Pierre Cazal : « l’Euro est passé du statut de sous-Coupe du monde à celui de Coupe du monde-bis »

Publié le 27 mai 2021 - Bruno Colombari

Auteur du livre « L’épopée des Bleus à l’Euro » (Mareuil éditions) et contributeur régulier de Chroniques bleues, Pierre Cazal revient sur les changements de format du championnat d’Europe et évalue les chances des Bleus pour l’édition 2021.

Lire l’article L’épopée des Bleus à l’Euro, une histoire continentale


13 minutes de lecture


On entend souvent dire que l’Euro est plus difficile que la Coupe du monde parce que son niveau est plus élevé, notamment au premier tour. Qu’en penses-tu ?

D’un côté, 14 des 20 premiers classés par la FIFA sont européens, donc oui le niveau est relevé. De l’autre, sur les 55 affliés à l’UEFA, plus de la moitié optent pour de l’antijeu, tous derrière, et génèrent des matches aussi ennuyeux que crispants ! Ce qui n’est pas forcément le cas des équipes sud-américaines, asiatiques ou africaines, plus joueuses. La qualité du jeu s’en ressent, et l’agrément pour le spectateur aussi. Et puis l’Euro, c’est forcément un cran en-dessous de la Coupe du monde, même si les équipes se tiennent plus : dans tous les sports, le championnat d’Europe est en-dessous du championnat du monde : d’ailleurs il n’y a pas de champion du monde de football qui soit médiocre, alors que le Danemark, la Grèce, voire l’URSS de 1960 ou la Tchécoslovaquie de 1976, champions d’Europe, n’ont jamais réussi à exister en Coupe du monde. C’étaient des vainqueurs par accident ; il n’y a pas de vainqueur par accident en Coupe du monde, l’élite est restreinte.

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Les nombreux changements de format de l’Euro, du moins dans sa phase finale (4, puis 8, puis 16 et maintenant 24) expliquent-ils le fait qu’il est plus ouvert que la Coupe du monde avec dix vainqueurs différents, dont certains, comme la Grèce ou le Danemark, n’ont jamais brillé en tournoi mondial ?

En 1960, l’UEFA comptait 32 affiliés : une phase finale à 4, c’était vraiment riquiqui, volontairement du reste, puisqu’il s’agissait de ne pas faire d’ombre à la Coupe du monde ! Mais du coup l’Euro a végété dans l’ombre jusqu’à ce que le format s’étoffe. La première phase finale réussie, sportivement, financièrement et médiatiquement, c’est celle de 1984, à huit (25 % des inscrits). Aujourd’hui, pour 55 inscrits, on compte 24 finalistes, soit 43 % ! On est passé d’un extrême à un autre ! Par comparaison, la FIFA comprtant 211 affiliés, si elle appliquait ce taux de 43 %, on arriverait à une phase finale à 90 ! L’ouverture a moins à voir avec l’extrême élargissement du format que l’intérêt financier et médiatique, car le public est au rendez-vous. La phase finale de la Ligue des nations à 4 est passée quasiment inaperçue, en 2019. Celle de l’Euro à 24 ne court pas ce risque. Idéalement, pour 55 la phase finale devrait se borner à 16 équipes, réparties en 4 groupes de 4, dont les vainqueurs joueraient les demi-finales, mais ça ne ferait que 21 matches... au lieu de 51 !

« La Belgique, qui est favorite, pourrait être le onzième vainqueur de l’Euro »

Quant à l’ouverture proprement dite, effectivement l’Euro a connu dix vainqueurs différents en 15 éditions (huit en 21 pour la Coupe du monde, qui compte beaucoup de vainqueurs multiples), et la Belgique, qui est favorite, pourrait être le onzième. L’Allemagne et l’Italie qui ont gagné 4 Coupes du monde sont moins dominantes à l’Euro, à l’inverse de l’Espagne (3 Euros, pour une seule Coupe du monde) : cela provient du fait que le bloc sud-américain Argentine-Brésil-Uruguay (9 coupes du monde) est lui très stable, au contraire, et cela n’a donc rien à voir avec les problèmes de format.

Dans ta première partie, tu racontes que le premier projet de championnat d’Europe est très ancien, dès 1905. Pourquoi n’a-t-il pas abouti, alors même que le British Home Championship existait depuis 1883 et que la Copa America est née peu de temps après, en 1916 ?

