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Sylvain Wiltord, un joker chez les géants

Publié le 10 mai 2014, mis à jour le 10 février 2016

Entré dans l’histoire pour son égalisation miraculeuse contre l’Italie en 2000, c’est le remplaçant le plus célèbre des Bleus. Polyvalent, efficace, Sylvain Wiltord mérite bien un portrait pour ses quarante ans.

Son apport

Sylvain Wiltord, c’est un peu le couteau suisse des Bleus : pouvant jouer sur tous le front de l’attaque, aussi bien à droite, en pointe ou à gauche, titulaire parfois, remplaçant la plupart du temps, buteur, joker, ce n’est certainement pas un joueur de base dans la composition d’une équipe, mais c’est sans doute le meilleur joueur de banc de l’histoire des Bleus [1]. Trapu, ramassé, son jeu est explosif. C’est un bon dribbleur, qui n’hésite pas à frapper et qui fait mal aux défenses adverses qu’il harcèle sans relâche. La contrepartie est évidemment un jeu parfois brouillon, avec un déchet important, et qui nécessite une bonne forme physique.

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Son éclosion aux Girondins de Bordeaux, lors de la saison 1988-1999, arrive après la coupe du monde. Dommage, car on aurait bien aimé le voir à la place d’un Diomède par exemple. A vingt-quatre ans au printemps 1998, le Martiniquais comptait déjà 131 matches en ligue 1 et 33 buts, ce qui aurait pu faire de lui un prétendant à la sélection. Il intègre donc les Bleus le 10 février 1999 à Wembley. C’est le début d’un bail de sept ans qui l’emmènera de Rotterdam à Berlin en passant par Suwon et Lisbonne, avec plus de hauts que de bas. Son palmarès est l’un des plus garnis de l’histoire des Bleus, avec un titre européen, deux coupes des confédérations et une finale mondiale, excusez du peu. Il est le deuxième au classement des joueurs comptant la plus forte proportion de victoires [2] derrière Fabien Barthez.

Ses premiers faits d’armes datent de juin 2000. Lors du premier match des Bleus contre des Danois accrocheurs, il profite d’un contre de Vieira pour inscrire le troisième but en position évidente de hors-jeu. Pendant le tournoi, Roger Lemerre préfère aligner une attaque à deux têtes (Anelka-Henry) ou à trois dans la largeur (Djorkaeff, Henry, Dugarry) et Sylvain n’est titulaire que contre les Pays-Bas, où il forme un duo percutant avec David Trezeguet. Il entre dans le dernier quart d’heure en demi contre le Portugal, et à une demi-heure de la fin de la finale. On connait la suite.

Deux ans plus tard, il est titulaire en Corée, profitant de l’absence de Robert Pires et de la réorganisation au milieu suite au forfait de Zidane. Mais ni contre le Sénégal (où il joue 81 minutes), ni face à l’Uruguay (où il tient jusqu’au temps additionnel), ni contre le Danemark (où il sort à 7 minutes de la fin) il ne trouve la faille, alors qu’il est l’attaquant le plus utilisé derrière Trezeguet. Sa chance est passée. A l’Euro 2004, il est le remplaçant de Robert Pires face à l’Angleterre, est titulaire contre la Croatie et remplace Dacourt contre la Grèce. En vain.

Lorsque débute la coupe du monde 2006, il part comme titulaire et joue une heure contre la Suisse et la Corée du sud, mais perd sa place au profit de Ribéry, qui ne la lui rendra plus. Il jouera les fins de matches jusqu’à la finale, sans jamais être décisif.

