Jacques Zimako, le Joker

Publié le 9 décembre 2021 - Richard Coudrais - 2

Membre de la génération Platini mais absent des phases finales, Jacques Zimako a connu 13 sélections en équipe de France, le plus souvent comme remplaçant-buteur. Il est décédé le 8 décembre 2021 à 69 ans.

3 minutes de lecture

Jacques Atre dit Zimako restera pour l’histoire le premier Kanak à avoir porté le maillot de l’équipe de France. Natif de l’île de Lifou (comme Christian Karembeu) où il a vu le jour le 28 décembre 1951, le Néo-Calédonien a commencé sa carrière pro au SEC Bastia après avoir fait les beaux jours du Club Gaica. En 1977, l’AS Saint-Etienne propose au club corse trois joueurs en prêt (Larios, Lacuesta et Vésir) pour acquérir le rapide ailier de l’équipe corse, devenu depuis international.

Premières en Amsud

C’est Stefan Kovacs qui le premier fait appel à Jacques Zimako en octobre 1975 à l’occasion d’un match amical à Strasbourg contre le club de Hambourg (0-0). Le Bastiais de 24 ans entre à la mi-temps à la place de Dominique Rocheteau et joue en attaque aux côtés de Gérard Soler et Albert Emon. S’il n’est pas rappelé en A, Jacques Zimako dispute alors quelques rencontres en équipe de France Espoirs, notamment le quart de finale contre l’URSS sous la direction de Michel Hidalgo où il inscrit un but au match aller.

Michel Hidalgo le sélectionne en février 1977 pour une rencontre à Bordeaux face à la Roumanie de Stefan Kovacs. Le Néo-Calédonien joue la première mi-temps avant d’être remplacé par Bruno Baronchelli. Mais la rencontre ne peut être comptée pour une sélection, la fédération roumaine ayant demandé à déqualifier son caractère officiel.

C’est finalement à l’occasion de la tournée sud-américaine de juin 1977 [1] que Jacques Zimako connaît, à 26 ans, ses premières sélections. A la Bombonera de Buenos Aires, face à l’Argentine, il remplace Bruno Baronchelli après l’heure de jeu et n’est pas loin de faire la décision en fin de match quand il lobe le gardien Héctor Baley. Mais le ballon passera à côté du cadre. Quatre jours plus tard, le 30 juin 1977, il obtient sa première titularisation au Maracanã face au Brésil. Il cède sa place à l’heure de jeu à Olivier Rouyer.

Un ailier fantasque

Jacques Zimako se définit lui-même comme un joueur d’instinct. Il est doté d’une pointe de vitesse remarquable et d’une qualité de dribble qui déroute les meilleurs défenseurs. Mais il est capable du meilleur comme du pire. On le dit tellement imprévisible qu’il lui arrive d’être lui-même surpris par ses dribbles. Ses coéquipiers parfois ont du mal à deviner ses intentions.

Michel Hidalgo hésitera longtemps avant de le reprendre en équipe nationale. Jacques Zimako ne dispute pas la Coupe du monde en Argentine. On ne le retrouve en bleu qu’en août 1979 pour une rencontre UNFP contre le Bayern Munich. Un retour tonitruant : trois minutes après son entrée, où il remplace Didier Six, il marque un but après un une-deux avec Platini. L’équipe de France, à forte ossature stéphanoise, s’impose 4-1 face à l’ancienne bête noire des Verts.


 

Jacques Zimako est aussitôt rappelé pour la rencontre de Coupe d’Europe des Nations à Solna en Suède. Il entre en cours de deuxième mi-temps et donne à Battiston le ballon du troisième but (3-1). Michel Hidalgo ne cache pas son intention de faire de Zimako un joker, un joueur capable de faire la différence en fin de rencontre en bousculant les défenses un peu fatiguées. Il en fait toutefois un titulaire pour la rencontre au Parc face à la Tchécoslovaquie. Zimako joue plusieurs rencontres dans leur intégralité, face à la Grèce puis l’URSS, mais c’est lorsqu’il entre en cours de jeu qu’il se transforme en buteur : contre la Juventus en août 1980, où lors des premières rencontres qualificatives pour la Coupe du monde en Espagne, à Chypre (7-0) et contre l’Irlande (2-0).

Super-sub

Jacques Zimako devient un Bleu à part entière au cours de la saison 1980-81 où il ne manque que deux rencontres sur les sept disputées cette saison-là. Alors qu’il atteint sa trentième année, et qu’il a conquit son premier titre de champion de France avec les Verts, le Mundial espagnol est son dernier objectif. Il est le joker de luxe de six matchs sur les huit des éliminatoires. Celles-ci sont réglées par le magnifique coup-franc de Michel Platini lors du match contre les Pays-Bas où Zimako entre à vingt minutes de la fin… sans imaginer alors qu’il s’agit de sa dernière sélection.

