21 avril 1907, première victoire de l’équipe de France à l’extérieur

Publié le 26 mars 2021 - Richard Coudrais

Après trois défaites consécutives, la jeune équipe de France remporte le premier match de son histoire sur terrain adverse, à Bruxelles contre la Belgique (2-1). Le compte rendu dans L’Auto est signé Fernand Canelle, défenseur des Tricolores.

Depuis leur premier match en 1904, les équipes de France et de Belgique se rencontrent chaque printemps pour disputer le trophée Evence-Coppée. Elles se retrouvent ainsi pour la quatrième fois le 21 avril 1907 à Uccle au stade du Vivier d’Oie. Cet unique match de son année 1907 voit l’équipe de France intégrer cinq nouveaux joueurs : Victor Sergent (Racing), Georges Bon (US Boulogne), René Camard (AS Française), André Puget (Racing) et Paul Zeiger (US Parisienne). La sélection française reste alors sur une série de trois défaites, plutôt lourdes, dont deux face à son adversaire belge qui fait bien entendu figure de favori pour cette nouvelle confrontation.

Le stade du Vivier d'Oie à Uccle, théâtre de la naissance de l'équipe de France le 1er mai 1904
Le stade du Vivier d’Oie à Uccle, théâtre de la naissance de l’équipe de France le 1er mai 1904

Dans son ouvrage de référence L’Intégrale de l’équipe de France de football (First Editions, 1998), Pierre Cazal s’appuie pour narrer cette rencontre sur un article paru le 24 avril 1907, soit trois jours après la rencontre, dans L’Auto. Ce papier, sobrement titré “France contre Belgique” est signé Fernand Canelle, l’ancien capitaine qui honore sa cinquième sélection. Qui est en effet le mieux placé, pour l’époque, qu’un joueur pour faire le compte rendu d’une partie de football fût-elle internationale ?

L’Auto du 24 avril 1907 (source : BNF Gallica)


Trois retardataires côté belge

L’équipe de France aligne donc la composition suivante : le gardien Zacharie Baton, les défenseurs Canelle et Sergent, les demis Zeiger, Moigneu et le capitaine Allemane, et les attaquants Puget, Royer, François, Bon et Camard.

L’arbitre est un Néerlandais, Herbert James Willing. Il doit donner le coup d’envoi de la rencontre à 15h30, mais celui-ci sera retardé d’une demi-heure car trois joueurs belges manquent à l’appel : Charles Cambier, Robert De Veen et Hector Goetinck. Il faut croire que venir de Bruges à Bruxelles était plus difficile à l’époque que de se déplacer depuis Paris.

Environ 3000 spectateurs garnissent les tribunes du stade du Racing Club bruxellois quand est enfin donné le coup d’envoi. Les Français jouent avec leur habituel maillot blanc orné des anneaux de l’USFSA (selon “Un maillot une légende”, autre ouvrage de référence). Les Belges quant à eux portent différentes couleurs (normalement rouge) dans un ensemble fort dépareillé.

Contre le vent, le soleil dans les yeux

Les Français connaissent un début de match délicat. Ils jouent contre le vent et ont le soleil dans les yeux. Mais surtout, ils semblent ne pas savoir où se positionner les uns par rapport aux autres. “Pour être derrière Royet, Zeiger a tenu à jouer à droite, et ceci trouble un peu Moigneu, qui ne joue pas habituellement à gauche” donne Canelle comme explication. Il faut dire que cinq nouveaux éléments, c’est beaucoup dans une équipe, surtout quand les onze joueurs n’ont même pas eu le loisir de s’entraîner préalablement ensemble.

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L’équipe de France un an plus tard, en avril 1908. Zacharie Baron, Victor Sergent, Pierre Allemane, Henri Moigneu et Marius Royet ont joué les deux matchs.


Face à cette équipe de France recroquevillée en défense, les Belges vont ouvrir le score à la 18e minute. Le but est attribué à Charles Cambier, tant sur le site de la FFF que de la Royal Football Belgian Association. Pourtant selon Canelle, il s’agit d’un shoot de Robert De Veen que Zacharie Baton, le gardien français repousse insuffisamment. Le ballon aidé par le vent franchit la ligne.

