Pierre Chayriguès, un précurseur dans les bois

Publié le 2 mai 2012, mis à jour le 2 mai 2016

Le plus jeune gardien de l’histoire des Bleus est aussi le premier a être sorti du lot dans les années 1911-1925. Et ce, à une époque où l’équipe de France multipliait les valises...

A la fois membre de la génération perdue, celle d’avant-guerre, et de la confrérie des grands gardiens français, précurseur à son poste (sorties loin de sa ligne, dégagement au poing, plongeons, placement de la défense) et figure de l’amateurisme marron de l’époque [1], Pierre Chayriguès méritait bien un portrait à l’occasion du cent-vingtième anniversaire de sa naissance.

JPEG - 9.5 koTrès précoce, il débute au Club athlétique socialiste de Levallois avant de devenir le gardien du Red Star en 1911, l’année de sa première sélection en équipe de France (dont il est toujours le plus jeune gardien, cent ans plus tard), alors que cette dernière accumule les défaites humiliantes et les prestations catastrophiques. Il signe le premier exploit de l’histoire de la sélection en 1912, avec une victoire sur l’Italie à Turin (4-3). et a notamment participé aux JO de Paris en 1924 (7-0 contre la Lettonie, 1-5 contre l’Uruguay, futur champion olympique en 24 et en 28 et premier champion du monde en 1930).

Comme beaucoup d’autres internationaux, sa carrière aura été stoppée par la première guerre mondiale. Il a 22 ans en 1914, il est mobilisé et ne pourra jouer que pendant quelques rares permissions. Après l’armistice, il participe aux jeux interalliés de juin 1919 où il est blessé [2] contre la Tchécoslovaquie (fracture du bassin et de l’épaule). Il faudra attendre le 28 janvier 1923 pour revoir Chayriguès dans les cages de l’équipe de France, près de neuf ans après sa dernière sélection.

Chayriguès au classement des joueurs et des gardiens

Les 21 sélections du gardien parisien le placent à hauteur du légendaire Just Fontaine et au-dessus de Louis Saha, William Ayache et Dominique Bathenay.

JoueurSeltps% titGNPButsCap.
140 Thierry Tusseau 22 1196 50% 14 6 2 0 0
141 Pascal Vahirua 22 1147 59% 13 5 4 1 0
142 Marcel Artélésa 21 1890 100% 7 5 9 1 9
143 Pierre Chayriguès 21 1890 100% 8 3 10 0 0
144 Bruno Rodzik 21 1890 100% 5 5 11 0 0
145 Joseph Ujlaki 21 1890 100% 9 2 10 10 0
146 Urbain Wallet 21 1890 100% 7 2 12 0 0
Classement mis à jour le 1er mai 2016 - Voir le tableau complet
Gardien Sel G N P Be Be/M
11 Stève Mandanda 22 15 2 5 25 1,14
12 Dominique Baratelli 21 7 5 9 17 0,81
13 Pierre Bernard 21 4 5 12 32 1,52
14 Pierre Chayriguès 21 8 3 10 50 2,38
15 Marcel Aubour 20 7 5 8 27 1,35
16 Maurice Cottenet 18 5 2 11 69 3,83
17 Dominique Dropsy 17 12 1 4 16 0,94
Classement mis à jour le 1er mai 2016 - voir le tableau complet

Si on se tient au classement des gardiens, il arrive juste après Stève Mandanda et Dominique Baratelli et au-dessus de Dominique Dropsy. Certes, sa moyenne de buts encaissés est élevée, mais beaucoup moins que celle du gardien qui était titulaire avant et après lui dans les années 20, Maurice Cottenet qui tournait à près de quatre buts par match, ou encore d’Alex Thépot dans les années 30 (2,45), et proche de celle de René Vignal dans les années 50 (2,24).

Premier match : 29 octobre 1911, Luxembourg-France

Quand il est appelé pour la première fois en sélection, Pierre Chayriguès est un tout jeune homme de 19 ans, 5 mois et 28 jours, ce qui en fait encore à ce jour le benjamin des gardiens chez les Bleus. Il faut dire que huit portiers se sont succédés lors des 22 premiers matches de l’équipe de France en sept ans, et qu’ils étaient tous plus mauvais les uns que les autres : 132 buts encaissés au total…

Le Luxembourg était une proie facile, même pour une équipe aussi faible que la France. Mais Chayriguès encaissant pourtant son premier but au bout d’un quart d’heure, avant que les attaquants ne prennent le dessus en fin de match (4-1). Pour la première fois depuis trois ans et demi, la défense n’avait cédé qu’une fois.

Son match référence : 17 mars 1912, Italie-France

Lorsqu’arrive sa quatrième sélection, Pierre Chayriguès semble bien installé dans son rôle de gardien titulaire. Il n’a encaissé qu’un but face à la Belgique (sur pénalty) et qu’un autre contre la Suisse. A Turin, les Bleus vont réaliser un exploit dont on parlera longtemps : une victoire 4-3 sur l’Italie, avec deux héros, l’avant-centre Eugène Maës, auteur d’un triplé, et le gardien, qui multiplie les sorties loin de ses buts et les plongeons acrobatiques. Dès lors, les recruteurs anglais auront un œil sur lui, plus encore après le match contre l’Angleterre en février 1913 (1-4) où il évite une défaite plus large.

Dernier match : 21 mai 1925, France-Angleterre

Après la déception des JO de Paris, où Chayriguès avait encaissé pour la seule fois de sa carrière internationale cinq buts contre l’Uruguay (mais il s’était blessé en plongeant sur le troisième but, et avait fini la rencontre avec une côte enfoncée), Maurice Cottenet avait retrouvé une place de titulaire. Et quinze buts encaissés en quatre matches… Contre l’Angleterre à Colombes, Chayriguès est donc rappelé. A la mi-temps, les Anglais ne mènent que d’un but, mais en cinq minutes après la reprise, l’attaquant Arthur Dorrell pousse le défenseur Bonnardel à dévier un centre dans ses cages, puis marque (2-3). A 34 ans s’achève le parcours du premier grand gardien de l’équipe de France.

Ses partenaires préférentiels

Avec une carrière étalée sur 14 années, à une époque où la sélection était fortement renouvelée, il n’est pas étonnant de constater que Pierre Chayriguès a eu 73 partenaires différents au cours des deux périodes en équipe de France (1911-1914 et 1923-1925). Mais parmi les dix joueurs les plus présents à ses côtés, un seul, l’ailier Raymond Dubly, a joué plus de la moitié des matches. C’est d’ailleurs lui dépassa le premier le cap des 30 sélections. Dans cette équipe préférentielle, on retrouve des grands noms de l’époque comme les défenseurs Lucien Gamblin et Gabriel Hanot, le milieu Gaston Barreau ou les attaquants Jules Dewaquez et Eugène Maës.

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Et après ?

La carrière de Chayriguès en club s’arrêta un an après celle en équipe de France, suite à une ultime blessure en décembre 1925. Après la deuxième guerre mondiale, il s’installe en Normandie, à Avranches, ouvre un café et est approché par le club local, l’US Avranches, pour en devenir l’entraîneur. Il le sera trois ans entre 1952 et 1955. Il meurt dix ans plus tard, le 19 mars 1965, quelques semaines avant son soixante-treizième anniversaire.

[1Pour plus de détails sur ce point, lire l’article très documenté de Didier Braun

[2source : site du Red Star 93

A paraître le 8 novembre

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