Wiltord au classement des joueurs

Sur 92 matches, il en a joué 37 comme remplaçant. Et sur ses 55 matches titulaires, il a été remplacé 41 fois... Autrement dit, il n’a joué que 14 matches en entier sur 92. Il ne compte que 5017 minutes de temps de jeu, soit 54 minutes par match en moyenne. Ce qui le place entre Henri Michel (58 sélections) et Hugo Lloris (55). C’est le joueur français qui est entré le plus souvent en cours de match (37) à égalité avec Robert Pires (37) et devant David Trezeguet (29). Wiltord, Pires, Trezeguet, ça ne vous rappelle rien ? C’est exactement le coaching de Roger Lemerre le 2 juillet 2000 à Rotterdam, lors de la fin de France-Italie.

Quand il est entré en jeu, il a remplacé sept fois Dugarry, quatre fois Pires, Henry, Malouda et Anelka et une seule fois Djorkaeff et Zidane. Quand il est sorti, il a été remplacé six fois par Pires, cinq fois par Govou, quatre fois par Laurent Robert et trois fois par Ludovic Giuly.

Il a le privilège d’être l’un des trois joueurs de l’histoire à figurer simultanément dans le top 10 des sélectionnés et des buteurs : 9e dans le premier (avec 92 sélections, derrière Blanc et devant Barthez) et 9e aussi dans le second (avec 26 buts, derrière Benzema et devant Vincent). Les seuls à avoir fait mieux sont Thierry Henry (deuxième aux sélections et premier aux buts) et Zinédine Zidane (quatrième aux deux classements).

Joueur Sel G N P Buts
6 Didier Deschamps 103 68 23 12 4
7 Bixente Lizarazu 97 65 23 9 2
8 Laurent Blanc 97 62 25 10 16
9 Sylvain Wiltord  92 64 16 12 26
10 Fabien Barthez 87 61 19 7 0
11 William Gallas 84 50 24 10 5
12 Youri Djorkaeff 82 52 20 10 28
Voir le classement complet des joueurs

Wiltord au classement des buteurs

Les 26 buts de Sylvain Wiltord sont loin d’être tous décisifs : il n’en a marqué que deux en phase finale, tous deux à l’Euro 2000. Et trois en coupe des Confédérations 2001 et 2003. Le reste, ce sont des buts en amical (11) ou en phase qualificative pour l’Euro (8) ou la coupe du monde (2). Mais il restera dans l’histoire pour son coup de théâtre au bout du temps additionnel contre l’Italie, en finale de l’Euro 2000. Wiltord est d’ailleurs l’un des huit Bleus à avoir marqué en finale, avec Zidane (3), Platini, Bellone, Petit, Trezeguet, Vieira et Henry (ces deux derniers en coupe des Confédérations).

Joueur Buts Sel buts/
match
CF Pe 2 3+
Joueur Buts Sel buts/
match
CF Pe 2 3+
6 Jean-Pierre Papin 30 54 0,56 0 6 5 0
7 Youri Djorkaeff 28 82 0,34 1 5 2 0
8 Karim Benzema 27 81 0,33 0 2 5 0
9 Sylvain Wiltord 26 92 0,28 0 2 2 0
10 Jean Vincent 22 46 0,48 0 0 5 0
11 Jean Nicolas 21 25 0,84 0 1 4 2
12 Paul Nicolas 20 35 0,57 0 0 2 2
Voir le classement complet des buteurs

Son équipe préférentielle

Sylvain Wiltord a joué avec 71 partenaires pendant ses sept ans et demi de carrière internationale. Si les sept premiers sont tous des champions du monde et d’Europe, on trouve William Gallas à la huitième place et Mikaël Silvestre à la dixième. Laurent Blanc et Didier Deschamps ne sont que 25e et 26e, car ils ont terminé leur carrière un an et demi après le début de celle de Wiltord. Avec Anelka, Wiltord a 23 matches en commun, mais seulement 821 minutes.

