[887] France-Autriche (2-0) : les anciens sont toujours là

Publié le 23 septembre 2022 - Bruno Colombari

Malgré une pluie de forfaits qui s’est prolongée jusqu’à la mi-temps du match, les Bleus rhabillés pour l’hiver ont montré un bien meilleur visage qu’en juin dernier. Varane, Griezmann, Giroud et Mbappé montent en régime.

Le résultat était-il prévisible ?

Sur le papier, les champions du monde sont largement supérieurs aux Autrichiens. Mais ces derniers ayant failli l’emporter à Vienne en juin, et les Bleus restant sur quatre matchs très décevants, la prudence était de mise. Encore plus avec le tsunami de forfaits auquel Deschamps a dû faire face avant l’annonce de la liste, depuis, et encore hier soir pendant la première mi-temps où il a perdu coup sur coup Koundé et Maignan. Dans ces conditions, une rencontre a priori abordable peut vite se transformer en piège.

Finalement, le 2-0 est presque flatteur pour les coéquipiers d’Alaba qui n’ont jamais vu le jour et qui s’en sont remis aux maladresses françaises dans la finition, à des expédients plus que limite et à un arbitrage plutôt bienveillant. On craignait une victoire très étriquée, voire un nul, et finalement on a un succès modeste qui ne reflète pas la physionomie du match.

L’équipe est-elle en progrès ?

Avec deux nouveaux titularisés d’entrée (Badiashile et Fofana) et quelques débutants de l’année ou presque (Clauss, Maignan, Saliba, Tchouaméni), l’équipe qui s’est présentée au Stade de France semble assez éloignée de celle qui débutera la Coupe du monde dans tout juste deux mois : sans Lloris, Théo et Lucas Hernandez, Kanté, Pogba et Benzema, ça fait six titulaires potentiels en moins, ce qui n’est pas rien.

Mais les absents ont toujours tort, et ceux qui étaient là avaient des jambes et ça change tout. En juin, les Bleus étaient carbonisés par une longue saison en club qui en suivait une autre lourdement perturbée par la pandémie. En septembre, hormis donc les deux blessés, les quatorze titulaires et remplaçants ont mis beaucoup d’intensité, de mouvement, de vitesse et d’initiative. Il a certes fallu près d’une heure pour trouver la faille dans une défense autrichienne très compacte, mais Mbappé et Giroud, servi par Griezmann, ont rappelé à ceux qui l’avaient oublié que l’attaque de 2018 avait de beaux restes.

Quels sont les joueurs en vue ?

Raphaël Varane est de retour, et il a fait beaucoup de bien à la défense, même si cette dernière n’a pas été vraiment bousculée par l’Autriche. Sa sérénité a sans doute été pour beaucoup dans les débuts très réussis de Benoît Badiashile, tellement réussis qu’il peut légitimement être candidat pour la Coupe du monde, en tout cas au moins derrière Lucas Hernandez et Presnel Kimpembe. Au milieu, Aurélien Tchouaméni a fait encore très forte impression, aussi bien dans les transitions rapides que dans le pressing ou même dans les occasions créées, comme ce somptueux retourné dévié sur la barre par Patrick Pentz. Pogba forfait ? On en vient presque à penser que ce n’est pas si grave avec un tel joueur à sa place.

L’éternel retour d’Olivier Giroud était évidemment très attendu, et le Milanais, comme souvent dans ces situations-là, n’a pas déçu en marquant une nouvelle fois d’une superbe tête en extension à la réception d’un centre du droit (pourquoi pas, après tout ?) d’Antoine Griezmann. Mais il a fait bien mieux que ça, en combinant intelligemment avec Kylian Mbappé qui l’a bien trouvé en retour. Se priver de lui en novembre serait une grosse erreur, Benzema ou pas.

Mbappé a beaucoup vendangé (c’est de saison), mais tant qu’il marque au moins une fois et que les Bleus gagnent, ce n’est pas très important. Si son but est impressionnant de puissance et de précision, ses deux occasions presque trop faciles de la 26e, suite à un une-deux clinique avec Giroud, et de la 67e où il crochète Pentz avant de s’enlever lui-même le ballon (mais en position initiale de hors-jeu) posent question. Dommage que son but d’entrée, après 90 secondes, n’ait pas été validé.

Griezmann a lui aussi raté une énorme occasion au rebond du retourné de Tchoumaméni en première période, et il a semblé un peu en dedans de ses deux compères de l’attaque. Mais il a trouvé des intervalles au fil du match, avant de signer sa 25e passe décisive.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Youssouf Fofana a eu une grosse activité avec Tchouaméni dans l’entrejeu, mais aussi pas mal de déchet et il a vraiment été très maladroit sur un caviar de Mbappé juste avant la mi-temps. Ferland Mendy n’a pas été très percutant côté gauche, de même que Clauss à droite. Théo Hernandez et Kingsley Coman gardent une petite avance sur ces deux-là. Enfin, les deux gardiens ont été trop peu sollicités pour être évalués, même si Alphonse Aréola s’est fait un peu peur sur une mésentente avec Varane en toute fin de match.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

A Copenhague dimanche, Didier Deschamps fera sans doute tourner son effectif, non pas pour masquer son jeu à deux mois du France-Danemark au Qatar, mais plutôt pour préserver ce qui peut l’être compte tenu des nombreuses défections auxquelles il a fait face. Il va toutefois pousser son équipe à l’emporter pour préserver sa troisième place, qui serait menacée si l’Autriche battait la Croatie dans l’autre rencontre du groupe. Et surtout parce que finir cette période d’avant-Mondial par deux victoires permettrait à l’équipe de se rassurer face au demi-finaliste du dernier Euro. Si elle peut produire du jeu et gagner des matchs sans la moitié de ses cadres, ce sera plutôt bon signe pour la suite. Histoire d’éviter les fâcheux précédents de 2002, 2010, 2014 et 2018 qui ont vu à chaque fois le champion en titre dégager dès le premier tour.

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