[911] Pays-Bas-France (0-0) : calés à l’orange

Publié le 22 juin 2024 - Bruno Colombari

Pourtant largement dominatrice devant et peu inquiétée derrière, l’équipe de France privée de Kylian Mbappé pour la première fois en six ans en phase finale n’a pas trouvé la solution face aux Pays-Bas.

4 minutes de lecture

Le résultat est-il prévisible ?

Après une victoire contre l’Autriche laborieuse sur la forme mais encourageante sur le fond, les Bleus jouaient un quasi seizième de finale de l’Euro face aux Pays-Bas, une sélection qu’ils n’avaient jamais battue en phase finale. Privée de leur capitaine et meilleur joueur, et alors que ses deux autres cadres (Griezmann et Giroud) envoyaient des signaux inquiétants, l’équipe de France était alignée avec une composition hybride à quatre milieux, Adrien Rabiot étant positionné à gauche comme l’avait été Matuidi en 2018 et Marcus Thuram occupant le poste d’attaquant de pointe, avec Dembélé à sa droite et Griezmann derrière lui.

Cette adaptation tactique avait bien fonctionné en Russie, avec deux différences notables : Griezmann et Giroud avaient six ans de moins, et Mbappé était là. De plus, les Bleus ne se retrouvaient pas avec une défense centrale expérimentale (Upamecano-Saliba) devant un gardien à 17 sélections.

Autant dire que ce deuxième match de l’Euro 2024 apportait plus de doutes que de certitudes. Même si, après la victoire autrichienne contre la Pologne, une victoire aurait donné la première place aux Bleus. Mais leur gros problème d’efficacité devant, récurrent depuis le début de l’année (c’est le troisième match sans but sur les six joués en 2024), ne leur a pas permis de faire la différence. Pour la deuxième fois depuis 2014, ils laissent des points lors d’un deuxième match de phase finale. La précédente avait entraîné une élimination précoce en huitième de finale.

L’équipe est-elle en progrès ?

On pourrait dire que oui, car elle a plus dominé que face à l’Autriche, même si les Pays-Bas n’ont pas montré grand chose à Leipzig vendredi soir. Mais son manque criant d’efficacité devant le but adverse (trois tirs cadrés sur quinze, et très peu de prise de risques) lui a coûté une victoire qui semblait à portée de la main.

Ce qui est plutôt rassurant, c’est la solidité défensive retrouvée, alors qu’en mars l’équipe avait encaissé cinq buts en deux matchs, et six autres en six matchs à l’automne. Elle n’en a plus pris un seul lors des quatre dernières rencontres, sans doute en partie grâce à Saliba en défense centrale et aussi, bien sûr, Kanté en milieu de terrain.

Mais, comme en 2018 (au premier tour), en 1998 (lors des matchs de phase finale) et surtout à l’Euro 1996, cette solidité derrière se paie au prix fort devant.

Quels sont les joueurs en vue ?

Comme contre l’Autriche, Jules Koundé, William Saliba et à un degré moindre Dayot Upamecano ont rendu une copie propre, hormis sur le but de Simons heureusement refusé pour une position de hors-jeu de Dumfries à la 69e. Même si on aurait aimé les voir prendre plus d’initiatives à la relance.

Mais c’est encore N’Golo Kanté qui s’est illustré en occupant à peu près tous les postes hormis celui de gardien de but. Il aurait pu être passeur décisif pour Griezmann, et a même tenté sa chance, sans réussite. A noter aussi la belle partie de Mike Maignan, auteur d’un sauvetage décisif sur un tir croisé de Jérémie Frimpong après moins de deux minutes de jeu. Il a également sorti deux frappes de Gako et Depay.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Encore une fois, Griezmann a déçu. Décidément le brassard ne lui porte pas chance (deux défaites et trois nuls en cinq matchs). Maladroit devant le but, il a semblé positionné trop haut pour pouvoir orienter le jeu et apporter le déséquilibre, et a été maladroit sur les coups de pied arrêtés.

Adrien Rabiot a fait une grosse partie, même cantonné sur le côté gauche, mais il a cruellement manqué d’initiative sur quelques ballons chauds dans la surface adverse. Ousmane Dembélé est en train de rater son championnat d’Europe, et à ce rythme-là, il va perdre son statut de titulaire, n’étant décisif ni sur les tirs (une constante) ni dans les passes ou les centres, ce qui est plus étonnant.

Enfin, Théo Hernandez et Aurélien Tchouaméni ont évolué en dessous de leur niveau. C’est logique pour le second, qui n’a plus joué depuis plus d’un mois, mais c’est inquiétant pour le premier, qui pourrait être mis en concurrence avec Ferland Mendy.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

Alors qu’une victoire contre les Pays-Bas auraient assuré la première place aux Bleus, et autorisé une large rotation de l’effectif en mode 2014, 2016, 2018 ou 2022 contre la Pologne mardi (quitte à faire du troisième match une purge), ces derniers vont devoir jouer la gagne, et si possible sur un écart de deux ou trois buts. Ce qui va forcément limiter la rotation, même si on peut imaginer du temps de jeu pour Clauss, Pavard, Konaté ou Mendy derrière, Camavinga ou Fofana au milieu ou Kolo Muani et Coman devant.

On aimerait bien aussi voir débuter à l’Euro Zaïre-Emery et Barcola, mais c’est moins sûr, ou alors en fin de match si le résultat est acquis. Mais la question principale qui va agiter journalistes et supporters pendant les quatre prochains jours sera le retour de Mbappé. Le manque de promptitude et de précision devant le but de Rabiot, Griezmann, Thuram et Dembélé laisse imaginer ce qu’aurait pu faire le néo-Madrilène s’il avait joué, et il n’est pas sûr du tout qu’il apprécie de faire banquette une deuxième fois.

De plus, finir deuxième derrière les Pays-Bas ferait jouer l’équipe de France le 1er juillet au lieu du 2, soit un jour de moins de récupération. Mais dans les deux cas elle affrontera un deuxième de groupe : celui de la Belgique ou celui du Portugal. C’est moins ça le problème que de se retrouver dans la première moitié du tableau (en finissant deuxième), c’est-à-dire celui de l’Allemagne, de l’Espagne et probablement du Portugal.

En terminant première, l’équipe de France sera dans la partie basse du tableau, celle de l’Angleterre et probablement de la Roumanie. A priori nettement plus abordable, au vu des premières journées de l’Euro. Le scénario catastrophe serait une défaite contre la Pologne qui, combinée à une victoire de l’Autriche, pourrait placer la France en troisième position et lui offrir l’Espagne en huitièmes de finale. Soit le scénario de 2012…

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