Passons les gardiens de but sous la toise

Publié le 8 juillet 2019

Trente centimètres et un siècle séparent Pierre Chayriguès d’Alphonse Areola. Puisqu’il y a eu des gardiens petits et des gardiens grands, sans corrélation avec leur talent, classons-les à la verticale.

Cet article est publié dans le cadre de la série de l’été 2019, Les hommes de mains.

Qu’est-ce qu’un grand gardien ? Celui qui permet à son équipe, sinon de gagner des matchs, tout du moins de ne pas en perdre. Et en tout cas de ne pas encaisser de but, ou le moins possible. Celui aussi qui est décisif au moment voulu. A ce titre, Hugo Lloris, Fabien Barthez ou Joël Bats sont de grands gardiens. Bernard Lama, René Vignal, Julien Darui aussi, même s’ils ont moins eu l’occasion de briller au plus haut niveau.

Qu’est-ce qu’un gardien grand ? La réponse est plus facile, puisqu’on remplace le talent par les centimètres. Enfin, pas si facile que ça, parce qu’elle dépend de l’époque que l’on regarde. Dans les années 1930, un gardien comme Raoul Chaisaz était considéré comme très grand, en comparaison de ses partenaires dont la taille tournait autour de 1,65 m. Il ne mesurait pourtant que 1,83 m, c’est-à-dire comme Fabien Barthez ou Bernard Lama.

Jean-Paul Bertrand-Demanes (1,91 m) en mai 1978 avant France-Tunisie à Lille.
Jean-Paul Bertrand-Demanes (1,91 m) en mai 1978 avant France-Tunisie à Lille.

Bertrand-Demanes et Bergeroo, avec un grand B

Dans les années 1970, le Lillois Philippe Bergeroo ou le Nantais Jean-Paul Bertrand-Demanes ressemblaient à des géants, avec leurs 1,91 m pour le premier et 1,92 m pour le deuxième. Là, ça commence effectivement à faire haut. Ils n’ont été dépassés à cette altitude qu’en 1990 par le Sochalien Gilles Rousset (1,95 m), lequel a culminé tout seul au sommet des internationaux français jusqu’en septembre 2018, où il a été rejoint par Alphonse Areola. Entre temps, Richard Dutruel s’était intercalé à la deuxième place en 2000.

Rousset, Areola, Dutruel, Rust, Bergeroo : dix sélections à eux cinq. Et si le Parisien a été sacré champion du monde en 2018 (sans jouer), si Bergeroo a été champion d’Europe 1984 (toujours sans jouer) et troisième de la Coupe du monde 1986 (comme Albert Rust), on ne peut pas dire que ces cinq-là aient marqué l’histoire des Bleus.

En conservant le code couleur de la chronologie des gardiens de but, j’ai placé sur le schéma en forme de toise ci dessous les 56 (sur 78) dont la taille est connue. En vert, les gardiens ayant débuté lors de la période la plus récente, celle qui commence en 1983 avec l’arrivée de Joël Bats et qui dure encore, en bleu la période intermédiaire entre 1940 et 1983, et en orange l’avant-guerre, de 1904 à 1939. La première est complète (20 gardiens), la deuxième quasi (27 sur 30), la troisième parcellaire (9 sur 28). Les journaux du début du 20e siècle ne publiaient pas ce genre d’information, qu’il faut aller chercher dans les livrets militaires, quand ceux-ci sont accessibles.

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Un gardien plus petit que Kanté...

Mais il est facile de voir à quel point les tailles des gardiens ont évolué depuis plus d’un siècle. Autour de la première guerre mondiale, le meilleur spécialiste français du poste, Pierre Chayriguès, ne mesurait que 1,66 m, soit moins que N’Golo Kanté. En 1982, Jean Castaneda faisait certes 1,88 m (comme Lloris), Dominique Baratelli 1,78 m (l’équivalent de Mbappé), mais le titulaire était Jean-Luc Ettori et son 1,73 m.

Jean-Luc Ettori (1,73 m) contre l'Angleterre à Bilbao en juin 1982.
Jean-Luc Ettori (1,73 m) contre l’Angleterre à Bilbao en juin 1982.

Chayriguès n’est pourtant probablement pas le gardien le plus petit de l’histoire des Bleus. Maurice Beaudier, gardien du CA Paris qui compte trois sélections en 1921 mesurait, selon les sources, 1,61 m ou 1,65 m. Je l’ajouterai sur la toise quand j’aurai trouvé une information plus fiable.

En revanche, sur la période la plus récente qui a commencé il y a 36 ans, aucun gardien des Bleus n’a fait moins de 1,80m. Le seul de cette taille est Joël Bats. Pour autant, l’équipe de France ne collectionne pas les géants puisqu’elle ne compte que cinq portiers à plus d’1,90 m, et que la moyenne actuelle tourne plutôt autour de la taille de Lloris (1,88 m).

Lev Yachine, l’araignée noire

A l’étranger, on a souvent compté des gardiens beaucoup plus grands que ceux des Bleus : à la fin des années 1950, à l’époque où Claude Abbes (1,80 m, donc plutôt grand pour l’époque parmi les Français) gardait les cages de la sélection, le Soviétique Lev Yachine dominait le poste à la fois par le talent et par la taille (1,90 m). L’Argentin Carrizo et le Nord-Irlandais Gregg, présents à la Coupe du monde 1958 en Suède, n’étaient pas loin (1,88 m). Mais l’Allemand Herkenrath, le Suédois Svensson ou le Hongrois Grosics (remplaçant) faisaient tous trois moins d’1,80m.

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Barthez à la hauteur de Taffarel

Plus récemment, au temps de Barthez au tournant du siècle, c’est le Néerlandais Erwin Van der Sar qui culminait à 1,97 m. Le Danois Peter Schmeichel et l’Argentin Carlos Roa dépassaient les 1,90 m, la taille de l’Italien Gianluca Pagliuca. Pour trouver des gardiens de la hauteur de Barthez, il faut se tourner vers l’Espagnol Andoni Zubizarreta (devenu directeur sportif de l’OM) et du Brésilien Claudio Taffarel, tous à 1,83 m.

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Enfin, de nos jours, Hugo Lloris peut regarder de haut Jordan Pickford et Jasper Cilessen, mais il est loin de Thibaut Courtois, Gianluigi Donnarumma ou Manuel Neuer.

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