Lloris-Barthez, le test comparatif

Publié le 6 avril 2017, mis à jour le 15 août 2017

Maintenant qu’ils ont le même nombre de sélections, il est possible de comparer le bilan de Fabien Barthez et de Hugo Lloris en équipe de France. A ceci près que le second peut encore améliorer le sien...

Pour remettre en cause le statut de meilleur gardien français de l’histoire pour Fabien Barthez, il faut une certaine dose — conséquente — de mauvaise foi. Hugo Lloris dépassera le Divin chauve dans les prochains mois (en juin sauf blessure), du moins en nombre de sélections. Et en précocité, puisque le portier de Tottenham a atteint le total de 87 capes à seulement trente ans et trois mois, alors qu’il en avait fallu trente-cinq au champion du monde 1998.

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Pour le reste, il n’y a pas photo, et notamment côté palmarès. Alors que Fabien Barthez a gagné une coupe du monde, un Euro, une coupe des Confédérations avec les Bleus, et une Ligue des Champions, trois titres de champion de France et deux titres de champion d’Angleterre, Hugo Lloris fait un peu peine. Toujours rien en équipe de France, et une coupe de France en club avec Lyon. C’est tout, et c’est bien peu pour un gardien de son standing.

Si on met en regard les statistiques des deux hommes en 87 matches avec les Bleus, là aussi Barthez mène très largement au nombre de victoires, et compte beaucoup moins de défaites que l’actuel capitaine de l’équipe de France.

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En ne regardant que les matches qui comptent, à savoir ceux en compétition, là aussi Barthez fait beaucoup mieux, avec deux victoires de plus, mais surtout cinq défaites de moins. Le champion du monde n’a été battu qu’à quatre reprises en compétition : contre la Russie en juin 1999 (2-3), face au Sénégal puis au Danemark en 2002 et contre la Grèce en 2004. Lloris s’est incliné neuf fois.

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Si on se restreint aux matches de compétition les plus importants, à savoir ceux en phase finale, deux choses sautent aux yeux : Barthez en a joué 28 entre 1998 et 2006 [1] contre 19 pour son cadet, et il n’en a perdu que trois (deux au Mondial 2002, on l’a vu plus haut, et le quart de finale de l’Euro 2004). Lloris s’est incliné six fois en quatre phases finales : face au Mexique et à l’Afrique du Sud en 2010, contre la Suède et l’Espagne en 2012, face à l’Allemagne en 2014 et contre le Portugal en 2016.

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Barthez ne craint pas les prolongations

Fabien Barthez est invaincu en prolongations. Il en a joué six (Paraguay et Italie 1998, Portugal et Italie 2000, Cameroun 2003 et Italie 2006) et n’en a perdu aucune. Mieux : il n’a encaissé aucun but alors que la règle du but en or s’est appliquée pour les cinq premières.
 


 

L’expérience de Hugo Lloris est bien moindre. Il n’a joué que deux prolongations, et s’il n’a pas encaissé de buts lors de la première (face à l’Irlande en barrages 2009), il s’est incliné sur un tir lointain d’Eder à la seconde, contre le Portugal en 2016.

 


 

 

Enfin, si Hugo Lloris n’a jamais disputé de séance de tirs au but en sélection, Fabien Barthez en a joué trois. En 1998 contre l’Italie, il a arrêté la tentative d’Albertini et a été suppléé par sa transversale sur celle de Di Biagio. En 2000 contre le Japon au tournoi Hassan-II, il n’est pas malheureux non plus : Inamoto trouve le poteau et Nanami échoue sur la barre. La réussite le fuira la troisième fois, lors de son ultime sélection à Berlin contre l’Italie en 2006. Il n’arrêtera aucun des cinq tirs au but transalpins.

Les pénos, ce n’est pas leur truc

Ni l’un ni l’autre ne sont des spécialistes des penalties. Fabien Barthez en a négocié dix en cours de match avec les Bleus. Il en a encaissé huit. Le neuvième, Raul l’a mis au dessus à la dernière minute de France-Espagne en quart de finale de l’Euro 2000. Et le dixième est aussi le seul qu’il a arrêté, contre David Beckham à Lisbonne pour l’Euro 2004.

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Le bilan de Hugo Lloris est encore moins bon. Le capitaine de l’équipe de France a subit douze pénalties depuis 2009. Il en a arrêté deux. Le premier était l’œuvre du Biélorusse Kornilenko en septembre 2012, mais Putilo avait suivi et marqué (dans ce cas, le but n’est pas inscrit sur penalty). Et un mois plus tard à Madrid, il avait sorti la frappe de Fabregas alors que l’Espagne menait 1-0. Sur les neuf derniers mois, il en a encaissé cinq.

