Pour un Euro à 16

Publié le 28 novembre 2019 - Bruno Colombari

En 2020 comme en 2016, l’Euro se jouera à 24 avec 16 qualifiés au terme du premier tour. Une formule boiteuse doublée d’un pataquès pour définir les équipes participantes. Et si on revenait à 16, tout simplement ?

Disputé sous une formule de final four de 1960 à 1976 (demi-finales et finale dans l’un des quatre pays qualifiés), puis de tournoi à 8 de 1980 à 1992, l’Euro est passé à 16 en 1996 avant de monter à 24 en 2016. Les premières éditions, variantes d’un format coupe, n’offraient pas de tournoi final à proprement parler. Celles à 8 qualifiaient moins d’équipes européennes qu’une Coupe du monde (passée à 24 en 1982). Les éditions à 16 avaient trouvé la bonne formule. Quatre groupes de quatre au premier tour puis des quarts de finale, demis et finale, soit 31 matchs à disputer sur un peu plus de trois semaines (23 jours). C’était parfait.

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La formule à 24, adoptée pour l’Euro 2016, est venue chambouler ce bel équilibre. Avec deux semaines de premier tour pour éliminer seulement 8 équipes et en qualifier 16, un système de meilleurs troisièmes favorisant le calcul — et permettant à une équipe ayant enchaîné trois nuls de se qualifier puis de remporter le tournoi — et un tour en plus, l’Euro passait de 31 à 51 matchs et de 23 à 31 jours.

Oui mais, diront les défenseurs de la formule hypertrophiée, 24 équipes permettent à des sélections qu’on ne voyait jamais de participer à la compétition, comme l’Islande, l’Albanie, la Slovaquie, Galles ou l’Irlande du Nord. C’est vrai. Il est pourtant possible d’imaginer une formule à 16 favorisant la présence de sélections peu exposées. Il suffit de leur réserver, par exemple, 4 places.

En 2020, un Euro à 29% britannique

L’Euro 2020 aura aussi la particularité de se jouer un peu partout et en fait nulle part, ou plutôt en grande partie dans les îles britanniques : les deux demi-finales, la finale, des matchs de premier tour et d’autres à élimination directe. Wembley en accueillera 7, Glasgow et Dublin 4. Soit 15 matchs sur 51 (29% du total).

L’avantage, c’est de ne pas générer de dépenses lourdes pour un pays d’accueil unique. L’inconvénient, c’est de multiplier les déplacements pour les équipes et les supporters, de Dublin à Bakou et de Bilbao à Saint-Petersbourg en passant par Rome et Copenhague. Bonjour le bilan carbone et le temps perdu.

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Pourquoi pas une organisation à trois ou quatre pays ?

Il y aurait là aussi moyen de combiner les avantages des deux formules, sans les inconvénients : par exemple, en instaurant une organisation à trois ou quatre pays, déjà dotés de stades fonctionnels et obligatoirement voisins. C’est ce qui avait été fait en 2000 (Pays-Bas et Belgique), 2008 (Suisse et Autriche) et 2012 (Pologne et Ukraine). On pourrait imaginer par exemple une organisation scandinave (Suède, Norvège, Danemark), britannique (Angleterre, Ecosse, Irlande) ou méditerranéenne (France, Espagne, Italie). Avec un Euro à 16, huit stades suffisent : deux par groupe au premier tour, les quatre en quarts, les deux plus grands en demi et le principal en finale.

Pour illustrer mon propos, j’ai représenté sur un schéma comment pourrait fonctionner un Euro à 16, avec 3 pays organisateurs qualifiés d’office, 10 qualifiés issus de cinq groupes de 7 (deux qualifiés par groupe) et 3 qualifiés outsiders issus de trois groupes de 6 ou 5 (un qualifié par groupe).

Réserver trois places aux sélections les plus faibles ?

Pour composer les groupes, on mettrait dans les cinq premiers groupes les équipes classées de 1 à 35 (une fois retirés les trois pays organisateurs), avec dans chaque groupe deux têtes de série principales (équipes classées de 1 à 10), deux têtes de série secondaires (équipes classées de 11 à 20) et trois équipes restantes (parmi celles classées de 21 à 35). Ces groupes seraient plus homogènes qu’actuellement puisqu’ils ne comporteraient pas de « petites » équipes.

Les trois derniers groupes accueilleraient les équipes classées de 36 à 52, avec pour chacun une tête de série (les équipes classées 36, 37 et 38).

Ainsi, trois places sur 16 seraient réservées à des équipes qui n’auraient habituellement pas accès aux phases finales, comme par exemple la Géorgie, Chypre, le Luxembourg, le Kosovo ou l’Arménie. Et à l’Euro, ces trois équipes, plus la moins bien classée des autres qualifiées, constitueraient le chapeau 4 afin d’être réparties dans chaque groupe.

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Des formats mal fagotés ont déjà été abandonnés

Un tel format n’a aucune chance d’advenir ? Pas sûr. Evidemment, depuis la création de la Coupe du monde (en 1930) et du championnat d’Europe (en 1960), jamais le nombre d’équipes participantes n’a diminué. Mais des formats mal fagotés comme la Coupe du monde 1950 (une poule finale à quatre), celles de 1974 et 1978 (un second tour avec deux groupes de quatre) ou 1982 (un second tour avec des groupes de trois puis des demi-finales) ont été abandonnés au profit de formules plus simples (retour aux matchs à élimination directe en 1986, formule à 32 équipes en 1998). Idem pour l’Euro : celui de 1980 à huit n’avait pas de demi-finale, la finale pour la troisième place a été abandonnée en 1984 et le passage à 16 a permis l’introduction des quarts de finale.

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