Le grand retour du tyrageosaure

Publié le 27 novembre 2011, mis à jour le 24 juin 2012

JPEG - 6.2 koLe tyrageosaure est un animal mythique qui refait surface tous les deux ans. Il est doté de quatre fois plus de boules que de chapeaux, lesquels servent à abriter ses têtes (de série). Il aime bien aussi engloutir une main innocente.

On entend souvent dire que le niveau d’un Euro est supérieur à celui d’une coupe du monde. Affirmation un peu hasardeuse, car on ne voit pas pourquoi la présence en quarts de finale de l’Argentine, du Brésil, voire de l’Uruguay ou du Ghana à côté de quatre équipes européennes abaisserait le niveau.

La différence est plus marquée au premier tour : à l’Euro, il est très rare d’avoir des matches faciles (ce sera peut-être le cas en 2016 avec une phase finale à 24 équipes), et la moindre erreur se paie cash. Si les Bleus se sont déjà qualifiés avec des premiers tours médiocres en coupe du monde (1982 et 2006, par exemple), ça ne marche pas avec l’Euro (1992 et 2008).

Les forces en présence

Le tirage au sort du premier tour de l’Euro aura lieu vendredi 2 décembre à 18h à Kiev. Les seize équipes qualifiées sont réparties en quatre chapeaux, dans lesquels seront piochées une équipe par groupe.

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JPEG - 7.5 koPremier chapeau : Ukraine, Pologne, Espagne, Pays-Bas
Comme d’habitude, les pays organisateurs sont placés d’office têtes de série, quel que soit leur niveau réel. Or, au classement UEFA établi au lendemain des barrages de novembre, l’Ukraine est quinzième et la Pologne vingt-septième. Du coup, les pays hôtes sont très convoités par les douze nations placés dans les deuxième, troisième et quatrième chapeau. L’Espagne et les Pays-Bas, derniers finalistes de la coupe du monde, sont à leur place.

JPEG - 8.7 koDeuxième chapeau : Allemagne, Italie, Angleterre, Russie
Trois champions du monde ici, dont le finaliste de l’Euro 2008, l’Allemagne, qui aurait évidemment dû être dans le premier chapeau avec l’Italie. L’équipe la plus prenable des trois semble être la Russie, l’Angleterre ne semblant pas taillée pour aller très loin mais pouvant tout de même prétendre sortir du premier tour.

JPEG - 7.2 koTroisième chapeau : Croatie, Portugal, Grèce, Suède
On retrouve les deux finalistes de l’Euro 2004. La Suède n’a jamais brillé dans cette compétition, et on voit mal la Grèce refaire le hold-up de Lisbonne. La Croatie aura une belle carte à jouer, alors que le Portugal, très irrégulier, aura beaucoup de mal à atteindre la finale.

JPEG - 13.9 koQuatrième chapeau : Danemark, France, République tchèque, Irlande
Deux anciens vainqueurs, un finaliste et une équipe irlandaise qui a soif de revanche après son élimination en barrages de la coupe du monde 2010. Un dernier chapeau assez relevé mais d’où ne devrait pas sortir de demi-finaliste.

On peut maintenant s’amuser à spéculer sur les différents tirages sachant qu’il y a 264 combinaisons possibles, dont 64 comprenant l’équipe de France :

Le tirage idéal : Pologne, Russie et Grèce

Le tirage catastrophe : Espagne, Allemagne et Portugal

Le tirage spécial dette : Espagne, Italie et Grèce

Le tirage orthodoxe : Ukraine, Russie et Grèce

Le tirage Mer du Nord : Pays-Bas, Allemagne et Suède

Flashback : de 1984 à 2008, coups de bol et groupes de la mort

Depuis la mise en place de l’Euro (le tournoi, pas la monnaie) en 1980, qui a succédé à la Coupe d’Europe des Nations [1], la France n’a manqué que deux phases finales, en Italie en 1980 et en Allemagne en 1988. Regardons un peu à quoi ont ressemblé les six derniers tirages au sort.

1984 : France, Belgique, Danemark, Yougoslavie
Tête de série en tant que pays hôte, la France aurait de toute façon mérité ce statut grâce à sa quatrième place obtenue au Mundial 82. En l’absence de l’Italie (championne du monde en titre), de l’Angleterre, de l’URSS et des Pays-Bas, le plateau de cet Euro est très jouable (l’autre groupe est composé de l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal et la Roumanie). La Belgique semble être l’adversaire le plus dangereux pour les Bleus, car l’équipe de Guy Thys est au sommet de son art dans les années 80 (elle sera demi-finaliste au Mexique deux ans plus tard). Les Yougoslaves semblent sur la pente descendante, tandis que le Danemark participe à sa première vraie phase finale (hormis une demi en 1964 en coupe d’Europe des Nations).

- Résultat des courses : A la peine contre les Danois (1-0), les Bleus passent les Belges à la sulfateuse à Nantes (5-0) et battent des Yougoslaves joueurs à Saint-Etienne (3-2). Ils gagnent l’Euro.

1992 : France, Angleterre, Suède, Yougoslavie
Oui, vous avez bien vu Yougoslavie. C’est ce qu’a défini le tirage au sort en décembre 1991, mais au printemps, alors que la guerre civile brûle les Balkans, les Yougoslaves sont privés d’Euro. Ce sont les Danois (déjà en vacances) qui sont rappelés in extremis. Evidemment, on se dit qu’ils n’ont aucune chance, face à l’Angleterre de Shearer, demi-finaliste mondiale en 1990, la Suède de Brolin et la France de Papin et Cantona, invaincue depuis trois ans. Les Bleus sont plutôt soulagés d’avoir évité les Allemands (champions du monde) et les Hollandais (tenants du titre) tous deux largement favoris du tournoi.