On n’a aucune trace écrite des motifs pour lesquels ce projet a échoué ; il était ambitieux, trop sans doute, et moderne, avec des éliminatoires en 4 groupes, puis un Final 4. Ce qu’on sait par contre, c’est qu’aucune des fédérations qui avaient pourtant voté pour ce projet n’a finalisé son inscription ensuite. Tous ont reculé... y compris la France ! Sans explication. Robert-Guérin l’a mal vécu, il a démissionné de l’USFSA (et pas de la FIFA, ce qui prouve que le veto est venu de l’USFSA, présidée par Léon Duvigneau de Lanneau) ; le Belge Louis Muhlinghaus, que l’on dit à l’origine du projet, a été placardisé au sein de la fédération belge, et quant au Suisse Schneider, qui avait offert le trophée et proposé la Suisse pour accueillir le Final 4, il a dû en garder une rancoeur, parce qu’il compta parmi ceux qui en 1909 ont créé un éphémère concurrent à la FIFA, nommé l’UIAFA...

« Ce sont les Anglais qui ont torpillé le projet de premier championnat d’Europe »

Les Belges ont mis en avant la concurrence qui serait faite à leurs Coupes : Van den Abeele (contre la Hollande), Van der Straten-Ponthoz, et même Evence Copée (contre la France) : leur réticence doit venir de là via le baron de Laveleye, plus influent que Muhlinghaus , et dans les petits papiers de Wall, le secrétaire de la FA anglaise). Mais ce sont surtout les Anglais qui ont dû torpiller le projet : pas question d’accepter que leur Home Championship soit ravalé à l’état de préliminaire de la compétition de la FIFA ; de plus, il était « open ». En 1905, l’Angleterre n’a pas d’équipe nationale amateur, et la FIFA rejette alors les professionnels. Entente impossible, donc. 

Par la suite, ayant pris la présidence de la FIFA dès 1906 (Robert-Guérin brillait par son absence au congrès de Berne), les Anglais ont évolué ; ils ont créé une équipe nationale amateur (le premier match qu’elle a disputé l’a opposée à la France, ce qui prouve que les relations sans Robert-Guérin s’étaient améliorées), et ont fait remplacer la compétition mort-née de 1905 par le tournoi olympique (organisé en 1908 à Londres).

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Comment expliquer qu’en 1960, deux ans seulement après les exploits de Suède, l’équipe de France d’Albert Batteux soit à ce point passé à travers de la première édition, alors que l’année 1959 avait été prometteuse ?

Je viens de lire une interview de Deschamps où il aborde le problème de façon générale ; il pose une fausse question : « Si quelque chose a été bien fait dans le passé, est-ce que cela peut se répéter ? » Lui ne semble pas trop y croire, mais moi je dirais : ça dépend. C’est très difficile de répéter les victoires, mais cela s’est fait, historiquement. L’Espagne en a fourni l’exemple le plus récent avec son triplé Euro-Coupe du monde 2008-2010-2012. Deschamps a donc tort sur ce point. La condition pour y parvenir est de conserver l’ossature victorieuse, comme je tente de le démontrer dans un chapitre de mon livre. Or, en 1960, l’équipe de France a perdu cette ossature qui lui avait permis de briller comme jamais auparavant, en 1958 et 1959. A la fois sur le plan défensif (le gardien Abbes, les latéraux Kaelbel et Lerond, l’arrière central Jonquet -resté sur le banc contre la Yougoslavie - sont remplacés par des quasi-néophytes) et offensif (le trio Kopa-Fontaine-Piantoni n’est pas là).

Quelle équipe aurait pu rester compétitive après une telle purge, d’autant qu’elle était pour une bonne part accidentelle, due à des forfaits, donc non anticipée ? De plus, il faut reconnaître que pendant 75 minutes cela ne s’était pas trop senti offensivement : 4 buts avaient été marqués. C’est la défense, qui n’a jamais trop été le point fort des équipes de Batteux, qui a craqué. Par comparaison, en finale de la Coupe du monde 2018, on menait aussi 4-2 à la 65 ème minute (62ème en 1960) : mais on savait défendre alors, on savait gérer une avance. Une panique comme celle qui a entraîné 3 buts en l’espace de 4 minutes ne serait (heureusement) plus possible. On a appris... après 1982 !

