Julie Gouazé raconte les Bleus aux enfants

Publié le 31 mai 2021 - Bruno Colombari

La romancière Julie Gouazé a écrit les textes du livre pour enfants « L’équipe de France, en route vers la victoire » (éditions Quelle histoire). Elle raconte comment elle a travaillé sur ce projet et sa vision d’historienne sur la place du sport dans la mémoire collective.

L'équipe de France, en route vers la victoire. Editions Quelle histoire, 40 pages, 5 euros.
L’équipe de France, en route vers la victoire. Editions Quelle histoire, 40 pages, 5 euros.

Le premier but de Louis Mesnier contre la Belgique en 1904, la terrible défaite 17-1 contre le Danemark aux JO de Londres, le Conte Verde en route vers l’Amérique du Sud, Just Fontaine en Suède, Platini, Deschamps, Zidane et Mbappé : les grands moments de l’histoire centenaire de l’équipe de France sont tous là, réunis en quarante pages dans un format à l’italienne. C’est un livre publié par les éditions Quelle histoire, destiné aux 6-10 ans, qui s’appelle L’équipe de France, en route vers la victoire.

Sacré défi que de raconter une histoire aussi riche et ancienne en si peu de pages, mais c’est réussi : les principales étapes y sont, sans occulter la période d’avant-guerre qui est la moins connue. Mais après tout, pour des enfants nés entre 2011 et 2015, même Zidane est de l’histoire ancienne, alors pourquoi ne pas parler de Louis Mesnier, Jules Rimet et Lucien Laurent ?

Les dessins sont soignés, avec un souci constant de réalisme (jusqu’aux numéros sur les shorts) et les textes bien écrits, de façon claire mais pas simpliste. Après tout, c’est aussi l’occasion d’enrichir son vocabulaire... C’est la romancière Julie Gouazé (Quand on parle de Lou, Belfond 2018, Les corps de Lola, Belfond 2016, Louise, Léo Scheer 2014) qui les a écrits, et elle a accepté de répondre à mes questions.

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Crédits : @Philippe Matsas/Opale-Leemage

Vous avez écrit plusieurs romans pour adultes, des histoires de femmes assez dures. Comment en êtes vous arrivée à écrire ce livre pour enfants sur l’équipe de France ?

J’ai rencontré il y a quelques années une éditrice de Quelle histoire, et je commençais à être rédactrice à ce moment-là. Je lui ai proposé ma candidature et quelques mois après, j’ai eu de ses nouvelles, et je suis devenue nouvel auteur pour écrire des livres Quelle histoire : je suis entrée dans l’équipe comme prestataire extérieure il y a quatre ans. J’ai écrit effectivement ce livre sur l’équipe de France, mais en fait il y en a plein d’autres : j’ai travaillé sur la mythologie nordique, les samouraïs, les Mousquetaires, la Joconde, la mythologie grecque, Steve Jobs, Roger Federer...

Je suis quelqu’un de curieux et que je fais mon miel de tout. En fait je suis historienne à la base, et si j’ai appris quelque chose pendant mes études, c’est de savoir chercher. Quand on m’a proposé ce sujet, j’ai dit OK même si je n’y connaissais rien. Je me suis documentée, j’ai appris, j’ai lu, et le résultat est entre vos mains.

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Dans le domaine du sport, vous avez contribué à un ouvrage collectif sur les 24 heures du Mans, un recueil de nouvelles. Pourriez-vous en faire de même sur le football, et si oui, quel en serait le sujet ?

Cette aventure pour les 24 heures du Mans était tellement chouette... On n’avait qu’une seule contrainte, en quelque sorte, c’était qu’il devait être question de vitesse et de voiture, et après on pouvait faire ce qu’on voulait. J’ai adoré cette aventure. On était 24 auteurs, forcément. J’ai écrit une nouvelle sur une femme pilote, et c’était super. Oui, je suis tout à fait prête à écrire une nouvelle sur le foot, et pourquoi pas sur le foot féminin d’ailleurs. Quand on part sur une fiction, on peut tout imaginer. On perd pied avec le réel et on peut tout se permettre, c’est ce qui est magique.

