Bernard Lacombe, l’instinct du foot

Publié le 24 novembre 2021 - Richard Coudrais

Après cinquante années passées dans le foot professionnel, tant comme joueur que comme dirigeant, Bernard Lacombe a pris sa retraite en 2019. Et comme tout retraité qui a connu une vie bien remplie, sa première activité a été d’écrire ses mémoires.

Bernard Lacombe et Romain Génard, L'instinct du foot. Solar éditions, 489 pages, 18,90 euros.
Bernard Lacombe et Romain Génard, L’instinct du foot. Solar éditions, 489 pages, 18,90 euros.

Les autobiographies de footballeurs français sont devenues courantes en librairies à partir de 1998 quand nos champions du monde ont publié le récit de leur vie, parfois sans même attendre que leur carrière ait pris fin. Avant, l’exercice était plus rare, à la notable exception de Michel Platini. Mais les Tricolores des années Hidalgo semblent vouloir rattraper le retard, à l’image de Dominique Rocheteau, Jean-François Larios, Luis Fernandez, Bruno Bellone, Alain Giresse qui ont sorti leur biographie récemment, tout comme Bernard Lacombe.

Basic instinct

Ainsi l’ancien avant-centre lyonnais, mais aussi stéphanois et bordelais, se livre sur 490 pages. Il n’est pas seul. Il a pris soin d’inviter quelques personnes qui ont jalonné son parcours et qui interviennent au cours du bouquin, s’octroyant la première personne du récit au risque d’égarer parfois le lecteur. Fleury DI Nallo, Marius Trésor, Aimé Jacquet, Alain Giresse, Jacques Santini et d’autres apportent leur témoignage comme ils ont apporté leur contribution à la carrière du joueur. Quant à Michel Platini, il a en toute simplicité signé la préface, rappelant combien Bernard Lacombe fut un attaquant précieux et qu’il aurait aimé l’avoir comme coéquipier de club (ils n’ont joué qu’un seul match ensemble à Saint-Étienne, en amical).

Bernard Lacombe nous emmène d’abord sur les terrains de son enfance, dans un village nommé Fontaines, un nom si juste pour un futur buteur. Vient ensuite la carrière proprement dite et le parcours exemplaire. Après s’être épanoui jusqu’à 26 ans dans son club formateur, pour qui une victoire en Coupe de France restait le seul objectif raisonnable, l’attaquant lyonnais rejoint un grand club, d’abord Saint-Étienne, dont la grandeur appartient déjà au passé, puis Bordeaux qui représente l’avenir. Bernard Lacombe n’a toutefois jamais cessé d’être un joueur de l’Olympique Lyonnais. Les titres qu’il a conquis en Gironde ont toujours été empreints d’une forte influence rhodanienne avec Jean Tigana, Raymond Domenech et bien entendu l’entraîneur Aimé Jacquet, dont Lacombe revendique l’idée de sa venue en Gironde.

Sa carrière en équipe de France s’étale sur deux périodes, celle de Stefan Kovacs à celle de Michel Hidalgo, du brassage de joueurs (et de vent) jusqu’à la progression méthodique (mais pas toujours linéaire) vers le premier titre. Dès qu’il a raccroché les crampons, le buteur lyonnais s’est employé à faire de son club l’égal d’un Saint-Étienne ou d’un Bordeaux en soufflant quelques conseils avisé à l’ambitieux Jean-Michel Aulas, le président qui transforme patiemment un club alors en deuxième division en un grand d’Europe.

Une carrière et des hommes

L’écriture de l’ouvrage est plutôt lisse, dans le bon sens du terme. Son auteur n’a pas rédigé son autobiographie pour régler des comptes, ni pour créer la polémique. Il donne bien entendu des avis critiques sur des adversaires un peu rudes ou des entraîneurs un peu lourds, mais il ne se départit pas d’une grande bienveillance. Bernard Lacombe s’attache surtout à raconter les relations qu’il a tissées avec les gens qu’il a côtoyés tout au long de sa carrière. Il n’en tarit aucun d’éloges, même s’il glisse malicieusement quelques piques.

Ainsi s’il tresse à Dieter Müller, son coéquipier d’attaque au Girondins de Bordeaux, une montagne de compliments, il n’oublie pas de préciser au passage qu’il le trouvait “fainéant”. Il évoque ses coéquipiers par leurs surnoms (“La Fleur« , “Gigi”, “Jeannot”, “Battiste”, “Roro”...). Il use par ailleurs (trop) souvent du “Monsieur” pour désigner les entraîneurs, les présidents et autres personnes pour qui il estime devoir du respect. S’il s’efforce de faire preuve de gentillesse, Bernard Lacombe ne prend pas de gants pour décrire certains personnages, tel le célèbre Harald Schumacher : “Un con. Mais un con ».

Le traitement de l’ouvrage sur la Coupe du monde 1982 révèle la vision éminemment collective que le joueur a du football. Six pages sont consacrées au match France-RFA de Séville et pas plus de deux sur le reste du tournoi. Or, Bernard Lacombe n’a pas joué Séville. Une blessure huit jours plus tôt contre l’Autriche l’a mis hors compétition. Mais cela ne l’a pas empêché de vivre France-RFA avec une implication qui force le respect : “Aujourd’hui encore, même si j’étais sur le banc, c’est l’un des plus grands matchs auquel j’ai participé dans ma carrière.” Le mot “participer” n’est pas anodin. Bernard Lacombe a toujours promu une vision collective du football.

Ce sens aigu du collectif le pousse d’ailleurs à minimiser sa contribution à la réussite de l’équipe et sa détresse personnelle quand il doit abandonner ses coéquipiers en cours de tournoi. Pas un mot sur le formidable rush qu’il provoque dans la défense tchécoslovaque où il ouvre à Didier Six la voie du but (et c’est un euphémisme). Et à peine deux lignes sur le claquage qui le contraint à sortir du match contre l’Autriche après seulement un quart d’heure, ce qui met fin à son rêve de consécration mondiale.

Le sens du collectif

Son désir de ne pas fanfaronner est aussi perceptible quand il évoque le mondial argentin quatre ans plus tôt. Certes, son but express contre l’Italie est assez bien décrit (même s’il s’attarde surtout sur les récompenses, montres et chronomètres, qu’on lui a remises suite à ce but). Mais sur l’action qui a permis à Platini d’égaliser contre l’Argentine, sa contribution est réduite au ballon qu’il dépose sur la barre alors qu’il est à la récupération et laisse intelligemment le ballon à Platini. Cette modestie est honorable, mais elle masque quelques points de sa carrière qu’on aurait aimé plus développés.

Bernard Lacombe n’est guère plus disert sur l’Euro 1984. Il s’étend sur les prolongations de la demi-finale contre le Portugal qu’il n’a pas jouées. Heureusement, il précise bien qu’il est à l’origine du coup franc qui va faire basculer la finale et qu’il est aux premières loges pour voir l’erreur du malheureux Arconada.

Le livre se poursuit au-delà de la carrière du joueur Bernard Lacombe, qui devient directeur sportif de l’OL et le conseiller de Jean-Michel Aulas. Il décrit avec quelle exaltation il construit ce qui deviendra un grand club : les structures, le recrutement, la formation, le choix des entraineurs (quitte à faire l’entraineur soi-même). Le joueur timide devient un personnage influent du foot français, sûr de lui et parfois aussi provocateur que son président-modèle. Une vie bien remplie méritait bien un récit à la première personne.

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