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Finalement, est-ce que Platini n’a pas plus marqué l’histoire de l’Euro que celle de la Coupe du monde ? Il en a gagné un sur le terrain en battant le record de buts, il a été sélectionneur à un autre, et en tant que président de l’UEFA, il a fortement poussé pour que la France obtienne l’organisation en 2016. Il a aussi initié le passage à 24 équipes et le tournoi éclaté dans 11 pays cette année…

C’est sûr qu’un triplé pareil, joueur, sélectionneur, président est unique, et que 1984 constitue le sommet de la carrière de Platini joueur. Mais je ne suis pas sûr, par contre, qu’il n’aurait pas préféré gagner la Coupe du monde plutôt que l’Euro, et présider la FIFA, sinon à la place de l’UEFA du moins après. Question de prestige. Cela pose d’ailleurs la question du statut de l’Euro : est-il une sous Coupe du monde ? La compétition a eu du mal à se faire accepter, puis à s’imposer. Initialement, alors que le football international se limitait à une rivalité Europe-Amérique du Sud, la Coupe du monde semblait suffire : le pays européen le mieux classé passait pour le champion d’Europe sans titre, et l’Euro paraissait doublonner ; pire, l’URSS, gagnant 1960, et l’Espagne, gagnant 1964, n’existaient pas en Coupe du monde, ils n’apparaissaient donc pas légitimes. 

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« Platini a été un très grand joueur, mais il a joué deux demi-finales de Coupe du monde, et il les a toutes les deux perdues. »

La chose a changé avec l’Italie, titrée en 1968 et finaliste de la Coupe du monde 1970, puis l’Allemagne, qui a réalisé le doublé Euro 1972 et Coupe du monde 1974. Mais le format adopté jusqu’en 1976 bridait la phase finale, réduite à un Final 4 expédié rapidement, qui n’intéresse que les supporters de quatre pays, sans faire monter la pression. L’amélioration est venue à partir de 1984, de sorte qu’aujourd’hui, l’Euro est passé du statut de sous-Coupe du monde à celui de Coupe du monde-bis, tant la domination européenne sur la Coupe du monde est flagrante depuis 1998.

Maintenant, du point de vue des joueurs, peuvent-ils rêver d’une consécration s’ils n’ont pas gagné la Coupe du monde ? Et, pour les Européens, s’ils ont « seulement » gagné l’Euro ? Pas sûr... Platini, pour en revenir à la question, a été un très grand joueur, mais il a joué deux demi-finales de Coupe du monde, et il les a toutes les deux perdues. Il n’a pas été assez décisif, nettement moins que lors de l’Euro 84. C’est ce qui le place derrière Zidane, notamment, qui a gagné les deux compétitions, et derrière Deschamps aussi, dont Platini aime souligner qu’il avait « les pieds carrés », mais qui a réalisé le doublé en tant que joueur, et qui pourrait le réaliser en tant que sélectionneur, alors que Platini a échoué en tant que sélectionneur, lui...

Dans ton livre, tu insistes sur l’écart considérable qu’il peut y avoir entre la phase éliminatoire et le tournoi proprement dit. De ce point de vue, les difficultés rencontrées en 2019, notamment contre la Turquie, sont-elles rassurantes ?

Deschamps a lui-même désamorcé cette défaite face à la Turquie en rappelant que les mois de juin des années impaires (2013, 15, 17 et donc 19 aussi) étaient tous marqués par de telles contre-performances, qu’expliquent la fatigue de fin de saison et l’absence de motivation forte que seules les phases finales des compétitions assurent en années paires. 2021 est une année impaire, certes, mais la phase finale de l’Euro, tant attendue, la première compétition internationale « intra-Covid » (je n’ose dire post-Covid , même si je l’espère) garantit une très forte motivation des Bleus.

Il est exact que les phases qualificative et finale des compétitions répondent à des logiques différentes, en sorte qu’une qualification réussie ne garantit nullement une phase finale réussie (en 1992 ou 2004), et l’inverse non plus (2000, par exemple). Pourquoi ? Parce que la qualification s’étale sur 8 à 14 mois, que le bilan n’est dressé qu’ à la fin, le processus est long, l’équipe est souvent modifiée, les tactiques aussi. La phase finale, qui déjà se déroule 7 mois plus tard (19 pour cette édition) est coupée de la qualification ; de plus, le couperet peut tomber très vite, au bout de 3 matches disputés en 8 jours.

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« A l’Euro, le groupe vit ensemble sur un temps beaucoup plus long qu’en qualifications »

Si l’équipe sous-performe, le sélectionneur, à chaud, n’a guère de prise. Les options ont été prises en amont : seuls les meilleurs parviennent à en changer dans l’urgence, Deschamps a déjà démontré avoir cette capacité, contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, sans réaction, je ne citerai pas de noms, le lecteur les reconnaîtra ! Le management n’est pas le même, non plus, car le groupe vit ensemble sur un temps beaucoup plus long qu’en qualifications. L’ambiance qui y règne est plus déterminante pour la réussite, et les échecs s’expliquent souvent par la détérioration des rapports entre les joueurs, d’une part, et avec le sélectionneur d’autre part. Deschamps en est très conscient, et le souligne : « Il faut peut-être plus de proximité aujourd’hui, parce que la notion affective est plus importante. La nouvelle génération est en demande. » Il cumule l’expérience de 4 phases finales en tant que joueur, avec 3 autres, et bientôt 4, en tant que coach, le tout étalé sur 30 ans. C’est donc plutôt rassurant, je pense.

