Mário Zagallo, exercices en forme de Z

Publié le 6 janvier 2024 - Richard Coudrais

Vainqueur de quatre Coupes du monde, deux comme joueur, une comme sélectionneur et une comme adjoint, Mário Zagallo a connu contre la France et Zinédine Zidane ses plus grandes désillusions de technicien. Il est mort le 5 janvier 2024 à 92 ans.

4 minutes de lecture

Mário Jorge Lobo Zagallo n’a connu sa première sélection en équipe du Brésil que quelques semaines avant la Coupe du monde en Suède. C’était le 4 mai 1958 pour une rencontre contre le Paraguay remportée 5-1 au Maracanã à l’occasion de la traditionnelle Taça Oswaldo Cruz qui oppose occasionnellement les deux pays. L’attaquant de Flamengo va alors sur ses vingt-sept ans (il est né le 9 août 1931 à Maceió) et inscrit deux buts, le premier de la rencontre et le dernier. A ses côtés, le jeune Pelé a dix ans de moins mais connaît déjà sa troisième sélection.

De Solna à Francfort en passant par Saint-Denis

Cinquante-et-un jours plus tard, Zagallo fait partie de l’équipe du Brésil qui affronte pour la première fois (du moins officiellement) l’équipe de France. Il s’agit de la demi-finale de la Coupe du monde disputée le 24 juin 1958 à Solna que les Brésiliens remportent 5-2. A cette occasion, l’ailier gauche brésilien n’est pas loin d’inscrire son premier but du tournoi, mais son ballon heurte la barre et rebondit au sol sans que l’on sache s’il a franchi la ligne.

Zagallo a disputé l’ensemble des rencontres du Brésil lors de cette épopée suédoise, la première victorieuse pour la Seleçao. Ce n’est que lors de la finale qu’il marque enfin un but, à la 68e minute, portant le score à 4-1. Quatre ans plus tard, il dispute également les six rencontres de la campagne victorieuse au Chili, inscrivant notamment le tout premier but de son équipe contre le Mexique.

Lorsqu’il met fin à sa carrière de joueur en 1965, Zagallo comptabilise 33 sélections, dont une seule contre la France. Si le maillot bleu lui a souri durant sa carrière de joueur, ce sera moins le cas durant sa longue carrière de technicien qui s’étendra de 1966 à 2006.

Le premier champion du monde comme joueur puis sélectionneur

Après ses premiers succès d’entraîneur avec le club de Botafogo, Zagallo est nommé sélectionneur national en 1967 avec pour objectif de qualifier la Seleçao pour la Coupe du monde au Mexique. Il quitte ses fonctions après seulement deux rencontres, puis il est rappelé au début de l’année 1970, quelques mois avant le début du tournoi mexicain. L’équipe s’est qualifiée sous la direction de João Saldanha, mais celui-ci, malgré ses qualités, avait l’heur de ne pas plaire aux dirigeants en place.

A Mexico, le Brésil devient champion du monde et Zagallo le premier homme, bien avant Franz Beckenbauer et Didier Deschamps, à remporter le trophée comme sélectionneur après l’avoir remporté comme joueur. Il poursuit sa mission jusqu’à la Coupe du monde 1974, mais la piètre prestation de ses hommes, qui terminent toutefois quatrièmes, le poussent à laisser son siège.

Zagallo tente alors sa première aventure à l’étranger. Il est appelé par les émirs du Koweït pour qualifier la jeune équipe nationale à la Coupe du monde 1978. Le Brésilien n’atteint pas son objectif et cède son poste à Carlos Alberto Parreira, son adjoint depuis la Coupe du monde 1970, qui connaîtra une meilleure réussite.

Le destin des deux hommes sera d’ailleurs souvent lié. A la fin des années 1980, ils veilleront chacun leur tour aux destinées de l’équipe des Émirats Arabes Unis, que Parreira conduira en phase finale de la Coupe du monde 1990.

Tetracampeao

Lorsque Parreira est appelé à diriger l’équipe du Brésil pour la Coupe du monde 1994, il fait appel à Zagallo pour le seconder. Un ticket gagnant qui permet au Brésil de remporter sa quatrième Coupe du monde, les quatre fois avec Zagallo dans les rangs ou sur le banc.

Au lendemain du mondial américain, alors que Parreira cède aux sirènes du football européen (Valence puis Fenerbahce), Zagallo hérite de la sélection brésilienne, vingt ans après l’avoir quittée. C’est à cette période qu’il va (souvent) retrouver l’équipe de France.

Le 2 juin 1997, l’équipe d’Aimé Jacquet reçoit la Seleçao de Zagallo à Gerland à l’occasion d’un tournoi quadrangulaire disputé un an avant la Coupe du monde, le Tournoi de France. La rencontre est marquée par un fabuleux coup franc de Roberto Carlos et ponctuée par un score nul (1-1).

Un an, un mois et dix jours plus tard, les deux sélections se retrouvent à Saint-Denis pour la finale de la Coupe du monde. Zagallo a pour adjoint Zico, mais c’est un autre Z qui va faire sienne de cette finale : Zinédine Zidane inscrit deux buts de la tête et est le maître d’œuvre de la victoire française (3-0). La contre-performance des joueurs brésiliens, pourtant favoris, passe plutôt mal au pays, qui invite Zagallo à quitter son poste.

En 2003, alors qu’il a pris sa retraite deux ans plus tôt, le sélectionneur déchu est nommé coordinateur technique de la sélection et se retrouve à accompagner Carlos Alberto Parreira, lui-même de retour à la tête de l’équipe brésilienne. Celle-ci revient notamment au stade de France en 2004 pour un France-Brésil (0-0) organisé à l’occasion du centenaire de la FIFA.

Un crépuscule en forme de Z

Deux ans plus tard, Parreira et Zagallo conduisent l’équipe brésilienne à la Coupe du monde 2006 en Allemagne. Après un bon début de tournoi, ils retrouvent en quart de finale à Francfort une équipe de France dotée d’un Zidane au sommet de son art et qui l’emporte (1-0).

A 76 ans, Mário Jorge Lobo Zagallo estime qu’il mérite de profiter enfin de sa retraite. Sa carrière de sélectionneur avait pris fin le 12 juillet 1998 contre l’équipe de France. Celle de technicien s’arrête également après une défaite face aux Tricolores. Il décède à Rio le 5 janvier 2024, à 92 ans.

On lui compte 154 matchs à la tête de l’équipe brésilienne, comme sélectionneur ou comme adjoint, avec 110 victoires, 33 matchs nuls et seulement 11 défaites, dont les deux contre la France, qui ont scellé son destin.

Les deux pires défaites de sa carrière de technicien

Zagallo a rencontré cinq fois l’équipe de France : une fois comme joueur, deux fois comme sélectionneur et deux fois comme adjoint ou membre du staff. Si le joueur a remporté la rencontre de 1958, le sélectionneur ne s’est jamais imposé contre les Bleus (deux nuls, deux défaites). Il a même perdu ses deux matchs les plus importants.

FonctionMatchDateLieuÉquipeScore
Joueur CM 1/2 24/06/1958 Solna* Brésil 2-5
Sélectionneur Amical 03/06/1997 Lyon Brésil 1-1
Sélectionneur CM finale 12/07/1998 Saint-Denis Brésil 3-0
Sél. adjoint Amical 20/05/2004 Saint-Denis Brésil 0-0
Sél. adjoint CM 1/4 01/07/2006 Francfort* Brésil 1-0

pour finir...

La rédaction de cet article a nécessité la consultation des sites RSSSF, L’Équipe et Wikipédia.

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