La décennie qui a tout changé (5) : septembre 2014, l’Espagne est tombée

Publié le 11 août 2020 - Bruno Colombari

Après six ans de déboires, les Bleus entament leur série d’amicaux par une victoire contre le double champion d’Europe en titre. La dernière fois à domicile remontait à janvier 1998. Autant dire qu’elle fait du bien au moral.

Le contexte

Deux mois après une Coupe du monde encourageante (quart de finale après un beau premier tour) mais frustrante (défaite contre l’Allemagne dans un match rapidement plié), l’équipe de France entame un long tunnel de vingt mois sans compétition jusqu’à l’Euro 2016. Michel Platini, président de l’UEFA, a bien bricolé l’intégration du pays organisateur dans un groupe qualificatif, il n’empêche que les matchs à venir contre le Portugal, la Serbie, le Danemark, l’Albanie et l’Arménie n’ont aucun enjeu.

Pour commencer, les Bleus se remettent en selle avec une affiche de prestige, purement amicale celle-là, contre le double champion d’Europe et désormais ex-champion du monde. L’Espagne n’a pas été seulement hégémonique pendant quatre ans, elle a aussi pris sa revanche contre la France, et plutôt quatre fois qu’une : victoires à Malaga en 2008, à Saint-Denis en 2010 et 2013 et à Kiev à l’Euro 2012. Les Bleus n’ont qu’un nul (très méritoire) à se mettre sous la dent en octobre 2012 à Madrid. Et depuis, ils ont chuté à domicile contre l’Allemagne et le Brésil en 2013.

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Debout, de gauche à droite : Sissoko, Varane, Benzema, Pogba, Sakho, Lloris. Accroupis : Matuidi, Evra, Valbuena, Debuchy, Griezmann.


4 septembre 2014 : France-Espagne

Didier Deschamps aligne une équipe quasiment équivalente à celle qui a disputé la Coupe du monde, avec Valbuena plutôt que Cabaye pour accompagner Matuidi et Pogba au milieu, et une attaque Sissoko-Benzema-Griezmann. Côté espagnol, exit Casillas, Xabi Alonso et Xavi, alors qu’Iniesta est blessé, que Fabregas sera meneur de jeu et Diego Costa, très mauvais au Brésil, aligné en pointe.

Très vite, le trio Valbuena-Sissoko-Benzema combine bien, aux détriments de Griezmann isolé côté gauche et qui ne touche quasiment pas le ballon. Côté espagnol, Carvajal monopolise le couloir droit (celui d’Evra) et Fabregas se fait remarquer au milieu. La Roja a la possession, ce qui n’est pas une surprise, mais les Bleus font mieux que se défendre, et Benzema, bien servi par Pogba, se crée plusieurs occasions tranchantes.

Dès la reprise, sur un centre de Sissoko Benzema marque, mais son but est refusé pour un hors-jeu millimétrique. Alors que Loïc Rémy remplace un Griezmann transparent, et qu’on semble se diriger vers un 0-0 rarissime entre les deux sélections (un seul, en 1963), un centre de Benzema est dévié par Sissoko pour Valbuena qui, plutôt que tirer, préfère servir Rémy en retrait qui ouvre le score. Les Espagnols vont pousser pour revenir, mais les Bleus tiennent bon et s’offrent une victoire de prestige.


 

Comment Chroniques bleues l’a traité

Dans le compte-rendu écrit dans la foulée du match, la maîtrise française en début de partie est saluée : « La première demi-heure, en tout cas, a montré une équipe de France très vive, cherchant à combiner vite vers l’avant par des passes courtes en passant quasi-exclusivement côté droit avec des triangles Pogba-Sissoko-Valbuena qui ont mis les Espagnols en difficulté. »

Moussa Sissoko, justement, est signalé parmi les meilleurs français :
« Pour ce qu’il a montré en première période sur le côté droit, on peut légitimement regretter que Moussa Sissoko n’ait pas joué contre l’Allemagne à Rio. Sa puissance physique et une bonne technique en mouvement ont permis aux Bleus de trouver des espaces dans la défense espagnole. » Derrière, « Mamadou Sakho a montré ce qu’il peut faire quand il est en pleine possession de ses moyens physiques, ce qui n’était pas le cas au Brésil. »

Ce que ça a changé

Une victoire en amical ne produit pas de conséquences immédiates, mais elle peut faire du bien dans les têtes, y compris à moyen terme. Quand en demi-finale de l’Euro à Marseille l’équipe de France va croiser la route du champion du monde en titre, l’Allemagne, elle sait qu’elle peut franchir l’obstacle même en étant dominée, à condition de se battre sur tous les ballons derrière et d’être réaliste devant. Ça ne l’empêchera pas de perdre à nouveau contre l’Espagne à Saint-Denis (0-2) en mars 2017. Ni d’être championne du monde seize mois plus tard.

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