Les Français malgré tout ne se laissent pas emporter par le sentiment de la défaite. Ils parviennent enfin à s’organiser dans l’entre-jeu et bousculent une équipe belge semble-t-il vaillante mais limitée. Quatre minutes avant la pause, un mouvement collectif des attaquants est conclu par Marius Royer. “De vifs applaudissements saluent ce haut fait et ceci nous donne du cœur au ventre", précise le texte de Canelle. “Le public, d’ailleurs, se montre très impartial”.

A trois sur le gardien belge qui entre dans le but avec le ballon

La deuxième période donne lieu à une belle empoignade où les deux équipes cherchent à obtenir la victoire. Mais le gardien belge Robert Hustin fait bonne garde, tout comme la défense française, de son côté, qui ne laisse rien passer. A la 72e minute, les Français sont récompensés de leurs efforts. Hustin tente d’intervenir sur un centre de Puget mais Bon, Camard et François, dans un bel ensemble, chargent le gardien et le font entrer dans le but avec le ballon. Oui, quelle douce époque que celle où charger un gardien était autorisé…

Malgré une large domination en fin de rencontre, les Belges s’inclinent 2-1. C’est leur première défaite face à l’équipe de France. C’est surtout pour cette dernière la première victoire en territoire étranger. “Des applaudissements nourris, de bruyantes acclamations nous sont adressés, s’émeut Canelle. On a beau faire les malins, ça fait tout de même quelque chose.”

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L’équipe de Belgique un an plus tard, en avril 1908. Edgard Poelmans, Guillaume Van den Eynde, Charles Cambier, Camille Van Hoorden et Robert de Veen ont joué les deux matchs.


“Le résultat du match France-Belgique est très régulier. C’est la meilleure équipe qui a gagné”. C’est par ces mots que Canelle a commencé son article. Il enchaîne en félicitant ses coéquipiers qui se sont bien repris après une première demi-heure où ils ont manqué de cohésion.

Le seum, déjà, en 1907

Le joueur français se délecte ensuite d’une petite revue de presse d’Outre Quiévrain où était pronostiquée une large victoire des footballeurs belges. Il poursuit avec la lecture des journaux du lendemain qui insistent moins sur l’exploit des joueurs français que sur le jeu désordonné de l’équipe belge. Seuls le gardien Robert Hustin et le défenseur Edgard Poelmans échappent aux critiques.

Après la description du match, Canelle en dresse son propre bilan. Il estime que le gardien belge a “merveilleusement” joué et donne des bons points à l’arrière Poelmans, ainsi qu’aux demis Gambier et Van Hoorden, et à l’attaquant Goetinck. Côté Français, tout le monde a bien joué selon Canelle, qui regrette que cette équipe n’ait pas pu s’entraîner avant le match, persuadé que dans la cas contraire, la victoire aurait été plus nette. Il fait ressortir la performance de Georges Bon, le seul attaquant qui assure un travail défensif. L’arbitre enfin a été “parfaitement impartial” mais Canelle ajoute qu’il ne croit pas “qu’on puisse le prendre comme modèle”. Mais qu’a-t-il bien pu vouloir dire par là ?

Avec les félicitations d’Edouard au banquet

L’un des grands moments de ces rencontres internationales était le buffet d‘après-match, dont Canelle nous donne un bref aperçu. Il mentionne la présence d’Édouard de Laveleye, le président du comité olympique belge, qui ne tarit pas d’éloges les joueurs de l’équipe de France, lesquels lui ont donné rendez-vous pour la prochaine confrontation entre les deux sélections, qui aura lieu l’année suivante à Colombes [1].

Des cinq novices de cette équipe de France, un seul y poursuivra sa carrière, Victor Sergent, qui atteindra un total de cinq sélections. Fernand Canelle sera absent les trois matchs suivants. Il connaîtra sa sixième et dernière sélection en 1908 contre les Pays-Bas.

[1La Belgique l’emportera sur un score symétrique, 2-1.

pour finir...

Merci à Matthieu Delahais qui a fait les recherches préliminaires et qui a eu l’idée de l’article.

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