Quel est votre lien à l’équipe de France ? Que représente-t-elle pour vous ? En quoi l’histoire de l’équipe de France fait écho à celle de la Nation ?

L’Histoire est faite de plein d’histoires, de tout ce qui se passe dans tous les domaines, chez les grands comme chez les petits, chez les paysans comme chez les grands seigneurs. On voit bien que l’équipe de France a été impactée par les deux Guerres mondiales, elle a perdu un certain nombre de ses joueurs. Tout est perméable. Il y a forcément un lien. Je me souviens de 1998, une forme de cohésion qui s’est créée d’un coup et qui a été magnifique, et c’est la victoire qui a permis ça. Après c’est retombé, malheureusement, mais ça peut revenir.

Mais je crois que les événements sportifs, et notamment le foot qui est très fédérateur, sont des moments de communion, quand ça fonctionne. C’est quelque chose qui marque, tout le monde en parle et ceux qui n’aiment pas le foot commencent à regarder les matchs, comme moi. Ce sont des moments où on se retrouve, où on est tous derrière la même équipe et ce n’est pas si fréquent qu’on soit tous d’accord.

Il me semble que pour certaines générations qui n’ont pas connu d’événement dingue comme le premier homme sur la Lune en 1969 avec Neil Armstrong, l’histoire de l’équipe de France remplace ça. Tout le monde se souvient où il était lors de la finale de 1998, et pour les plus jeunes, pendant celle de 2018. Ça sert à ça aussi, les victoires de l’équipe de France !

Pour ma part, je me souviens de l’élection de François Mitterrand en 1981, même si c’est peut-être un souvenir reconstruit, de la chute du Mur de Berlin en 1989, des attentats du 11 septembre en 2001... Et je me souviens de m’être levée en pleine nuit pour écouter le discours d’investiture de Barack Obama en 2009.


 

Quelles sont les contraintes quand on écrit un livre destiné aux enfants ? Comment déterminer ce qu’ils peuvent comprendre, ce qu’il faut vulgariser, quel angle choisir ?

Il faut se renseigner sur tout, ensuite on essaie de découper l’histoire. Là ce sont des livres en dix tableaux, c’est comme ça que ça s’appelle. On essaie de trouver des périodes ou des événements un peu particuliers, puis on les explique avec des mots simples, sans prendre les enfants pour des benêts. On a aussi des contraintes de place, c’est un sacré exercice de synthèse. On a 620 signes par tableau, c’est peu. Mais c’est là toute la beauté de l’exercice : on arrive toujours à expliquer les choses avec des phrases simples.

C’est un livre assez court (40 pages), mais il y a 7 illustrateurs. Comment avez-vous travaillé avec eux ?

Le travail commence par le chemin de fer, le plan. D’une manière assez simple, on liste ce qu’on veut dire dans chaque tableau. Donovan (l’éditeur) a expliqué aux illustrateurs ce qu’il attendait d’eux en leur fournissant certaines références pour qu’ils puissent commencer à travailler. Le texte avance et les illustrations prennent forme en même temps, c’est un travail d’équipe. Ça se fait en même temps.

Qu’est-ce que ce travail vous a apporté, et vous a-t-il donné envie d’écrire à nouveau sur le football ou sur le sport en général ? Les JO 2024, par exemple ?

Pour l’instant, je n’ai pas de projet particulier concernant le sport, mais je suis ouverte à toutes les propositions. Ce que ça m’apporte, c’est que ça assouvit ma curiosité. Et après, je crois que je m’en sers pour mes romans, en fait. Ça me nourrit, parce qu’on a besoin d’avoir l’esprit ouvert, les oreilles grandes ouvertes, ça me sert tout le temps.

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