Dataviz : la raréfaction des matchs amicaux

Publié le 11 janvier 2021, mis à jour le 21 juillet 2021 - Bruno Colombari & Hugo Colombari

Quasi hégémoniques jusqu’en 1945, les matchs amicaux ont progressivement reculé devant la montée inexorable des rencontres de compétition, avec des phases qualificatives plus chargées et des phases finales beaucoup plus fréquentes.

Mise à jour d’un article initialement paru en octobre 2018.


Il y a un peu plus de deux ans, j’annonçais la disparition programmée des matchs amicaux, victimes de l’arrivée de la Ligue des Nations. Ils ont résisté en 2019 (un sur onze, contre la Bolivie) et en 2020 (deux sur huit, contre l’Ukraine et la Finlande). En 2021, la préparation à l’Euro s’est limitée à deux amicaux début juin, mais le mois de mars a été consacré à la qualification pour la Coupe du monde 2022, et octobre le sera à la phase finale de la Ligue des Nations.

Jusqu’en 1958, amical rime avec international

Jusqu’en 1930, en Europe, il n’y avait que des matchs amicaux, hormis les Jeux olympiques tous les quatre ans. Et il faudra attendre 1958 et le début des qualifications de la Coupe d’Europe des Nations (devenue ensuite Championnat d’Europe, puis Euro) pour que la compétition devienne aussi fréquente que les confrontations amicales. Si le bilan est équilibré depuis 25 ans, les amicaux représentent encore 60% du total des matchs joués depuis 1904. Le fait qu’ils soient majoritaires sur la période 1994-2006 s’explique par les deux phases finales sans qualification pour les Bleus (qualifiés d’office en tant que pays organisateur en 1998 et tenant du titre en 2002). Idem en 2015 avec une année sans compétition, avant l’Euro 2016.

Mais depuis 2018, la raréfaction est très nette, avec 77% de matchs de compétition. La proportion ne devrait guère varier en 2021, puisqu’il n’y aura plus de matchs amicaux jusqu’à la fin de l’année, contre de 10 à 14 matchs de compétition, selon le parcours des Bleus à l’Euro.

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Pour autant, les amicaux sont-ils toujours des matchs sans intérêt, faute d’enjeu ? C’est faire peu de cas de parties mémorables pour les Bleus : une superbe victoire à Madrid contre l’Espagne en mars 1955 (2-1), qui a entraîné un an plus tard le transfert de Raymond Kopa au Real, un nul historique au Maracana en juin 1977 (2-2) contre le Brésil de Zico, deux chocs face à l’Italie portés par un Platini brillant (2-2 à Naples en février 1978, 2-0 à Paris quatre ans plus tard) ou une superbe victoire à Gelsenkirchen contre l’Allemagne en novembre 2003 (3-0) avec un trio Zidane-Henry-Trezeguet irrésistible.

Espagne-France 1955, qui a révélé Kopa à Madrid.
Espagne-France 1955, qui a révélé Kopa à Madrid.

On pourrait aussi citer des défaites cuisantes au terme de matchs de haut niveau : à Colombes face au Brésil en avril 1963 avec un triplé de Pelé (2-3), au Parc en avril 1981, toujours contre le Brésil de Socrates (1-3), en novembre 1980 à Hanovre contre la RFA de Kaltz et Hrubesch (1-4) ou plus récemment à Saint-Denis face à la Belgique (3-4) en juin 2015, la Colombie (2-3) en mars 2018 et bien sûr la Finlande (0-2) en novembre 2020.

Des matchs de phase finale bien plus laids que des amicaux

Comparez les émotions provoquées par ces matchs avec l’ennui mortel des rencontres de phases finales européennes ou mondiales contre l’Angleterre en 1992, la République tchèque en 1996, la Suisse en 2006, la Roumanie en 2008, l’Albanie en 2016 ou le Danemark en 2018. Autant de parties idéales pour ceux qui ont du mal à trouver le sommeil.