- Résultat des courses : complètement hors de forme et mal organisés, les joueurs sélectionnés par Platini arrachent un nul contre la Suède en ouverture (1-1), font un concours de médiocrité avec l’Angleterre (0-0) et finissent par sortir du tournoi contre des Danois venus en touristes (1-2).

1996 : France, Espagne, Bulgarie, Roumanie
Premier Euro à seize et aucun cador dans ce groupe d’où l’Espagne seule émerge. La Bulgarie de Stoïchkov est en bout de course et coulera à pic deux ans plus tard, et la Roumanie de Gheorge Hagi s’est inclinée à Bucarest huit mois plus tôt contre la France en qualifications (1-3). Invaincus depuis deux ans et demi, les Bleus d’Aimé Jacquet n’ont pas d’objectif précis pour cet Euro, sinon d’aller le plus loin possible et de préparer le Mondial 98. Et surtout de jouer des matches à élimination directe pour la première fois depuis juin 1986 !

- Résultat des courses : un premier tour plutôt bien géré avec une victoire courte contre la Roumanie (1-0) et une plus large contre la Bulgarie (3-1) pour chasser les fantômes de novembre 1993. Mais entre les deux, le nul concédé aux Espagnols sur la fin (1-1) va coûter cher : Jacquet ne peut pas faire tourner l’effectif contre la Bulgarie, et le manque de fraîcheur physique sera fatal aux Bleus lors des deux matches couperet terminés sans but.

2000 : France, Pays-Bas, République tchèque, Danemark
Que du lourd pour une équipe de France qui a dû batailler jusqu’au dernier match face à l’Islande pour arracher son billet à l’Euro 2000. Les champions du monde inquiètent et ce tirage n’est pas fait pour les rassurer. Heureusement, l’ordre des matches est plutôt favorable avec une graduation dans la difficulté : en remportant les deux premiers, les Bleus pourraient se qualifier avant d’affronter les Pays-Bas.


euro 2000 - les buts des bleus par gokment7

- Résultat des courses : dynamisés par le retour de Thierry Henry juste avant la compétition, et l’émergence de Patrick Vieira au milieu, les Bleus font exploser le Danemark (3-0) et viennent à bout d’une belle équipe tchèque qui méritait mieux (2-1). Comme prévu, le dernier match contre les Pays-Bas n’a d’autre intérêt que de définir la première place. Lemerre préfère rester à Bruges, ce qui implique de finir deuxième. Avec une équipe baroque en 4-1-3-2 et Karembeu en défense, c’est chose faite (2-3). Les trois matches suivants sont remportés de justesse, et le titre avec.

2004 : France, Angleterre, Croatie, Suisse
Après la grosse déception de 2002, les Bleus de Santini reviennent avec de grosses ambitions au terme d’une brillante année 2003. Le choc contre l’Angleterre est prometteur mais ne semble pas décisif, car ni la Croatie ni la Suisse ne semblent de taille à rivaliser. Autant dire qu’une victoire initiale face aux coéquipiers de Beckham ouvrirait un boulevard vers les quarts de finale.

- Résultat des courses : en perte de vitesse au printemps, l’équipe de France rate son match contre l’Angleterre, sa victoire miraculeuse dans le temps additionnel sur un doublé de Zidane (2-1) cachant mal le manque de cohésion d’ensemble. Contre la Croatie, un gros vent de panique en début de deuxième mi-temps manque de peu provoquer la défaite (2-2). Les Bleus battent enfin la Suisse (3-1), mais tomberont dès les quarts face à la Grèce (0-1).

2008 : France, Pays-Bas, Italie, Roumanie
Orphelins de Zidane, les Bleus évitent de justesse les barrages mais le tirage au sort ne les rate pas, en les mettant dans un groupe haut de gamme. L’Italie est championne du monde en titre et les Pays-Bas font partie des favoris. Des trois adversaires, seule la Roumanie, rencontrée en premier, semble prenable. La victoire est donc indispensable pour espérer sortir du premier tour.

- Résultat des courses : comme d’habitude avec Raymond Domenech, la compétition débute par un bien triste 0-0 contre la Roumanie, qui fait de la suite du tournoi une mission impossible. De fait, malgré un match plus équilibré que ne l’indique le score, les Bleus explosent contre les Hollandais (1-4) et sont victimes d’un sort contraire en début de match face à l’Italie (blessure de Ribéry, expulsion d’Abidal et pénalty) qui l’emporte dans le temps de jeu pour la première fois depuis 1978 (0-2).

Conclusion : rien ne sert de tirer, il faut jouer à point

Le 2 décembre au soir, bien malin qui pourra tirer des conclusions après le tirage au sort. On l’a vu, des tirages sur le papier (relativement) faciles peuvent s’avérer des pièges, et d’autres a priori monstrueux ne pas poser de problème. Moins que le tirage, c’est la physionomie du premier match qui est décisive : quand celui-ci est maîtrisé, en général tout se passe bien ensuite (à l’exception du France-Angleterre 2004, mais justement le match n’avait pas été maîtrisé et a été remporté sur un coup de bluff dans le temps additionnel). Autrement dit, il faudra attendre le 8 juin au soir (ou le 9, 10, 11 selon le groupe) pour savoir s’il est possible d’espérer ou pas.

[1laquelle se jouait de 1960 à 1976 avec des quarts de finale aller-retour en mars, des demi-finale et une finale sur un seul match chez l’un des quatre pays qualifiés en juin.

A paraître le 8 novembre

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