Pour Loïc Perrin

Publié le 24 avril 2016

Souvent qualifié de gendre idéal, le capitaine stéphanois est surtout un excellent défenseur central. Même si Didier Deschamps ne l’a jamais aligné en Bleu, les forfaits en cascade et l’éventuelle suspension de Mamadou Sakho lui ouvrent un boulevard pour l’Euro.

Kurt Zouma blessé, Jérémy Mathieu blessé, Aymeric Laporte blessé. Avec la suspension éventuelle de Mamadou Sakho pour dopage, les possibilités se restreignent à toute vitesse pour Didier Deschamps en défense centrale à sept semaines du début de l’Euro. Derrière le duo titulaire Raphaël Varane-Laurent Koscielny, il ne reste plus que Eliaquim Mangala. Et donc, une quatrième place à prendre.

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En mai 2014, lorsque Didier Deschamps avait annoncé sa liste de 23 complétée par 7 réservistes, Loïc Perrin faisait partie de ces derniers. Contrairement à Stéphane Ruffier, Morgan Schneiderlin ou Rémi Cabella, appelés de dernière minute pour pallier les forfaits de Stève Mandanda, Clément Grenier et Franck Ribéry, le défenseur stéphanois était resté en France. Et s’il a été rappelé dans le groupe depuis, notamment à l’automne 2015, le sélectionneur ne lui a pas permis d’étrenner sa première sélection.

Capitaine en Bleu à dix-neuf ans

Pourquoi Loïc Perrin ? A trente ans (il est né en août 1985), ce n’est évidemment pas un espoir du football français. Mais il l’a été à 19 ans, lors de la saison 2004-2005, quand après avoir fait ses débuts en ligue 1 (en milieu défensif) il a été appelé quatre fois en équipe de France Espoirs avec laquelle il a gagné le festival de Toulon. Il portait à cette occasion le brassard de capitaine [1].

Avant d’être placé en défense centrale par Christophe Galtier en 2012, Loïc Perrin aura goûté aux postes de milieu offensif droit, récupérateur, relayeur et défenseur latéral droit. Sa vision du jeu, la qualité de ses relances, son sens du placement, la propreté de ses interventions [2], la précision de ses passes et l’efficacité de son jeu de tête (devant ses cages mais aussi en position d’attaquant, où il a marqué 24 buts) laissent penser qu’il a le niveau pour jouer en sélection. Surtout si on compare ses prestations avec celles d’Eliaquim Mangala...

Six années perdues

Mais la carrière de Loïc Perrin été gâchée par de nombreuses blessures qui ne lui ont laissé aucun répit entre mars 2006 (entorse au genou) et mars 2012 (reprise après une rupture des ligaments croisés six mois plus tôt). Ces six années-là, qui auraient pu être celles de la consécration, il ne jouera que 128 matches, soit une grosse vingtaine par saison. Ce qui explique pourquoi il ne compte que 338 matches en bientôt treize ans de carrière professionnelle (dont 280 en ligue 1) [3]

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Autrement dit, il ne faut pas juger Perrin sur son âge. Steve Mandanda, qui a cinq mois de plus que lui, a déjà 530 matches au compteur, dont 398 en ligue 1. Et même si débuter en équipe de France à trente ans n’est pas si fréquent, ce n’est pas non plus exceptionnel. Vous voulez des exemples ? Le gardien Claude Abbes, le défenseur Gérard Farison (tous deux Stéphanois d’ailleurs), le milieu de terrain Kader Firoud ou plus près de nous les gardiens Albert Rust et Lionel Charbonnier, le défenseur Franck Jurietti ou l’attaquant Steve Savidan. En tout, 20 internationaux [4] ont fait leurs débuts en Bleu après leur trentième anniversaire. Et, certes, 12 d’entre eux n’ont connu qu’une seule sélection.

Un destin à la Franck Lebœuf ?

Enfin, rappelons que Franck Lebœuf avait trente ans (et 12 sélections) lorsqu’il a été retenu par Aimé Jacquet pour disputer la coupe du monde. Personne alors n’aurait imaginé que Laurent Blanc soit exclu pour une gifle en demi-finale mondiale et que Lebœuf se retrouve titulaire en finale face à Ronaldo le 12 juillet 1998. C’est pourtant ce qui s’est passé, et Ronaldo a été maîtrisé. Et même si on objectera que Lebœuf était international depuis trois ans, force est de constater qu’il n’avait pas disputé la moindre minute lors de l’Euro 1996 (il était remplaçant). Depuis la coupe du monde 2014, Didier Deschamps a eu largement le temps pour tester des solutions de rechange en défense centrale avec 18 mois de matches amicaux. Il ne l’a pas fait, et c’est bien dommage. Mais il n’est pas trop tard.

Rien à faire des réseaux sociaux

Alors, bien entendu Loïc Perrin n’est pas une solution d’avenir pour la défense des Bleus. Pas plus que Lassana Diarra ne l’est en sentinelle. Pourtant, qui remettrait en cause la titularisation du Marseillais à l’Euro ? Par son expérience, son exemplarité sur et en dehors du terrain, Loïc Perrin pourrait apporter beaucoup à une équipe de France jeune et relativement immature. Comme l’indique son ancien coéquipier Jérémie Janot, « il n’a ni Facebook, ni Twitter, c’est dingue ! Je ne sais même pas s’il a un ordinateur chez lui, peut-être un Minitel ! ». Il pourrait aussi rendre de grands services à Raphaël Varane, car, selon son entraîneur Christophe Galtier, « Loïc fait briller les autres. Quand les recruteurs européens viennent, ils voient Zouma parce qu’à côté de lui il y a Loïc. » Zouma ne sera pas à l’Euro. Et Perrin ?

[1Il avait comme partenaires, entre autres, trois actuels internationaux A : Steve Mandanda, Lassana Diarra et Mathieu Debuchy.

[2il ne compte qu’une quarantaine d’avertissements en 13 ans, et aucune expulsion. Laurent Koscielny, qui a le même âge, a accumulé 58 cartons jaunes et 7 rouges.

[3Statistiques arrêtées au 24 avril 2016.

[4 parmi ceux dont la date de naissance est connue.

A paraître le 2 novembre

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