[877] Belgique-France (2-3) : deux mailles à l’envers, trois mailles à l’endroit

Publié le 8 octobre 2021 - Bruno Colombari

L’équipe de France gagne toujours contre la Belgique en phase finale, et reste sur huit demi-finales gagnées consécutivement depuis 1998. A Turin, malgré une première mi-temps très mal embarquée, elle a continué la série au terme d’un renversement spectaculaire et jouera la finale dimanche contre l’Espagne.

Le résultat était-il prévisible ?

Contre une Belgique sur le papier plus forte et avide de revanche après Saint-Petersbourg, les Bleus ne partaient pas favoris. Leurs derniers résultats respectifs n’inversaient pas la tendance (quatre nuls et une victoire côté français, quatre victoires et une défaite côté belge). Autant dire qu’une victoire, même serrée, était considérée avant le match comme une belle performance et un début de réhabilitation après l’échec de l’Euro. Jamais battus en phase finale par les Belges, le Bleus avaient à cœur de prolonger cette belle série.

Et ils l’ont fait, même si c’était plutôt mal parti. Après une entame de match équilibrée, les Belges prenaient le dessus et frappaient deux fois dans les dix dernières minutes de la première mi-temps, un vrai K-O technique. A cet instant du match, c’est plus le scénario de Turquie-France de juin 2019 — dernière défaite des Bleus en compétition — que celui de France-Portugal de juin dernier qui venait à l’esprit.

Mais cette équipe de France-là ne craint pas d’être menée. Ça lui arrive très souvent cette année : contre l’Ukraine en mars, trois fois à l’Euro en juin, face à la Bosnie et à l’Ukraine encore en septembre. Ce n’était donc que la septième fois en quinze matchs, et comme à chaque fois, elle est revenue. Mais là, les Bleus ont même fait mieux, puisqu’ils ont renversé la table, les chaises et tout le mobilier autour.

L’équipe est-elle en progrès ?

Sur la deuxième mi-temps, incontestablement. Ce qu’elle n’a pas su faire à l’Euro, à savoir gérer une avance retrouvée, elle l’a fait à Turin, même s’il s’est agit d’une poignée de minutes dans le temps additionnel, Théo Hernandez ayant eu la bonne idée de marquer son but très tard. Mais il ne faudrait pas garder l’eau du bain sous prétexte que le bébé a une bonne bouille : la façon dont l’équipe de France a perdu le fil en quatre minutes en première mi-temps est un avertissement sans frais. Ces Bleus-là encaissent beaucoup trop de buts, déjà 11 cette année, dont 10 lors des 7 derniers matchs.

Mais au moins sont-ils capables de réagir avec panache, ce qui n’était pas le cas à Konya en juin 2019 (Turquie, 0-2) ou à Rotterdam en novembre 2018 (Pays-Bas, 0-2). Désormais, leurs adversaires sont prévenus : même deux buts d’avance à la mi-temps ne sont pas une garantie de succès. Surtout, cette victoire de prestige, contre une grosse équipe, devrait largement redonner confiance à une sélection en proie au doute et aux flottements en interne.

Quels sont les joueurs en vue ?

Kylian Mbappé n’a pas tout réussi, comme par exemple son étrange tricot dans la surface belge à la 16e, ou quelques mauvais choix par la suite, mais il a fait des différences conséquentes par son explosivité, il offre une occasion en or à Pavard à la 8e et à Griezmann à la 58e. Enfin, il trouve Benzema dans un petit espace pour le premier but français et a le culot de vouloir tirer le pénalty, malgré ses deux échecs récents dans cet exercice, contre le Kazakhstan en mars et face à la Suisse en juin.

Il a été bizarrement oublié pendant presque toute la première période sur son aile gauche, y compris par son frère Lucas, qui choisissait systématiquement de repasser dans l’axe : Théo Hernandez a longtemps semblé passer à côté de son match, mais c’est lui qui marque le but décisif d’une belle frappe croisée à la 90e minute sur un centre dévié par la défense belge.

Lui aussi a semblé un peu absent pendant près d’une heure, mais quand il s’est réveillé, ça a fait des étincelles : Karim Benzema a marqué le but qui a relancé les Bleus à l’heure de jeu, au plus fort de la domination française. Il s’est aussi battu au pressing pour gratter quelques ballons importants dans les pieds des milieux belges, à l’instar de Griezmann.

Malgré une grosse erreur d’entrée qui aurait pu coûter cher, Jules Koundé a été bien meilleur dans l’axe droit que dans le couloir. Ses jaillissements ont coupé plusieurs attaques placées belges et il ne s’est pas laissé embarquer par Yannick Carrasco, contrairement à Benjamin Pavard.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Il fera sans doute mieux dimanche pour sa centième sélection, en finale contre l’Espagne. Antoine Griezmann a raté son match : il n’a pas marqué, certes, mais il a trop peu pesé sur le jeu. Son apport principal, en deuxième mi-temps, a été d’initier un pressing intense sur le porteur adverse qui a contribué à dérégler le jeu des Belges.

Auteur d’un sauvetage remarquable sur une volée de De Bruyne à la 4e minute, Hugo Lloris n’est pas exempt de tout reproche sur le but de Carrasco, où il est sur les talons, et surtout sur celui de Lukaku où il ferme insuffisamment l’angle. Il sauve certes des buts, mais il en encaisse un peu trop pour continuer à être indiscutable. La question de la concurrence de Mike Maignan va finir par se poser.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

L’obstacle belge brillamment franchi, l’équipe de France va s’attaquer à une sélection espagnole en pleine confiance après sa victoire contre les champions d’Europe italiens. On pourrait considérer que le niveau est très proche de celui des Belges, mais ces derniers avaient calé contre l’Italie en quart de finale à l’Euro, alors que l’Espagne avait poussé la Squadra dans ses retranchements en demi (1-1, tirs au but). Autant dire qu’il faudra une équipe de France très affûtée à Milan dimanche soir (20h45) et bien plus solide derrière qu’à Turin pour conquérir le cinquième trophée de son histoire après la Coupe du monde, l’Euro, la Coupe intercontinentale et la Coupe des Confédérations. Pour Antoine Griezmann, qui jouera pour la centième fois en Bleu, la motivation est toute trouvée.

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