2012, mis à jour le 6 décembre 2012

A un peu plus de cent jours de l’Euro, Laurent Blanc a donné un étrange entretien au Monde. Pour la première fois, il fixe un cap, à l’horizon 2016. Et ce alors que la fédération pointe une fâcheuse tendance à exploser les budgets et conditionne son renouvellement aux performances des Bleus.

Trop modeste, Laurent Blanc ? Dans un entretien accordé le 18 février au supplément Sport & Forme du quotidien Le Monde, le sélectionneur des Bleus affirme « Certains pensent que, si on n’est pas en demi-finales, on aura raté notre Euro. Je ne le pense pas. Notre objectif, c’est donc de gagner un match. » Gagner un match. D’un côté, compte tenu des six derniers matches désastreux en phase finale (deux nuls contre la Roumanie et l’Uruguay, quatre défaites contre les Pays-Bas, l’Italie, le Mexique et l’Afrique du Sud), on ne peut que se louer de tant de modestie, ou de lucidité, c’est selon. De l’autre, avec un objectif aussi timoré, à quoi sert de participer à l’Euro ?

Après avoir précisé n’avoir pour l’instant aucune feuille de route pour le prochain championnat d’Europe, Blanc fixe un objectif à moyen terme : gagner l’Euro, mais pas celui-là, le suivant, en 2016. Ça tombe bien, il aura lieu en France et la sélection est qualifiée d’office... « Après tout ce qu’on vient de traverser, la vraie échéance pour le foot français, c’est l’Euro 2016. Parce qu’on aura eu le temps de se préparer et qu’il y aura une vraie cohésion autour de cet événement organisé en France. » Un propos cohérent (qui fait quand même un peu vite l’impasse sur la coupe du monde 2014, qui devrait voir la génération 1987 arriver à maturité) qu’on s’attendrait plutôt à entendre en juillet prochain, de la part d’un sélectionneur bénéficiant d’un contrat de quatre ans...

Deux précédents fâcheux

Or, la chose est loin d’être assurée. On le sait, Laurent Blanc, dont le contrat s’achève en juillet prochain, voulait négocier une prolongation dès cet hiver. Pas question, a répondu Noël Le Graët. Voyons d’abord ce qui se passe à l’Euro, il sera toujours temps de prolonger ensuite. Une position de toute évidence dictée par le bon sens, surtout quand on se souvient de deux précédents fâcheux : Roger Lemerre, prolongé avant le Mondial 2002 puis débarqué au retour de Corée, et plus récemment Raymond Domenech, qui avait obtenu son maintien après l’Euro grâce à l’éventualité d’indemnités de licenciement conséquentes.

D’autant que Laurent Blanc coûte très cher : environ un million d’euros par an, certes moins que son homologue Fabio Capello (sept fois plus), mais beaucoup plus que son prédécesseur Raymond Domenech (le double). Et qu’il s’est entouré d’une pléthore de collaborateurs, pour la plupart en doublon avec les techniciens précédents, portant le staff technique des Bleus à 22 personnes. « On pourrait, bien sûr, améliorer le fonctionnement. Mais si on veut retourner dans la cour des grands, il faut regarder ce qui se passe ailleurs. En Espagne, en Allemagne, en Angleterre ou en Italie, les staffs sont autrement plus étoffés et onéreux. »

Argument étrange, ou pour le moins maladroit : nous sommes une petite équipe modeste en reconstruction, mais nous avons besoin d’un staff pléthorique et coûteux pour faire comme les grands. On comprend l’agacement de Noël Le Graët, alimenté par des dérapages à répétition : les mises au vert à Enghien plutôt qu’à Clairefontaine avant les matches au Stade de France, un choix initial de camp de base grand luxe en Pologne pour l’Euro (ce sera finalement en Ukraine), un projet de stage de préparation à Tignes (remplacé par le Touquet)...

Le bon sens près de chez vous

Dernière en date : l’affaire Crédit Agricole. La banque à qui parler s’est lancé dans une opération de communication (elle a sans doute trop d’argent en ce moment) et a sollicité Laurent Blanc, chèque de 300 000 euros à l’appui. Le sélectionneur a accepté, apparemment sans l’accord de la fédération. « La Fédération était au courant. Comment aurais-je pu signer un contrat avec un sponsor de l’équipe de France qui fait sa propre publicité sur le site de la FFF sans que les services marketing de celle-ci soient au courant ? C’est transparent. » Peut-être, mais c’est encore une fois très maladroit. Au moins autant que l’affaire Boghossian, l’adjoint (?) du sélectionneur qui avait cru bon de participer l’an dernier à un match en Tchétchénie en l’honneur du président Ramzan Kadyrov en échange d’une montre sertie de diamants.

Au final, le principal hiatus entre Blanc et Le Graët, dont il semble douteux que l’attelage fonctionne encore dans cinq mois, c’est que le premier bénéficie de moyens financiers et humains très au-dessus de ses ambitions pour l’instant forts modestes, à hauteur d’un niveau de jeu à peine moyen. Et que le second conditionne le renouvellement du contrat du sélectionneur à un Euro réussi, ce qu’on peut sans doute traduire par une place en quarts ou en demi-finale avec un jeu enfin séduisant.

En se fixant un objectif éloigné (l’Euro 2016), Laurent Blanc n’est manifestement pas en phase avec Le Graët. Lequel a lui aussi le championnat d’Europe à domicile dans le collimateur (son mandat arrive à terme à la fin de l’année 2012), et le projet de nommer rapidement un sélectionneur capable de monter une équipe dans cette perspective. Avec des exigences financières revues à la baisse. Paul Le Guen ou Arsène Wenger auraient-ils le profil ?

Une liste de 23 à trous

Privé de Karim Benzema, Loïc Rémy, Abou Diaby et Yoann Gourcuff, tous blessés, Blanc a appelé 23 joueurs pour préparer le match contre l’Allemagne à Brême le 29 février. Comme ce sera le dernier match avant la liste définitive pour l’Euro communiquée en mai, on peut s’amuser à deviner quels joueurs ne sont que de passage.

En défense, Sagna n’est pas retenu, à la différence d’Evra qui prend la place de Jérémy Mathieu. Debuchy est toujours là, mais pas Koscielny qui pâtit du retour de Mexès. Il n’est pas impossible que ces sept-là (avec Abidal, Réveillère et Rami) forment la défense de l’Euro.

Au milieu, une seule nouveauté, l’arrivée de Morgan Amalfitano. Le Marseillais pourrait bien mettre un pied dans la porte et constituer l’habituelle surprise de dernière minute avant une phase finale. Si c’est le cas, Diaby et Gourcuff, absents, peuvent se faire du souci. M’Vila, Alou Diarra, Cabaye, Nasri, Ménez et Ribéry et l’inamovible Malouda devraient être du voyage, alors que le statut de Marvin Martin et de Mathieu Valbuena est encore incertain.

En attaque, Olivier Giroud semble désormais bien installé, d’autant qu’il sera probablement titulaire à Brême. Si Rémy et Benzema reviennent, ce qui est quasi certain, Kevin Gameiro et Louis Saha devraient en faire les frais. A bientôt 34 ans, l’attaquant de Tottenham ne représente de toute façon pas une solution d’avenir.



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