Et pour cause : en compétition, l’enjeu tue souvent le jeu, sauf lors des matchs à élimination directe (et encore, le quart de finale et la demi de l’Euro 1996 ont montré que ce n’était pas toujours le cas). En phase qualificative, les matchs sont souvent pénibles à regarder et très faibles techniquement.

Kopa, Platini, Zidane et Griezmann ont commencé par un amical

En amical, il n’y a pas d’enjeu autre que de tester des compositions différentes ou de lancer de nouveaux joueurs. Il n’y a qu’à regarder combien de champions d’Europe 1984 et de champions du monde 1998 et 2018 ont fait leurs débuts en amical. 16 sur 23 en 2018, 17 sur 22 en 1998 et 17 sur 20 en 1984. Platini, Bossis, Six, Rocheteau, Battiston, Giresse, Tigana ont commencé par un amical, comme Barthez, Thuram, Zidane, Blanc ou Henry et plus récemment Lloris, Pavard, Kanté, Griezmann ou Giroud dans le groupe actuel. Pogba, Varane, Umtiti, Mbappé (et plus récemment Upamecano et Camavinga) font partie des très rares à avoir été lancés en compétition.

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Les matchs amicaux favorisent quant à les rencontres intercontinentales (Colombie, Etats-Unis et Uruguay en 2018, Paraguay en 2017, Côte d’Ivoire et Cameroun en 2016) qui risquent de disparaitre avec des compétitions continentales intermédiaires comme la Ligue des Nations. Il ne restera alors plus que la Coupe du monde pour voir les Bleus jouer contre des équipes non-européennes.

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Enfin, le seul reproche qu’on peut faire aux matchs amicaux, c’est de plomber complètement le bilan des Bleus. S’ils représentent 60% du total des matchs depuis 1904, 7 défaites sur 10 ont eu lieu en amical. Et la très grande majorité d’entre elles datent d’avant-guerre. Le bilan en compétition, pourtant pas fameux jusqu’au début des années 1980, est bien plus favorable à l’équipe de France.

Des séries consécutives sans grande ampleur

Si on regarde maintenant les séries record de victoires et d’invincibilité en amical, les premières sont plus modestes qu’en compétition : jamais les Bleus n’ont gagné plus de huit matchs amicaux consécutifs. Et dans la période récente, il est peu probable que ce record soit battu : sur les quatre dernières défaites de l’ère Deschamps, deux (Colombie 2018 et Finlande 2020) concernaient des matchs amicaux. C’est ce qu’on appelle du pragmatisme.

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Côté invincibilité, la première série conséquente date de l’ère Hidalgo, ce qui a justement valu aux Bleus le surnom de champions du monde des matchs amicaux. Ils en ont enchaîné 16 entre septembre 1976 et mars 1980 sans en perdre un seul (trois ans et demi, record de durée), avec notamment des victoires contre la RFA, le Brésil et l’Espagne et des nuls en Argentine, en Italie, au Brésil et contre les Pays-Bas. Pas mal !

La série record date de la période qui précède la Coupe du monde 1998 et qui suit l’Euro 2000. Entre avril 1998 et mars 2001, les Bleus de Jacquet et de Lemerre vont enchaîner 22 matchs amicaux sans défaite, dont 15 victoires. Mais à l’époque ils ne perdaient pas souvent non plus en compétition : deux défaites seulement dans l’intervalle, contre la Russie en juin 1999 et les Pays-Bas en juin 2000.

Dataviz matchs amicaux et de compétition

Pour terminer, et afin de visualiser rapidement comment se répartissent dans le temps les matchs amicaux, voici une dataviz dans laquelle les amicaux sont représentés en rouge et les matchs de compétition en bleu (clair pour les qualifications, plus ou moins foncé selon les phases finales de JO, Coupe des Confédérations, Euro ou Coupe du monde).

On voit clairement à quel point ils étaient hégémoniques jusqu’à la fin des années 50. On remarque aussi que la dernière année sans match de compétition est récente, c’est 2015. Et la dernière sans amicaux est beaucoup plus ancienne, c’est 1985. Il n’y en a d’ailleurs pas eu d’autre dans l’histoire.

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