[849] Turquie-France (2-0) : il fallait s’y attendre

Publié le 9 juin 2019

Déplacement difficile en juin + adversaire sur une dynamique positive + forfait de Kanté + milieu blindé = défaite annoncée. Qui confirme les difficultés des Bleus en déplacement depuis la Coupe du monde, mais qui ne remet pas en cause les chances de qualification pour l’Euro.

Le résultat était-il prévisible ?

Malheureusement oui. Depuis quelques jours, les signaux d’alerte s’étaient mis à clignoter : après l’annonce, en janvier, du calendrier du groupe H qui offrait à l’équipe de France un cadeau empoisonné avec un déplacement en Turquie en juin, après le retour de Senol Günes et une belle série de quatre victoires consécutives, c’était l’annonce, jeudi soir, du forfait de N’Golo Kanté et le retour d’un milieu Pogba-Sissoko-Matuidi. L’affaire s’annonçait mal. La première demi-heure montrait pourtant une équipe turque dure dans les contacts mais pas dangereuse, et des Bleus maladroits et lents qui semblaient vouloir assurer le 0-0.

C’est au moment où on se disait que dans cette configuration, mieux valait ne pas avoir à courir après le score que la Turquie a marqué sur sa première occasion, à la suite de plusieurs défaillances défensives (Kaan Ayhan, 30e). Et comme la distribution de cadeaux a continué (Umtiti puis Pogba, but de Under, 40e), c’est vite devenu mission impossible.

Mais Tom Cruise n’était pas sur le banc des Bleus, et Didier Deschamps tentait le tout pour le tout avec deux changements à la mi-temps. C’était bien essayé, sauf qu’il y avait trop de faillites individuelles à Konya, et pas assez d’envie de se rebeller. Au contraire, sans Lloris et un double sauvetage en une minute, le score aurait pu prendre des proportions gênantes. Et à vrai dire, jamais les Bleus n’ont été en situation ne serait-ce que d’inquiéter Günok.

L’équipe est-elle en progrès ?

La question ne se pose pas. L’inquiétant, c’est la répétition de matchs ratés en déplacement, le troisième depuis septembre dernier. Car il faut se souvenir à quel point le 0-0 contre l’Allemagne à Munich a tenu à un fil, grâce notamment à une grosse prestation d’Alphonse Areola dans les cages. La sortie de Konya ressemble beaucoup à celle de Rotterdam en novembre face aux Pays-Bas (0-2), à la différence près que là-bas, au moins, les Bleus s’étaient créées quelques occasions, notamment en première période.

Comme il semble impossible de supprimer les matchs de juin en année impaire (sauf à alléger considérablement les calendriers nationaux, mais c’est une autre histoire), il serait bon d’éviter les déplacements délicats à cette période de l’année. Rappelons toutefois qu’en juin 1999, les champions du monde de l’époque s’étaient inclinés à domicile face à la Russie (2-3), et qu’en juin 2015, mais en amical, ils s’étaient effondrés contre la Belgique avant de se ressaisir en fin de match (3-4).

Quels sont les joueurs en vue ?

Joker.

Quels sont les joueurs en retrait ?

La faillite est à ce point collective qu’il ne serait pas juste d’incriminer un fautif en particulier. Hormis Hugo Lloris, qui ne pouvait rien sur les deux buts turcs et qui a fait ce qu’il a pu en deuxième période avec plusieurs arrêts décisifs (55e, 56e, 69e), et à la rigueur Kingsley Coman, qui a fait une mi-temps correcte, les douze autres acteurs de la rencontre ont joué très en dessous de leur niveau habituel. Et ce, alors même qu’il y avait neuf champions du monde titulaires à Konya ! Mais les deux manquants N’Golo Kanté et Lucas Hernandez, qui comptent respectivement 3 et 1 défaite (sur 38 et 15 sélections), ont beaucoup manqué. Leur présence n’aurait sans doute pas été suffisante pour éviter la défaite, mais elle aurait sans doute secoué l’apathie générale. On les retrouvera avec plaisir et soulagement en septembre.

Pour le reste, quand les cadres comme Varane, Umtiti, Pogba et Griezmann font autant d’erreurs techniques (sans doute plus en 90 minutes que depuis la Coupe du monde l’an dernier), il est évident que même un match nul est hors de portée. Et dans cette configuration, Kylian Mbappé n’a pas encore la maturité et l’expérience pour débloquer un match sur un exploit individuel. A l’impossible, nul n’est tenu. Tout juste pourrait-on regretter l’absence d’un joueur de champ capable de rameuter les troupes quand la maison brûle, comme Pogba le faisait parfois en Russie. Hugo Lloris est trop loin du cœur du jeu pour endosser ce rôle.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

Il faudra en passer mardi par la pelouse synthétique et les 3 306 places de l’Estadi Nacional d’Andorre-la-Vieille, dont l’ambiance CFA2 changera grandement de celle de Konya. On aura en tête, évidemment, le calamiteux précédent de juin 1999 quand, après une défaite surprise contre la Russie à Saint-Denis, les Bleus de Roger Lemerre avaient pioché dans les grandes largeurs au stade olympique de Barcelone avec une expulsion rapide de Christophe Dugarry (25e) et un pénalty transformé par Frank Lebœuf à six minutes de la fin. Autant dire qu’une victoire large ne serait pas de trop, d’autant que la Turquie va se déplacer en Islande, où elle peut laisser des plumes. Et après, il sera largement temps pour tout le monde de partir en vacances.

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