Est-ce qu’on peut faire le parallèle entre la demi-finale de l’Euro 1996 et celle face à la Croatie en 1998, de même que la finale de l’Euro 2016 et celle de la Coupe du monde 2018 ? Avec à chaque fois un échec duquel le sélectionneur tire des leçons pour la fois prochaine ?

Deschamps l’a volontiers reconnu : la défaite de 2016 a servi à préparer la victoire de 2018 : « Cela nous a servi pour mieux gérer l’évènement, le côté émotionnel est important, » dit-il. En clair, à ce niveau, le ressort psychologique est capital : ne surtout pas s’emballer et croire que c’est dans la poche , rester froid. Progresser pour atteindre un sommet qui s’est auparavant montré inaccessible, Deschamps a su le faire, comme Hidalgo en 1984 (après le semi-échec de 1982 en Coupe du monde) ou Jacquet en 1998 (après cet autre semi-échec que fut l’Euro 1996). Mais c’est moins difficile que de rester au sommet : il est plus aisé d’analyser ce qui a manqué, ou mal fonctionné quand on a échoué tout près du sommet, et de rectifier, poussé par la frustration, que de savoir ce qu’il faut faire pour ne pas redescendre, quand on est dans le confort et la satisfaction du succès.

« La question en 2021 est de tirer des leçons de son succès de 2018, pour pouvoir le répéter »

Personne n’y est arrivé, en France : Hidalgo et Jacquet ont préféré arrêter, incertains, comme Deschamps l’a dit : « Si quelque chose a été bien fait dans le passé, est-ce que cela peut se répéter ? » Et ils ont bien fait : Henri Michel et Roger Lemerre, portés un moment par la lancée, n’ont pas vu venir la chute, et n’ont pu la freiner : elle les a emportés... Joueur, Deschamps aussi s’est arrêté avant la chute de 2002, il sait qu’elle guette toutes les équipes arrivées. Or, depuis 2018, l’équipe de France est arrivée au sommet, comme en 1984 et en 2000.

La question en 2021 n’est donc plus d’apprendre de ses erreurs pour progresser, c’est déjà fait ; elle est de tirer des leçons de son succès de 2018, pour pouvoir le répéter. Et on a vu que Deschamps, à cet égard, n’a aucune certitude, ce qui présente au moins l’avantage de le protéger de tout aveuglement, de toute tentation de vendre la peau de l’ours... Dans mon livre, je consacre un chapitre à ceux des sélectionneurs, bien peu nombreux, qui ont su gagner deux fois, voire plus, la crème de la crème quand on sait qu’il ya 55 candidats pour un seul vainqueur à l’Euro, et plus de 200 à la Coupe du Monde ! J’y renvoie donc le lecteur...

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Dans la dernière partie, où tu évoques l’Euro 2020 et ce qui attend les Bleus, tu sembles plutôt optimiste, alors qu’en club de nombreux cadres ont été plutôt irréguliers cette saison. Pourquoi l’équipe de France a-t-elle de réelles chances de remporter le tournoi ?

L’étude des grandes équipes permet de mettre en évidence une courbe des performances récurrente, qui comprend trois phases. Tout d’abord une progression plus ou moins linéaire, plus ou moins rapide, puis un pic d’excellence, qui peut se prolonger en plateau plus ou moins longtemps, et enfin un déclin, en général brutal.

L’équipe de France sous la férule de Deschamps a connu une progression linéaire, de 2012 à 2016, et atteint son pic à l’Euro, qu’elle aurait dû gagner. Ce pic s’est maintenu en plateau jusqu’à aujourd’hui, avec d’abord une légère progression (marquée par la victoire de 2018 à la Coupe du monde), puis une petite régression (marquée par l’élimination de justesse du Final 4 de la Ligue des nations 2019), suivie d’une nouvelle progression, un rebond (marqué par la qualification au Final 4 de la Ligue des nations 2021). Elle aborde donc l’Euro 2021 au cours d’un plateau d’excellence qui dure depuis 5 ans, durée déjà exceptionnelle. La moyenne, dans ce cas de figure déjà peu fréquent en lui-même, est de 4 années, et le record de 6, détenu par l’Uruguay victorieux de 3 trophées mondiaux entre 1924 et 1930.

