Un joueur, une image : ce que retiendra la mémoire collective

Publié le 19 avril 2019, mis à jour le 22 avril 2019

Battiston ? Le choc avec Schumacher. Pavard ? La volée contre l’Argentine. Thuram ? Le doigt sur la bouche. Giresse ? Les bras écartés à Séville. La plupart des joueurs sont associés par la mémoire collective à une image, qui vient spontanément, et qui en occulte beaucoup d’autres.

Cet article est écrit par Richard Coudrais, auteur du site Le Footichiste et qui signe Richard N. sur les Cahiers du football.
Lire aussi l’article Un joueur, une image : plaidoyer pour une mémoire alternative

La mémoire collective, c’est un souvenir que l’on partage avec un grand nombre de personnes. Un très grand nombre même, souvent à l’échelle d’un pays (le 12 juillet 1998 par exemple) voire du monde entier (le 11 septembre 2001). La mémoire sélective, elle, décide de retenir un fait plutôt qu’un autre, sur des critères purement subjectifs, qui relèvent de l’émotion ou du parti pris.

Il arrive que la mémoire collective rencontre la mémoire sélective. C’est le cas notamment dans le foot, cette discipline où l’émotion prend très souvent le pas sur la raison, avec une bonne dose de partisanisme.

Ainsi notre inconscient - bien aidé certainement par les médias - ne retient-il d’un footballeur qu’une seule action, un seul geste, malheureux ou non, au point d’effacer quasiment tout le reste d’une carrière. On pense à Arconada, Baggio, Cantona, Higuita, Choupo-Moting…

Battiston sur la civière, à Séville

Fort de cette idée, nous avons recherché parmi les joueurs de l’équipe de France ceux dont la même image, le même geste ou le même fait revient à l’esprit de chacun d’entre nous quand on prononce son nom.


 

L’exemple le plus probant (pour ne pas dire le plus percutant) est celui de Patrick Battiston : 56 sélections chez les Bleus, trois campagnes de Coupe du monde, un titre de champion d’Europe… Et pourtant, son nom n’est associé à rien d’autre que son choc avec le gardien allemand Harald Schumacher lors de la demi-finale de Séville en 1982. Oubliée sa remarquable Coupe du monde 1986 en patron de la défense des Bleus, oubliée sa fausse blessure en finale de l’Euro 1984 qu’il inventa juste pour permettre à Manu Amoros de participer à la fête.

Autre exemple plus récent, Benjamin Pavard. De quoi se souviendra-t-on lorsqu’il mettra un terme à sa carrière ? De son invraisemblable frappe qui permet à la France d’égaliser contre l’Argentine en huitième de finale de la Coupe du Monde en Russie. Le plus beau but du Mondial, celui qui place la sélection de Didier Deschamps sur la rampe de lancement. Celui qui a fait oublier aussi les critiques émises par ailleurs sur les performances assez moyennes du défenseur français.


 

Henry et Ginola, pas de chance

La mémoire sélective est par définition injuste, et cette injustice est amplifiée par la mémoire collective. On pense à Thierry Henry : 123 sélections en équipe de France, recordman en nombre de buts marqués, quatre Coupes du monde disputées dont deux jusqu’en finale… Malgré tout, ce qui revient en premier à l’esprit lorsque l’on évoque la carrière en bleu du buteur d’Arsenal, c’est sa main contre l’Irlande en novembre 2009, qui lui permet de donner à William Gallas le but qui qualifie la sélection de Raymond Domenech pour l’Afrique du Sud.

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Tout aussi injuste, le cas de David Ginola. On évoque toujours son centre un peu précipité dans les derniers instants du France-Bulgarie de novembre 1993, une erreur qui déclenche une contre-attaque bulgare ponctuée par un but d’Emil Kostadinov, celui qui empêchera l’équipe de Gérard Houllier d’aller disputer la Coupe du monde américaine. Une idée fort répandue laisse même croire que la carrière en bleu du beau David s’est arrêtée là, alors qu’on le verra encore en équipe de France, durant les premières années d’Aimé Jacquet. Quinze jours avant ce funeste France-Bulgarie, David Ginola avait marqué un but magnifique contre Israël. La France menait alors 2-1 et si le score en était resté là, elle se qualifiait pour la World Cup. Et David Ginola serait devenu un héros. A quoi tient un destin ?

Dans la plupart des cas, les images spontanées que l’on partage sur les joueurs de l’équipe de France restent des éléments positifs, et particulièrement ce qui fait l’essence même du foot : les buts. Les noms d’Emmanuel Petit, de Sylvain Wiltord, de David Trezeguet ou de Bruno Bellone sont immédiatement associés à un ballon qui claque dans les filets un jour de gloire. On peut ajouter d’autres joueurs dont le seul nom ramène directement à un but précis : Laurent Blanc, Marius Trésor, Bernard Genghini, Mamadou Sakho

La gestuelle de Platini, les têtes en finale de Zidane

Et Michel Platini nous direz-vous ? Et bien non. Notre numéro 10 préféré ne rentre pas dans nos cases : Il est peu probable en effet que l’on partage tous le même souvenir immédiat du Turinois : son coup-franc contre la Hollande en novembre 1981 ? Sa célébration à l’Italienne après son but contre le Danemark en ouverture de l’Euro 1984 ? Son but contre le Portugal a la dernière minute de la demi-finale onze jours plus tard ? Ou simplement un bras qui se lève pour indiquer à un coéquipier le sens du jeu ? Au contraire de son copain Battiston, Platoche a laissé tellement de souvenirs en bleu qu’aucun ne se détache au point d’occulter les autres.


 

C’est le cas d’ailleurs pour de nombreux joueurs et non des moindres. On voit bien Dominique Rocheteau ou Franck Ribéry se lancer dans des courses irrésistibles, on se souvient bien de Jean-Pierre Papin marquer dans les positions les plus invraisemblables, on imagine bien Just Fontaine additionner les frappes victorieuses ou Raymond Kopa dribbler à n’en plus finir, ces grands noms ont laissé à la mémoire collective beaucoup plus qu’un seul souvenir. Reste le cas particulier de Zinédine Zidane : ce qui vient immédiatement à l’esprit est certainement un coup de tête. Reste à savoir lequel : 1998 ou 2006 ?

La célébration démente et anachronique de Giresse

Dans certains cas, l’image que l’on a gardé d’un joueur n’est pas du tout représentative de sa carrière ou de sa personnalité. On pense à Alain Giresse et sa célébration démente après son but contre la RFA à Séville, une course folle où il hurle sa joie les poings serrés et le visage ravagé, une image étonnante du Girondin, toujours très réservé. Mais il faut dire qu’à ce moment là, lui et quelques millions de Français étaient convaincus que la selection de Michel Hidalgo était en finale de la Coupe du monde.


 

D’autres joueurs, à l’instar d’Alain Giresse, sont restés célèbre pour une célébration originale ou provocatrice. On pense à Lilian Thuram, bien sûr (Croatie 1998), mais aussi Christophe Dugarry (Afrique du Sud 1998) voire Samir Nasri (Angleterre 2012), pour le meilleur et pour le pire.

On pourrait en citer de nombreux autres, de ces joueurs de l’équipe de France qui nous ramènent tous au même souvenir, au même but, au même fait de jeu. Notre texte n’a pas vocation d’en faire une liste exhaustive. Bien au contraire, il ouvre la porte à de nombreux autres exemples.

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