[862] France-Finlande (0-2) : le bleuet était fané

Publié le 12 novembre 2020 - Bruno Colombari

Battus logiquement par des Finlandais redoutablement efficaces, les Bleus ont chuté à domicile pour la première fois depuis mars 2018 avec une équipe rafistolée dont les acteurs ont perdu des points en vue de l’Euro.

Le résultat était-il prévisible ?

Tomber à domicile pour la première fois depuis 20 mois contre une équipe qui avait perdu 8 fois sur 8 contre la France tenait assurément de la très grosse cote. Même si on pouvait se douter qu’il n’y aurait pas un 7-1 à l’ukrainienne dans cette nuit de commémoration de l’Armistice en raison de l’usure des joueurs, de la surcharge démentielle du calendrier et de l’absurdité de placer un match amical à cet endroit-là, il fallait avoir beaucoup d’imagination pour prévoir le scénario de ce France-Finlande.

Les Hiboux Grand-Duc ont en tout cas montré qu’ils n’étaient pas pour rien qualifiés pour la première phase finale de leur histoire, et on souhaite bien du plaisir à la Belgique, à la Russie et au Danemark qui croiseront leur route à l’Euro dans huit mois. Même s’ils n’ont pas beaucoup vu le ballon dans la première demi-heure, il leur a suffi de deux occasions et trois minutes pour frapper deux fois et plier le match. L’heure qui a suivi ne les a pas plus inquiété que ça, et ils ont même été tout près de marquer une troisième fois en début de deuxième mi-temps.

A choisir, si dans cette dernière semaine internationale de l’année 2020 il fallait perdre un match, autant que ce soit celui-là, qui aura eu le mérite, et c’est bien le seul, d’épargner la plupart des titulaires.

L’équipe est-elle en progrès ?

Celle qui a été alignée à Saint-Denis, certainement pas, mais elle était loin d’une équipe-type, avec les seuls Pogba et Giroud habituellement titulaires. Mais à défaut de convaincre, évidemment, elle aura sans doute donné des indications importantes au sélectionneur : d’une part d’éviter à l’avenir ces amicaux parfaitement superflus, alors que les rassemblements internationaux sont déjà trop courts pour travailler les automatismes, et d’autre part procéder par élimination dans la vingtaine de prétendants aux douze places de remplaçants en juin 2021.

A ce compte-là, mieux valait, comme Aouar, Umamecano ou Camavinga, être forfait contre la Finlande tant ceux qui ont joué ont perdu des points, à une exception près. Mais les titulaires habituels, du moins ceux qui ont eu du temps de jeu ce 11 novembre, n’en sortent pas indemnes non plus.

Quels sont les joueurs en vue ?

Ce sera vite fait car il n’y en a qu’un : Lucas Digne a été le seul au niveau international, et ce qu’il a montré quasiment en position d’ailier gauche à hauteur de Marcus Thuram justifie, après ses prestations d’octobre, sa place à l’Euro. Très sollicité, il a tenté de trouver du monde dans la surface soit par des centres longs au second poteau, comme celui qui arrive à Léo Dubois en première mi-temps, soit plus courts au premier poteau. Il a aussi beaucoup combiné avec Thuram.

Ce dernier a fait vingt premières minutes très prometteuses, avec une tête repoussée par la transversale à la 15e et un plat du pied imprécis à la 17e. Puis, plus le temps a passé, plus on a vu de maladresses compensées par une envie de bien faire. Sur ce qu’il a montré sur ce match, c’est un peu court pour concurrencer sérieusement Kingsley Coman à gauche. Mais il mérite d’être revu, peut-être contre la Suède.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Steve Mandanda, qui est devenu le premier international français à jouer avec le fils d’un ancien coéquipier en sélection, a encaissé deux buts en trois minutes. Il ne peut rien sur le deuxième, celui de Valakari, mais sa sortie sur celui de Forss n’est pas extraordinaire. Son statut de numéro deux va forcément être questionné après cette prestation décevante.

La présence de Moussa Sissoko pouvait interroger. Son niveau de jeu contre la Finlande, où il a multiplié les passes manquées et où il est directement impliqué sur le premier but adverse, rend très hypothétique sa présence à l’Euro. Le plus étonnant est qu’il soit resté sur le terrain jusqu’au bout, même si le sélectionneur n’avait pas beaucoup de solutions alternatives.

Olivier Giroud et Paul Pogba, qui auraient dû tirer cette équipe hétéroclite vers le haut, sont passés à travers. Le premier a touché très peu de ballons, le second beaucoup plus, sans en faire bon usage. Quand deux joueurs de cette expérience et de ce calibre pèsent aussi peu, il serait injuste d’être exigeant envers des partenaires qui comptent moins de dix sélections.

On aurait pu penser que les rentrées de Griezmann, Martial et Kanté suffiraient à faire basculer le match. Si le dernier a été très actif dans une position plus haute que d’habitude, Nzonzi assurant la couverture derrière lui, le Barcelonais n’a pas fait de différence et a même manqué une énorme occasion dans les arrêts de jeu, alors que le Mancunien a ralenti une cadence déjà anémique.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

A Lisbonne, où les Bleus jouent la première place du groupe et donc une qualification pour le carré final de la Ligue des Nations, une prestation aussi faible signifierait probablement une correction de grande ampleur. Il est probable que ça ne sera pas le cas, ne serait-ce que parce que l’équipe de départ sera très largement renouvelée, et que les champions du monde ont perdu l’habitude de chuter deux fois d’affilée : ça ne leur est plus arrivé depuis juin 2015, où ils avaient d’ailleurs été menés 0-2 par la Belgique à Saint-Denis. Mais ils restent sur trois prestations décevantes, même si le résultat changeait à chaque fois : un nul sans but contre le Portugal, une victoire chanceuse en Croatie et une défaite surprise face à la Finlande. Un nouvel échec à Lisbonne assombrirait les quatre mois qui séparent les Bleus du début de la phase qualificative pour 2022.

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