« J’ai introduit dans le livre le concept de ratio potentiel/résultat »

L’équipe de France ne donne pas de signes avant-coureurs d’un déclin qu’elle pourrait même repousser au-delà de 2022, qui sait ? J’ai introduit, dans le livre, le concept de ratio potentiel/résultat : la satisfaction tant du public, des medias que des joueurs eux-mêmes, est liée à la réalisation du potentiel, même si l’équipe n’a pas le potentiel pour gagner. Il suffit que l’équipe se hisse au niveau correspondant à son potentiel. Or, en 2021, ce potentiel est au maximum. L’équipe a le talent, ou plutôt les talents, l’expérience, adhère au discours et aux schémas de son coach, possède un état d’esprit à la fois conquérant et solidaire.Tous les feux sont au vert, selon l’expression à la mode !

Ce qui implique du coup qu’une défaite en finale serait déjà une déception, même modérée, une élimination en demi-finales une déception plus forte, et ainsi de suite. Or, les Bleus ont déjà à s’extirper au tour préliminaire, du « groupe de la mort » ! Autant dire qu’ils vont avoir du fil à retordre, mais ils ont les moyens pour...

Le retour de Benzema dans la liste pour l’Euro a créé la surprise. Que penses-tu de cette décision du sélectionneur et quel impact peut-elle avoir sur le groupe et sur les performances de l’équipe ?

Tout d’abord, je tiens à signaler au lecteur que le livre était déjà sous presse lors du rappel de Benzema, il n’en trouvera donc aucune trace, ce que je regrette. Cette interview me donne donc l’occasion de compléter le livre en formulant trois remarques.

Une : je n’ai pas compris la mise en scène décidée par Didier Deschamps. Puisque sa décision était déjà arrêtée depuis un mois, pourquoi cacher les contacts, retarder la communication, y compris à Benzema lui-même, qui assure qu’à aucun moment il ne lui a été dit qu’il serait à l’Euro ? Pourquoi ménager un coup de théâtre, alors que les medias espéraient tous un tel rappel et s’en félicitent, et le public en majorité également ?

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« Griezmann et Benzema ont déjà joué ensemble, mais leur connexion n’a pas sauté aux yeux »

Deux : il est certain que sur un plan purement sportif, Benzema constitue un renfort ; le Benzema nouveau qui dit lui-même qu’il est devenu un athlète, qui, depuis le départ de Ronaldo est devenu un leader d’attaque au Real, et qui n’est plus le même qu’en 2015, époque où il dézonait sans arrêt à la Anelka et marquait au compte-gouttes. Pour autant, il va falloir que Deschamps reconsidère une animation offensive dont Griezmann était le patron et Giroud le fer de lance, avec 44 buts. Benzema est désormais le patron au Real, il revient pour prendre la place de Giroud et pour être le patron. Il y a eu des époques où l’équipe de France avait deux patrons : Giresse et Platini, Zidane et Djorkaeff. Griezmann et Benzema ont déjà joué ensemble, mais leur connexion n’a pas sauté aux yeux, Giroud et Benzema se sont souvent remplacés l’un l’autre. Redistribuer les rôles, réactiver une complémentarité, voire une complicité n’a rien d’évident surtout dans l’urgence, d’autant qu’il faudra inventer également une connexion avec Mbappé... Deux semaines de préparation et deux matches-test ne seront pas de trop pour venir à bout d’un tel chantier !

Trois : sur le plan moral, on peut s’étonner que Benzema ait été écarté 5 ans et demi, au motif de l’affaire Valbuena, pour être absous juste avant le procès, même si on se doute qu’il a de grandes chances d’y être acquitté. Bien entendu, la raison en est que Deschamps estime avoir besoin de Benzema à l’Euro, alors que ce n’était pas le cas avant : machivélisme sportif, qui lui vaudra des torrents de félicitations si la fin justifie les moyens... mais seulement si la fin est atteinte ! On peut aussi plaindre Olivier Giroud le bon soldat, sacrifié sur l’autel du réalisme. Scotché sur le banc dans son club de Chelsea, le voilà poussé également sur le banc des Bleus. Les bons serviteurs, même s’ils ont inscrit 44 buts, ne doivent pas s’attendre à de la reconnaissance. Il reste à Giroud à exploiter la poignée de minutes qui lui seront concédées en fin de quelques matches pour scorer, et rappeler qu’il est là, et qu’il ne lâchera rien.

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