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Influence dans le jeu : avantage Barthez

Capitaine très précoce, Hugo Lloris n’a paradoxalement que peu d’influence sur le jeu. Sur le terrain, on le voit assez peu interpeller ses joueurs (hormis ses défenseurs, et encore). Son influence se déploie plutôt hors champ, où elle est difficile à mesurer.

Très rarement capitaine (3 fois, dont une pour dix minutes en fin de finale 2006), Fabien Barthez était très présent dans le jeu. Sa décontraction et sa capacité à rester concentré rassurait sa défense.

Technique : Lloris meilleur sur sa ligne, Barthez loin de ses cages

Remarquable sur sa ligne, où il réalise souvent des sauvetages spectaculaires (notamment à l’Euro contre la Roumanie et l’Allemagne), Lloris est également efficace sur les sorties aériennes (hormis une erreur en 2010 contre l’Afrique du Sud sur corner) grâce à son envergure (1,88 m). Ses sorties hors de la surface (notamment de la tête) sont généralement maîtrisées, mais il n’a quasiment jamais de un contre un à devoir gérer.

Barthez était bon sur les sorties aériennes malgré une envergure moyenne (1,83 m) et un gabarit plutôt trapu, mais vulnérable sur sa ligne, notamment sur des têtes adverses (Lampard 2004, Charisteas 2004, Materazzi 2006). Il était excellent dans les duels loin de ses buts (contre Chevtchenko en 1999), capable de jouer en avançant pour fermer les angles de tir, très dynamique dans sa surface.

 


 

Avec son excellent jeu au pied, Barthez se payait le luxe de dribbler des attaquants adverses et délivraient des relances tendues très précises, comme pour Henry en 1998 (Arabie Saoudite) ou Trezeguet en 2000 (Italie). Ses passes longues à la main étaient aussi très bonnes.

Le jeu au pied est le gros point faible de Lloris. Gaucher exclusif, il est en grande difficulté quand le ballon arrive sur le pied droit. Ses dégagements sont imprécis et rendent souvent le ballon à l’adversaire, quand ils ne finissent pas en touche. Il relance trop peu souvent à la main.

Décisif dans les matches à élimination directe : avantage Barthez

En 2010 et 2012, Lloris avait subi comme toute l’équipe et concédé quatre défaites sur sept (9 buts encaissés). Il a été bien meilleur ensuite, que ce soit en 2013 lors du barrage retour contre l’Ukraine où à la coupe du monde 2014, notamment face à l’Allemagne. A l’Euro, il a réalisé son meilleur tournoi, ne cédant que sur deux pénalties, sur deux buts de près contre l’Islande alors que les Bleus avaient quatre buts d’avance et en finale contre le Portugal après avoir heurté son poteau.

Au débit de Barthez, quelques actions confuses devant sa cage contre le Sénégal en 2002 (coup de billard avec Petit dont profite Bouba Diop) et la Corée du Sud en 2006 (Park Ji-Sung). Impérial en 1998 (coup de chance contre Baggio en prolongations face à l’Italie), décisif en 2000 contre le Portugal (tête d’Abel Xavier détournée en fin de match) et en finale face à Del Piero et en trouvant la tête de Trezeguet sur le but de Wiltord. Excellent aussi contre l’Uruguay en 2002.

La différence entre les deux tient aussi à la chance dont Barthez s’est faite une alliée : il a été sauvé par sa barre en 1998 contre Denilson (Brésil), aux tirs au but contre l’Italie, contre le Sénégal en 2002 (Fadiga) et en finale 2006 (tête de Toni en première mi-temps).

Conclusion : Lloris n’a plus de temps à perdre

Pour rattraper Barthez, voire le dépasser, Hugo Lloris n’a plus le choix. Il doit gagner la coupe du monde 2018 et l’Euro 2020. Même s’il lui manquera une coupe des Confédérations (qu’il pourrait disputer en 2021), le gardien de Tottenham sera de toute façon le recordman des capitanats (déjà fait), du nombre de sélections pour un gardien français (il ne lui manque qu’un match) et finira sa carrière largement au-delà des 100 capes. Il pourrait dépasser Marcel Desailly, voire Thierry Henry pour finir à la deuxième place. A l’horizon 2022. Il aura alors 35 ans, soit l’âge de Barthez en 2006...

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[1En comptant la Coupe des confédérations 2003.

A paraître le 2 novembre

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