Gardiens de but de l’équipe de France : chronologie du poste

Publié le 5 juillet 2019, mis à jour le 7 juillet 2019

Longtemps délaissé, peu valorisé, le poste de portier des Bleus n’a été vraiment déterminant qu’à l’arrivée de Joël Bats en 1983. Depuis, six gardiens comptent plus de 30 sélections alors qu’ils n’étaient que deux lors des huit premières décennies.

Cet article est publié dans le cadre de la série de l’été 2019, Les hommes de mains.

Deux chiffres pour commencer : 850 et 78. Le premier, c’est le nombre de matchs disputés par l’équipe de France depuis 1904 (au 1er juillet 2019). Le second, c’est le nombre de gardiens de but qui se sont succédé sur cette période. Autrement dit, c’est comme si un nouveau portier était appelé tous les onze matchs environ, ou comme si chacun d’eux comptait en moyenne onze sélections.

La réalité est bien sûr très différente. Les deux premiers, que ce soit au nombre de matchs joués, au palmarès ou en talent pur, comptent 199 sélections, soit plus de 23% du total ! Aux 112 de Hugo Lloris s’ajoutent en effet les 87 de Fabien Barthez. Derrière, Joël Bats (50), Bernard Lama (44) et Georges Carnus (36) portent le total des cinq premiers à 329 sélections cumulées, soit près de 40% du total.

Avant-guerre : un poste des plus précaires

Si l’on se penche sur l’histoire des gardiens, il y a clairement trois périodes distinctes. Avant-guerre, ils sont pas moins de 28 à défendre les cages françaises, de Maurice Guichard en 1904 à Julien Darui en 1939. Soit 154 matchs, pour 475 buts encaissés. Pas terrible (3,08 buts par match en moyenne)... Mais bien sûr le faible niveau de la sélection en général et des défenseurs en particulier (l’équipe évolue à l’époque en 2-3-5) n’aide pas.

Chaque gardien occupe le poste en moyenne 5,5 fois. Mais seuls Alex Thépot (31), Pierre Chayriguès (21) et Maurice Cottenet (18) s’installent durablement à ce poste. Huit gardiens ne comptent qu’une seule sélection et neuf autres moins de cinq. La rotation est intense, au moins jusqu’aux débuts du professionnalisme (1932).

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Après-guerre : beaucoup de spécialistes, mais aucun ne se détache

La deuxième période va de 1940 à 1983, soit 273 matchs. Elle compte 30 nouveaux gardiens (Julien Darui fait l’essentiel de sa carrière internationale après 1945, mais il a débuté en 1939) desquels émergent, outre Darui (25), Georges Carnus (36 capes à partir de 1963), François Remetter (26 à partir de 1953), Pierre Bernard et Dominique Baratelli (21), sans oublier Marcel Aubour (20) et René Vignal (17). Il y a encore neuf gardiens éphémères (une seule apparition) et quatre autres à moins de cinq capes. Le nombre moyen de sélections par gardien ayant débuté dans cette période passe à 9,1. Il y a 403 buts encaissés, soit 1,47 par match.

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Depuis les titres : le temps des très grands

La troisième période, celle qui commence en 1983 et dure encore aujourd’hui, compte 418 matchs et seulement 307 buts encaissés (0,73). Et il n’y a plus que 20 gardiens, qui ont donc disputé près de 21 matchs chacun en moyenne... C’est là que se retrouvent les quatre plus capés dont j’ai parlé plus haut, mais aussi le sixième (Coupet, 34), le septième (Martini, 31) et le neuvième (Mandanda, 28). La densité de gardiens de très haut niveau est remarquable, ce qui explique évidemment la moyenne très basse de buts encaissés.

La conséquence est facile à comprendre : il ne reste quasiment rien pour les douze autres. Ulrich Ramé (12 sélections à partir de 1999) et Mickaël Landreau (11 à partir de 2001) grappillent bien quelques matchs, mais Rust, Charbonnier, Porato, Dutruel, Carrasso et Costil ne font que passer (une seule sélection) alors que Rousset, Frey (2), Ruffier, Areola (3) et Letizi (4) se partagent les miettes restantes.

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Des intervalles qui s’allongent

Autre indicateur intéressant, les intervalles de matchs entre deux nouveaux gardiens. Alors que dans les périodes précédentes, il était rare de voir des années sans nouveau (1976, 1974, 1971, 1970...), les intervalles s’allongent désormais : entre les débuts de Mickaël Landreau en juin 2001 et ceux de Sébastien Frey en novembre 2007, il s’est écoulé plus de six ans, soit 88 matchs avant qu’un nouveau gardien n’ait sa chance. Et plus de cinq ans et 75 matchs entre Cédric Carrasso (juin 2011) et Benoît Costil (novembre 2016). On remarquera que dans les deux cas, les quatre portiers concernés n’ont pas vraiment fait carrière (11 sélections pour Landreau, 2 pour Frey, 1 pour Costil et Carrasso).

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Auparavant, les intervalles étaient quasi inexistants avant-guerre : il faudra attendre 1923 pour voir un premier intervalle significatif de 20 matchs (près de quatre ans) entre deux nouveaux gardiens, Charles Berthelot et Jacques Dhur. Lors des dix premières années entre 1094 et 1904, on compte pas moins de douze gardiens différents pour seulement 35 matchs ! A titre de comparaison, depuis 2010 et Stéphane Ruffier, seuls quatre nouveaux portiers ont été lancés. Pour 150 rencontres...

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Lors de la deuxième période (1940-1983), les intervalles se font plus conséquents, même si le maximum ne dépasse pas 21 matchs (entre 1953 et 1957). Et il devient fréquent d’attendre entre 15 et 20 matchs pour voir un nouveau gardien arriver. Aujourd’hui, ça représenterait un peu plus d’une année, à l’époque plutôt deux ou trois.

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Maignan et Lecomte seront-ils les suivants ?

Si Steve Mandanda ne revient plus en sélection (ce qui n’est pas acquis), la hiérarchie dessinée par Didier Deschamps en juin 2019 semble claire : derrière Hugo Lloris, Alphonse Areola est le numéro deux et Mike Maignan le numéro trois. Benjamin Lecomte rétrograde donc en quatrième position, ce qui veut dire que ses chances d’honorer sa première cape se réduisent à vue d’oeil, d’autant plus qu’il a déjà 28 ans. Et que la concurrence d’Alban Lafont, qui revient en Ligue 1 à Nantes, pourrait se faire forte. Mais tant que Lloris reste à ce niveau de jeu, et sauf blessure de longue durée, il est probable que la hiérarchie actuelle perdure jusqu’en 2022.

Le 30 mai 2019 à Clairefontaine avec Alphonse Areola, Mike Maignan et Benjamin Lecomte.
Crédits : photo Aurélien Durand/FFF

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