2023, un dernier souvenir pour la route

Publié le 28 décembre 2023 - Bruno Colombari

Pas sûr que le cru 2023 de l’équipe de France reste dans l’histoire (mais en phase qualificative, c’est souvent préférable). Si l’on devait retenir un moment, un souvenir, un flash, ce serait sans doute le but de Warren-Zaïre Emery contre Gibraltar. C’est ainsi que commencent les légendes.

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En quoi le troisième but d’une série de quatorze mérite-t-il d’être conservé dans l’armoire aux souvenirs ? Pourquoi celui-là plutôt qu’un des 33 autres marqués en 2023 ?

Tout d’abord parce que faute de phase finale, 2023 n’a pas connu de moment historique comme peuvent en générer des matchs de Coupe du monde ou d’Euro à élimination directe, sans même parler des finales. Hormis les deux confrontations face aux Pays-Bas et celle, amicale, en Allemagne, les matchs de 2023 n’ont pas fait grand chose pour entrer dans la mémoire collective, laquelle est déjà bien saturée par ailleurs, et donc de plus en plus difficile.

Nul ne peut anticiper sur ce qui restera de l’équipe de France de 2023 dans dix, vingt ou cinquante ans. Peut-être rien. Mais si c’est quelque chose, ce sera sans doute la seizième minute du 18 novembre 2023, aux environ de 21h donc, à l’Allianz Riviera de Nice.

Ce soir-là, des Bleus déjà qualifiés pour l’Euro affrontent Gibraltar lors du septième et avant-dernier match de leur groupe. A l’aller, en juin à Faro, l’équipe de France l’avait emporté 3-0 en faisant le strict nécessaire, mais sans convaincre. Au retour, le compteur tourne beaucoup plus vite, puisqu’à la cinquième minute il y a déjà 2-0. La soirée va être longue pour Gibraltar.

Tchouaméni et Camavinga forfaits, c’est l’heure pour Zaïre-Emery

Au milieu de terrain, le numéro 8 français joue son premier match en A, bénéficiant des forfaits successifs d’Aurélien Tchouaméni et d’Eduardo Camavinga. Rien d’extraordinaire donc, sinon que ce débutant-là pourrait jouer avec les U18. Il s’agit du Parisien Warren Zaïre-Emery qui a 17 ans, 5 mois et 10 jours. Pas le plus jeune Bleu de l’histoire, mais pas loin. C’est le quatrième, et il devance Eduardo Camaviga d’une quarantaine de jours.


 

Dans un match aussi facile que celui-là, Zaïre-Emery se régale. Quand s’achève le premier quart d’heure, il a déjà touché 25 ballons, dont de nombreux triangles côté droit avec Jonathan Clauss et Kingsley Coman. Et alors que les joueurs de Gibraltar sortent un peu la tête de l’eau, il récupère un ballon près de la ligne médiane, part droit devant, lance Coman à droite, se projette dans la surface et coupe le centre court du Munichois à l’angle des 5,50 mètres. Frappe instantanée du droit au-dessus du bras gauche d’Edward Coleing. On joue depuis 15 minutes et 3 secondes, Warren Zaïre-Emery devient le deuxième plus jeune buteur de l’histoire des Bleus, le plus jeune à marquer dès son premier match.

Un quart d’heure de gloire qui en appelle d’autres

Il n’en profitera pas, victime d’un tacle dangereux sur la cheville signé Ethan Santos, lequel est expulsé après signalement de la VAR. Soigné derrière la ligne de but après avoir été félicité par Marcus Thuram et Kingsley Coman, le jeune Parisien rejoint le banc de touche à la 20e minute, remplacé par Youssouf Fofana.

On le reverra sûrement bientôt en 2024, d’ailleurs il est déjà revenu avec le PSG et a marqué un but très précieux à Dortmund en Ligue des Champions. Et, s’il fait la carrière que son talent précoce annonce, oui, dans vingt ou cinquante ans on se souviendra du premier but de Zaïre-Emery, comme on se souvient de celui de Michel Platini contre la Tchécoslovaquie en mars 1976 ou celui de Zinédine Zidane face à la République tchèque en août 1994.

pour finir...

Bonus : les stats du site

Pas de championnat d’Europe ou de Ligue des Nations comme en 2021, pas de Coupe du monde excentrée comme en 2022, pas non plus de calendrier vide au premier semestre comme en 2020 : les points de comparaison sont difficiles à trouver pour 2023, ou alors il faut remonter à 2019, dernière année impaire normale, c’est-à-dire consacrée uniquement à une phase qualificative.

Il y avait eu cette année-là, post Coupe du monde donc, environ 272 000 visites. C’était un peu moins que l’année précédente (307 000) mais beaucoup plus que les précédentes. C’était aussi en septembre 2019 que le premier million de visites avait été franchi, au bout de neuf ans d’existence.

Depuis, Chroniques bleues a bien grandi puisque la norme est désormais le million de visites… sur une année civile. Il y en a eu 1,054 million en 2021, puis 1,927 en 2022, nouveau record. 2023 est un peu en retrait, avec seulement dix matchs et aucune phase finale au programme. Mais il y a eu 1,039 million de visites quand même, pour 330 articles publiés, quasiment un par jour donc.

La principale nouveauté de cette année 2023 est le lancement d’une série dont nous sommes très fiers : les premiers Bleus racontés par Pierre Cazal. A raison d’un article par semaine, il a ainsi traité les 50 premiers internationaux français période USFSA, entre 1904 et 1908. Pour chacun (à l’exception d’une dizaine qui ont été regroupés à deux ou trois), il a fait des recherches biographiques très poussées qui ont permis de retrouver les dates et lieux de naissance et de décès précis, ce qui était loin d’être évident. Mais aussi, et surtout, il a raconté à chaque fois des histoires de vie très riches, souvent dramatiques (la Grande Guerre allait en faucher une grande partie), parfois cocasses, toujours émouvantes. C’est un véritable trésor, rendu possible par l’ouverture des archives de presse par Gallica, les ressources en ligne de la Bibliothèque nationale de France. Et, bonne nouvelle, en 2024 les premiers Bleus seront de retour, avec ceux de la période 1909-1914 !

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