30 septembre 1944 : la France libérée accueille la Grande-Bretagne

Publié le 3 mars 2022 - Romain Vercruyce

Un peu plus d’un mois après la Libération de Paris, un premier match international est organisé au Parc des Princes. Il oppose une sélection de la France libérée à une équipe de l’Armée britannique et de la RAF devant 30.000 spectateurs et Jules Rimet.

Juste après la libération de Paris fin août 1944, un match de football est annoncé pour fin septembre entre une sélection de la France Libérée et une équipe britannique de la Royal Air Force (Combat, 8 septembre 1944). Jules Rimet vient juste de reprendre son poste de président de la Fédération Française de Football après deux ans de pause suite à sa démission déclenchée par la prise de pouvoir du gouvernement de Vichy.

La deuxième guerre mondiale touche donc à sa fin. Elle a causé la mort de sept internationaux français. Au début du conflit, sont tombés Victor Farvacque (25 avril 1940 à 37 ans) Jacques Mairesse (15 juin 1940 à 35 ans) et Noël Liétaer (21 février 1941 à 32 ans). Maurice Thédié est mort le 2 juillet 1944 à 48 ans dans un train à destination de Dachau. Quelques jours avant ce match, deux autres internationaux sont fusillés : Grégoire Berg (24 août 1944 à 48 ans) et Émilien Devic (21 août 1944 à 55 ans). En 1945, un dernier international disparaîtra : Eugène Maës, qui est déporté, mourra le 30 mars 1945 à 54 ans au camp de concentration de Dora-Mittelbau à Ellrich.

Trois internationaux convoqués, six autres en devenir

Gaston Barreau, sélectionneur unique de l’équipe de France, doit monter une sélection nationale sous la bannière France libérée, alors que des internationaux sont encore engagés à cette période comme Étienne Mattler (38 ans), Oscar Heisserer (30 ans) et Yvan Beck (34 ans). Le quotidien Ce Soir du 14 septembre 1944 annonce qu’« en raison des difficultés de déplacement, il est peu probable que des joueurs appartenant à des équipes sudistes puissent être retenus dans le onze de France ». Gaston Barreau ne va pouvoir s’appuyer que sur trois internationaux : Julien Darui (Lille), Auguste Jordan (Racing), et Alfred Aston (Red Star). Six autres ne le sont pas encore mais le deviendront par la suite : Joseph Jadrzejczak (Lille), Lucien Leduc (Racing), Ernest Vaast (Racing), Jean Prouff (Rennes), Ladislas Smid (Lens) et René Bihel (Lille). Seuls deux joueurs appelés ce jour-là ne porteront pas le maillot bleu en sélection A, le défenseur lensois Anton Marek et le milieu du Red Star Paul Bersoullé. Les remplaçants sont Georges Hatz (Red star), Gabriel Braun (Red Star) et Jean Baratte (Lille).

A vélo et en camion de pompiers

Pour l’anecdote, le Rennais Jean Prouff aurait été victime d’une panne de voiture sur la route et aurait fini le trajet en partie en auto-stop et en a partie en vélo. Ladislas Smid (dit Siklo) de Lens aurait voyagé via un camion de pompiers (L’Aube 29 septembre 1944).

Côté Britannique, l’équipe est très proche du onze national anglais. Un Gallois prit part au match. La photo officielle de l’équipe indique « Armée britannique et R.A.F ». Sur le panneau d’affichage du Parc des Princes il est indiqué FL et GB pour France Libérée et Grande Bretagne. L’attaque est composée des redoutables Ted Drake (Arsenal), Stanley Matthews (Stoke City) et Horatio Carter (Sunderland). Il ne manquait que Tommy Lawton (Everton). En septembre 1944, les joueurs d’Outre-Manche ont déjà disputé deux matchs contre l’Irlande et le pays de Galles.

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Voir sur le site de l’INA un résumé vidéo du match (à partir de 2’45).

Le samedi 30 septembre, 30.000 spectateurs se retrouvent au Parc des Princes. Tout a été loué à l’avance. Les 1.200.000 Francs de recette sont partagés entre les œuvres britanniques (40 %), les familles des FFI victimes du devoir (40 %) et la caisse de prévoyances des joueurs professionnels français (20 %).

Le match est présidé par le Général Koenig, gouverneur militaire de Paris et Duff Cooper, ambassadeur de Grande-Bretagne. Avant la rencontre, la musique de la Garde républicaine joue les hymnes nationaux (God Save The Queen et La Marseillaise). La pelouse a été inspectée dix jours avant est en très bon état.

A 15 heures, l’arbitre Français M. Sdez siffle le coup d’envoi. Les Français évoluent dans un maillot bleu ciel frappé du coq, les Anglais dans une chemisette blanche. Les Britanniques gagneront la rencontre par 5 buts à 0. Il faudra attendre encore près de trois mois avant de voir le premier match officiel d’après la Libération, le 24 décembre 1944 contre la Belgique au Parc des Princes. Quant à la guerre, elle va se poursuivre pendant plus de sept mois. Français et Anglais se retrouveront à Wembley le 26 mai 1945.

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