Le Sochalien (il a rejoint le club doubiste durant l’été 1981) ne sera jamais rappelé par Michel Hidalgo. Celui-ci manifestera pourtant souvent son regret de ne pas l’avoir emmené en Coupe du monde. Le compteur de Jacques Zimako reste bloqué à treize sélections (678 minutes de jeu selon le site FFF) et deux buts.

SelGenreDateLieuAdversaireScoreTpsJeuButs
08/10/1975 Strasbourg Hambourg 0-0 > 45
02/02/1977 Bordeaux Roumanie 2-0 45 >
1 Amical 26/06/1977 Buenos Aires Argentine 0-0 > 26
2 Amical 30/06/1977 Rio de Janeiro Brésil 2-2 59 >
UNFP 21/08/1979 Paris (Parc) Bayern Munich 4-1 > 26 1 but (67’)
3 qEuro 05/09/1979 Solna Suède 3-1 > 35
4 qEuro 17/11/1979 Paris (Parc) Tchécoslovaquie 2-1 90
5 Amical 27/02/1980 Paris (Parc) Grèce 5-1 90
6 Amical 23/05/1980 Moscou URSS 0-1 90
UNFP 03/09/1980 Paris (Parc) Juventus 1-0 > 45 1 but (56’)
7 qCM 11/10/1980 Limassol Chypre 7-0 > 17 1 but (87’)
8 qCM 28/10/1980 Paris (Parc) Rep. d’Irlande 2-0 > 24 1 but (77’)
9 Amical 19/11/1980 Hanovre Allemagne 1-4 90
10 qCM 25/03/1981 Rotterdam Pays-Bas 0-1 > 27
11 qCM 29/04/1981 Paris (Parc) Belgique 3-2 > 19
UNFP 18/08/1981 Paris (Parc) Stuttgart 1-3 > 32
12 qCM 09/09/1981 Bruxelles Belgique 0-2 90
15/11/1981 Paris (Parc) Auxerre 3-1 > 45
13 qCM 18/11/1981 Paris (Parc) Pays-Bas 2-0 > 21

pour finir...

Sources : les sites selectiona.free.fr et FFF + Les ouvrages « L’intégrale de l’équipe de France de football » (First édition) de Pierre Cazal, Jean-Michel Cazal et Michel Oreggia ; « L’Année du Football" (Calmann Lévy) de Jacques Thibert ; « La fabuleuse histoire du football » (Nathan) de Jacques Thibert et Jean-Phlippe Rethacker.

[1Lire l’article « Les promesses du Maracanã » dans Les Cahiers du Football

Vos commentaires

  • Le 3 février à 17:57, par Nhi Tran Quang En réponse à : Jacques Zimako, le Joker

    A mon avis, si Zimako n’a pas pu disputé la coupe du monde 78 alors qu’il avait fait ses débuts en selection en fin de saison 76-77 après avoir contribué à la qualifcation de Bastia pour la c3 & au seul podium d’un club corse en championnat (3ème) de toute son histoire, et qu’il brillait depuis 2 saisons (30 buts/68 matches de championnat), il a payé son éviction des 22 au mauvais moment durant la saison 77-78 à cause d’une mauvaise saison aussi bien individuelle (3buts/18matchs en championnat) que collective à Sainté (7ème du championnat) et d’une certaine concurrence à son poste, et pendant que zimako sombrait à sainté, d’autres malheureusement pour lui ont profité de se faire remarquer durant la saison pour gagner les dernieres places dispos dans les 22 notamment en attaque comme Berdoll (20buts en championnat) ou Dalger (17buts en championnat qui ont contribué au titre de champion pour monaco) en sachant qu’en attaque, en fonction de leur statuts (perf en club, ancienneté et/ou contribution à la qualif) Rouyer Six Rocheteau & Lacombe étaient sûrs du voyage sauf blessure

  • Le 3 février à 18:15, par Nhi Tran Quang En réponse à : Jacques Zimako, le Joker

    Concernant la coupe du monde 82, Zimako a enfin gagné sa place à Sainté en brillant aussi bien individuellement (27buts/102matches de championnat) que collectivement (champion & finaliste de la coupe de france en 81 & 2 1/4finale de c3 en 80 & 81) depuis 1978 & durant 3 ans, tout ça lui a permis de gagner une place dans le noyau à défaut d’être un titulaire. Pourtant durant la saison 81-82, zimako part à Sochaux où il contribue à la qualification européenne du club en terminant 3ème du championnat avec un bilan individuel en championnat de 6buts/36 matches. Son éviction dans les 22 est dû à une certaine concurrence certes mais aussi un choix de Hidalgo de privilégier une certaine jeunesse à l’expérience que une saison ratée de ce dernier contrairement à son éviction en 78. D’où les choix dans les 22 notamment en attaque de Bellone (20ans) & de Couriol (23ans) (qui ont contribué au titre de champion de monacoen cette année 82) en sachant que certains étaient plus ou sûrs de leur place dû à leur différents statuts (perf en club, ancienneté &/ou contribution à la qualif) comme Lacombe, Six, Rocheteau voire Soler.

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