Mbappé, un passage à vide qui en rappelle un autre

Publié le 10 septembre 2021 - Bruno Colombari

Le démarrage foudroyant de Kylian Mbappé en 2017 et 2018 n’a pas été suivi d’une ascension linéaire en sélection. Après une bonne saison post-Coupe du monde, il a manqué dix matchs en deux ans, toujours à l’automne, et ne marque plus. Un trou d’air qui évoque celui de Michel Platini, entre 1978 et 1981…

Les Bleus ont appris à se passer de lui lors des matchs de l’automne : depuis 2019, le numéro 10 s’éclipse entre septembre et novembre, manquant même dix fois lors des 26 derniers matchs, lui qui n’en avait manqué qu’un au cours de ses 33 premières sélections. Bien sûr, ses absences sont toutes justifiées par des pépins physiques : un mois d’arrêt en septembre 2019 (ischio-jambier), 15 jours en octobre (cuisse), 15 jours en septembre 2020 (positif au Covid), 14 jours en octobre (cuisse) et depuis une semaine en septembre 2021 (mollet). Mais ça fait beaucoup, et toujours à la même période de l’année, comme s’il avait des difficultés à embrayer en sélection à ce moment-là, alors que ce n’était le cas ni en 2017, ni en 2018.

Si on regarde en détail ses absences depuis deux ans, voici les matchs qu’ils n’a pas joué :

Depuis septembre 2019, il a donc participé à 16 des 26 matchs de l’équipe de France
Il a été 3 fois remplaçant, 3 fois remplacé et a disputé 10 matchs entiers pour 1252 minutes sur 1470 possibles. Il a inscrit seulement 4 buts, contre 13 pour ses 33 premières sélections de mars 2017 à juin 2019.

Il n’y a pas vraiment d’incidence sur les résultats, puisque sans lui la France a gagné 7 fois, fait 2 nuls et perdu 1 fois, contre 10 victoires et 6 nuls en sa présence.

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1978-1981 : quand Platini perd le fil bleu

Ce trou d’air, qu’on espère provisoire, en rappelle curieusement un autre. A l’été 1978, Michel Platini vient de disputer la saison la plus riche de sa jeune carrière. Il a gagné la Coupe de France avec l’AS Nancy-Lorraine et a disputé sa première Coupe du monde avec l’équipe de France. Il est revenu d’Argentine très frustré (élimination au premier tour), mais il a toutefois réussi une belle prestation contre l’Argentine, avec un but à la clé. Il compte 18 sélections et déjà 9 buts. A 23 ans, il est le grand espoir du football français, et les clubs italiens, notamment l’Inter, se positionnent déjà.

Mais en août 1978, il se blesse tout seul sur la pelouse de Geoffroy-Guichard à Saint-Etienne, où il sera transféré l’année suivante. C’est le début d’une période creuse et maussade qui va durer trois ans. De septembre 1978 à mai 1981, il manque 8 matchs sur 19 : les quatre premiers de la saison 78-79 contre la Suède en septembre (2-2), le Luxembourg en octobre (3-1), l’Espagne en novembre (1-1) et le Luxembourg en février (3-0). Il est aussi absent en novembre 1979 contre la Tchécoslovaquie (2-1). Il enchaîne ensuite 7 matchs d’affilée entre mars 1980 et février 1981, puis est à nouveau forfait au printemps contre les Pays-Bas en mars (0-1), la Belgique en avril (3-2) et le Brésil en mai (1-3).

Il joue quand même 11 fois sur la période, ce qui est peu en trois saisons, et trouve moyen de marquer 7 buts. Il est toujours titulaire, n’est remplacé que deux fois (contre les Etats-Unis en octobre 1979, sur blessure, et face à l’Irlande en octobre 1980) et joue 926 minutes sur 990 possibles. Avec lui, les Bleus gagnent 6 fois sur 11 (1 nul, 4 défaites) alors que sans, ils l’emportent 4 fois sur 8 (2 nuls, 2 défaites). Là non plus, pas de différence flagrante.

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Que s’est-il passé pour Platini au terme de ce passage à vide ? L’automne 1981 s’engage mal : copieusement sifflé par le public du Parc en août contre Stuttgart (1-3), il joue avant-centre à Bruxelles en septembre (0-2) et à Dublin en octobre (2-3). Les Bleus sont au bord de l’élimination, mais Hidalgo tente le tout pour le tout face aux Pays-Bas en novembre en alignant un 4-3-3 très offensif avec un milieu Genghini-Giresse-Platini (2-0) et trois attaquants devant. En Espagne en juin-juillet 1982, il marque deux fois et emmène les Bleus en demi-finale, manquant le quatrième match contre l’Autriche et le septième face à la Pologne. Entre la Coupe du monde 1982 et l’Euro 1984, il manque encore 6 matchs, mais en enchaîne 9 au cours desquels il inscrit 11 buts dont deux triplés d’affilée et devient champion d’Europe, tout en gagnant la C2 avec la Juventus.

Entre les deux cas, des similitudes et des différences

Pour autant, bien entendu, il y a des différences notables entre les deux carrières : Kylian Mbappé est beaucoup plus jeune (22 ans dans sa cinquième année de carrière internationale, alors qu’en 1981 Platini avait 26 ans et finissait lui aussi sa cinquième année en Bleu) et au début de son passage à vide, il est déjà champion du monde, alors que Platini n’avait joué qu’un premier tour en Argentine.

En nombre de sélections, si Mbappé en avait 33 au début de son passage à vide et 49 aujourd’hui, Platini en avait 18 au début et 29 à la fin. Le nombre de matchs par an n’avait rien à voir : 5 ans et 6 mois après les débuts de Platini, l’équipe de France avait joué 40 fois, contre 59 depuis mars 2017 et l’arrivée de Mbappé. De plus, le statut des joueurs n’est pas du tout le même : Platini était le capitaine des Bleus depuis septembre 1979 (au milieu de sa période creuse, donc) et le relais d’Hidalgo sur le terrain, alors que Mbappé reste encore un joueur d’avenir, concurrencé par Griezmann et Benzema qui ont beaucoup plus d’expérience que lui et qui, avec Lloris et Pogba, sont plus proches du sélectionneur.

Par contre, il y a un point commun important entre les deux : ils n’ont pas été lâchés par leur sélectionneur. Ni Michel Hidalgo, ni Didier Deschamps ne remettent en cause (du moins pas pour l’instant pour ce dernier) le statut de titulaire indiscutable de leur pépite, même dans des période où elle était critiquée dans la presse et sifflée par une partie du public.

Même si la période creuse de Mbappé en sélection se prolonge tout au long de la saison (ou du moins jusqu’aux matchs amicaux de mars prochain), on peut espérer que 2022 sera l’année de son plein épanouissement : aux côtés de Messi en club, il va sûrement progresser dans le jeu collectif, et son transfert au Real l’an prochain devrait lui faire passer un cap, comme ça a été le cas pour Platini en 1982 en quittant Saint-Etienne pour la Juventus. Mais attention, car la Coupe du monde 2022 aura lieu à partir de mi-novembre, justement au moment où Kylian est en difficulté en sélection. Il lui reste un peu plus d’un an pour y remédier.

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