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Ses sélectionneurs

Lancé par Roger Lemerre, c’est avec lui que Sylvain Wiltord jouera le plus souvent, près de la moitié de ses matches en trois ans et quatre mois. Il sera 26 fois titulaire, 16 fois remplaçant, marquera 12 buts et gagnera l’Euro 2000 et la coupe des Confédérations 2001. Avec Jacques Santini, il joue 23 fois, dont 16 fois contre titulaire, remportera la coupe des confédérations 2003 et inscrira 10 buts. Avec Raymond Domenech, il n’est clairement plus un premier choix, même s’il est titularisé 13 fois sur 27 matches, pendant lesquels il ne marque plus que 4 fois.

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Son premier match : 10 février 1999, Angleterre-France

Depuis sept mois, les Bleus sont sur leur nuage. Ils ont plutôt bien démarré les qualifications pour l’Euro, malgré un nul poussif en Islande, mais la victoire à Moscou contre la Russie les a rassurés. En février, Wiltord flambe avec Bordeaux et Lemerre l’appelle. C’est pourtant Nicolas Anelka qui va briller à Wembley, marquant deux buts en deuxième mi-temps (plus un troisième refusé alors que le ballon avait franchi la ligne). Wiltord remplace Youri Djorkaeff à sept minutes de la fin alors que les Bleus font tourner en bourrique de malheureux anglais.

 

Son match référence : 2 juillet 2000, France-Italie

Il n’est pas titulaire lorsque commence la finale de Rotterdam, mais la piètre prestation de Christophe Dugarry lui donne une chance un peu avant l’heure de jeu, alors que Marco Delvecchio vient de donner l’avantage à la Squadra Azzura. Mais c’est à la 94e minute, alors que les Italiens se préparent à célébrer le titre de champions d’Europe, que sur un long dégagement au pied de Barthez, Trezeguet dévie de la tête. Wiltord s’emmène le ballon de la poitrine, puis de la cuisse, et croise du gauche sous la jambe de Nesta et sous le gant de Toldo. Il vient de vivre le point culminant de sa carrière, à 26 ans. Prolongations, Italiens dans le cirage, débordement de Pires, volée du gauche de Trezeguet, l’histoire est en marche.

 

Son dernier match : 9 juin 2006, Italie-France

Comme d’habitude dans cette coupe du monde Raymond Domenech lance Wiltord en fin de match. Avec un peu de perversité, il le fait entrer sept minutes après David Trezeguet alors que la deuxième partie de la prolongation vient de reprendre. Le duo infernal de 2000 est ainsi reconstitué juste avant l’expulsion de Zidane. A la 117e, on se prend à rêver quand Barthez frappe un long ballon que Trezeguet dévie de la tête pour Wiltord, mais c’est loin de la cage de Buffon et Cannavaro dégage. Arrive enfin la 119e, quand sur un ballon gratté au milieu par Makelele, Malouda lance en profondeur Wiltord dans l’angle droit de la surface. Trezeguet est seul au point de pénalty, mais Wiltord est gêné par Cannavaro, et il a désormais 32 ans... Son centre part en chandelle à dix mètres au-dessus de la cage alors que David se prend la tête dans les mains. Il restait cinquante secondes de jeu. Si l’action aboutit et que Buffon va chercher le ballon dans ses filets, Wiltord et Trezeguet deviennent des héros à tout jamais. Mais l’histoire ne repasse pas les plats.

Wiltord est le premier tireur français. C’est son dernier geste d’international, Buffon est en face. Tir décroisé à droite, contre-pied, but. Sylvain a fait le boulot. Trezeguet est le deuxième tireur. Sa frappe puissante smashe le dessous de la barre et rebondit devant la ligne. C’est fini. Wiltord s’agenouille, le front contre l’herbe de Berlin.

 

Et après ?

La carrière de Sylvain Wiltord ne s’est arrêtée qu’en 2012, à 38 ans, après une dernière pige au FC Nantes, en Ligue 2. Après la coupe du monde 2006, il tourne dans des clips et fait une apparition au cinéma dans Le Mac en 2010. Il est consultant sur Eurosport depuis 2012 et a pigé pour TMC lors de la Coupe des Confédérations 2013.



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