Eurosceptique ou europtimiste ?

Publié le 11 juin 2021 - Bruno Colombari

Né de la volonté de Michel Platini d’éclater le tournoi dans douze pays différents, ce seizième Euro arrive enfin, avec un an de retard et beaucoup d’interrogations. Ce qui n’empêche pas les Bleus de partir favoris.

Premier Euro organisé en année impaire, première édition sans domicile fixe ni pays organisateur, première grande compétition de football post-covid dans des stades en partie vides : si on ne sait pas encore à quoi va ressembler ce seizième championnat d’Europe des nations, on sait à quoi il ne ressemblera pas.

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Il y a trois ans, je disais en ouverture de la Coupe du monde en Russie qu’arrivait enfin l’instant des possibles. L’Euro est encore différent du tournoi mondial, avec ses vainqueurs inattendus comme la Tchécoslovaquie (1976), le Danemark (1992), la Grèce (2004) ou le Portugal (2016). Mais de moins en moins : avec son format en surcharge pondérale (24 participants) et des champions du monde ayant aussi soulevé le trophée Henri-Delaunay (Allemagne, France, Espagne et Italie), il prend désormais le statut de Coupe du monde-bis, comme l’a dit Pierre Cazal. Certes, il est privé du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay, mais ces trois-là se font rares dans le dernier carré mondial : aucun en 2006 et 2018, un seul en 1998, 2002 et 2010 et deux quand même en 2014.

Un tournoi cruel pour le pays organisateur

L’Euro a tout de même connu des heures de gloire et écrit la légende de nombreux joueurs : Lev Yachine en 1960, Antonin Panenka en 1976, Bernd Schuster en 1980, Michel Platini en 1984, Marco van Basten en 1988, Brian Laudrup en 1992, David Trezeguet en 2000….

Il a aussi été cruel pour le pays organisateur, puisque depuis la mise en place d’un vrai tournoi final en 1980, un seul a été titré à la maison, la France en 1984 [1]. Le Portugal (en 2004) et la France (2016) gardent un souvenir cuisant d’une finale perdue chez soi contre une équipe a priori plus faible. Et l’Italie (1980), la RFA (1988), la Suède (1992), l’Angleterre (1996), les Pays-Bas (2000) sont tombés en demi-finale. C’est toujours mieux que la Belgique (2000), la Suisse et l’Autriche (2008) ou la Pologne et l’Ukraine (2012), disparues dès le premier tour.

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En 2021, les trois derniers matchs du tournoi se joueront à Wembley, là où évoluera l’Angleterre au premier tour. On peut donc considérer par défaut la sélection de Gareth Southgate comme le pays organisateur, même si peu d’autres équipes joueront en Angleterre. Et comme la sélection anglaise est réputée pour commencer fort des tournois où elle cale à la fin... [2]

Comme en Coupe du monde, un Euro peut être brillant ou maussade, inspiré ou casse-pied, plein de rebondissements ou parfaitement prévisible. Et ce, parfois au sein d’une même édition. Lors du dernier par exemple, la République d’Irlande, l’Islande et le pays de Galles avaient ambiancé le tournoi en France alors que le Portugal s’était hissé en finale en mode petit bras et que la Belgique avait calé au cinquième match.


 

Si pour les Bleus 2016 a ressemblé à 2006, 2021 sera-t-il le cousin de 2000 ?

Côté Bleus, alors que les six premières éditions (de 1960 à 1980) avaient été une litanie d’effondrements subits ou de médiocrité récurrente, l’embellie est arrivée en 1984, tournoi parfait avec 5 victoires en 5 matchs, 14 buts marqués et deux parties légendaires, à Nantes contre la Belgique de Scifo (5-0) et à Marseille face au Portugal de Chalana (3-2). Et un Platini éblouissant.

Elle est revenue seize ans plus tard, en 2000, au terme d’un tournoi beaucoup plus relevé et trois derniers matchs au suspense asphyxiant (Espagne 2-1, Portugal 2-1, Italie 2-1) et avec une utilisation clinique des buts en or.

Elle n’en était pas très loin en 2016 avec une équipe portée par Lloris, Pogba et Griezmann, mais où il manquait sans doute un Varane derrière, un Kanté au milieu [3] et un Mbappé devant. Et quelques centimètres sur le poteau de Rui Patricio dans le temps additionnel de la finale.

Si 2016 a ressemblé à 2006 avec sa montée en puissance, son climax prématuré (Brésil d’un côté, Allemagne de l’autre) et son final frustrant, 2021 sera-t-il le cousin de 2000 ? Les points communs ne manquent pas : fort soutien populaire, attaque impressionnante, statut de champion du monde en titre, présence de Didier Deschamps.

La dernière ombre au tableau, la mise à l’écart de Karim Benzema, a même été levée, et l’intégration du Madrilène dans le groupe semble se passer au mieux, malgré une sortie prématurée contre la Bulgarie. L’alignement des planètes est à ce point parfait que certains, et on les comprend, exhument le souvenir du printemps 2002 où la deuxième étoile avait été avalée par un trou noir aussi vorace qu’improbable. L’histoire ne repasse jamais les plats, affirment les europtimistes. On vous aura prévenus, répondent les eurosceptiques.

[1laquelle est aussi la dernière à avoir gagné une Coupe du monde à domicile.

[2demi-finaliste en Coupe du monde 1990 et 2018, en championnat d’Europe 1968 et à l’Euro 1996.

[3titulaire au premier tour, il sort à la mi-temps du huitième contre l’Irlande.

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