François Remetter : c’était le doyen des Bleus

Publié le 3 octobre 2022 - Pierre Cazal

Le gardien titulaire de l’équipe de France au départ de la Coupe du monde 1958 a été aussi champion du monde militaire 1949, puis a accompagné les Bleus en Argentine en tant que représentant d’Adidas. il vient de mourir à 94 ans et 55 jours, alors qu’il était le doyen des Bleus.

Mise à jour d’un article initialement paru en août 2022.

François Remetter était jusqu’à son décès le 2 octobre 2022 le dernier doyen attesté des Bleus (attesté, car on n’a pas trace de Mustapha Ben M’Barek, né en 1926) : il a eu 94 ans le 8 août, le hasard faisant qu’il n’est l’aîné que de quelques jours de Dominique Colonna, qui fut son rival dans les cages des Bleus ! Etant entendu, par ailleurs, que le doyen absolu des Bleus reste Georges Géronimi, décédé à près de 102 ans en 1994.

Remetter ne compte que 26 sélections — on est loin des 139 au compteur d’Hugo Lloris — et, sans vouloir lui faire injure, ne peut prétendre passer pour un des gardiens de but d’exception qui ont défendu les cages de l’équipe de France. Le fait est qu’il ne s’est jamais imposé nettement, même s’il a réussi à jouer 17 matches consécutifs de 1954 à 1957.

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Crédits : Photo FFF

Sans gants, et avec un chandail noir à bande rouge

Il a été sélectionné pour la première fois en 1953, contre la Suède, parce que le titulaire du poste, César Ruminski, avait déclaré forfait. Ensuite, Remetter a vécu dans l’ombre de la vedette qu’était René Vignal, son antithèse. Autant Vignal était un « showman » aux plongeons spectaculaires – et aux bourdes non moins spectaculaires — autant Remetter était un gardien sobre. Il jouait sans casquette et même sans gants, avec son légendaire chandail noir à bande rouge, et privilégiait le placement aux plongeons, dont le public était friand.

Ce sont les blessures de Vignal (dont il était coutumier, vu son style de « casse-cou ») et de Ruminski (bien plus costaud que Remetter, gardien de petit gabarit, 1m70 –et pas 1m75 ou 77 comme on le trouve parfois ici ou là…-) qui valurent à « Frantzel » Remetter de jouer la Coupe du Monde 1954, qui fut un fiasco pour les Bleus, sans que Remetter lui-même ait quelque chose à se reprocher. C’est pourquoi il resta titulaire, et connut de belles réussites, face à l’Allemagne en 1954 (3-1), à l’Espagne (2-1) ou l’URSS, nouvelle venue dans le circuit européen (2-1 en 1956). Colonna était alors son remplaçant attitré !

Une place en Suède par défaut

Mais, au début de la saison 1957-58, en acceptant un transfert à Bordeaux, alors en D2, Remetter perdit sa place en équipe de France, jusqu’à ce qu’une mauvaise prestation de Claude Abbes, devenu titulaire en mars 1958 face à l’Espagne, ne le lui rende miraculeusement. Le choix du gardien n’était pas la tasse de thé de Paul Nicolas, directeur de la sélection, qui déléguait cette responsabilité à Alex Thépot, membre du comité de sélection et ancien gardien, lors de la Coupe du monde 1930 notamment. Au passage, on s’aperçoit qu’Albert Batteux, entraîneur de l’Equipe de France et de Reims, n’avait pas voix au chapitre, puisque Colonna était le gardien de Reims, et dut se contenter du banc de touche !

Remetter joua donc la Coupe du monde 1958, du moins face au Paraguay (7-3) et à la Yougoslavie, alors bête noire des Bleus (2-3). Lors de ce match, Remetter commit une énorme erreur en boxant mal une balle sur un corner, cette erreur coûta un but… décisif, de sorte qu’il fut écarté. Cette fois-ci, c’est Paul Nicolas lui-même qui signifia à Remetter son éviction d’une manière que l’Alsacien, connu pour sa forte personnalité, n’apprécia pas. Les deux hommes ne s’entendaient pas, Paul Nicolas ne tolérant aucune opposition. Résultat : Abbes reprit le poste et le garda.


 

33 buts encaissés en 26 sélections

En 1959, Alex Thépot, devenu sélectionneur suite à la mort accidentelle de Nicolas (en voiture), donna une dernière sélection à Remetter face à l’Espagne (4-3), et ce fut fini. Remetter a donc encaissé 33 buts en 26 sélections, et j’insiste, 33 et non 37, chiffre qu’on obtient en additionnant les scores des matches auxquels Remetter a participé. Sauf qu’il faut défalquer le but au débit de Vignal face au Luxembourg en 1953, et surtout 3 autres buts que Vignal, épaule démise, laissa passer face aux Suisses en novembre 1953, avant d’être remplacé en cours de jeu par Remetter, les deux fois. Cela fait donc une moyenne de 1,27 but par match, mais de 2 en Coupe du monde (3 buts en 2 matches en 1954, 5 en 2 matches en 1958), ce qui est loin des standards d’excellence.

Pour être complet quant à sa carrière en bleu, notons que Remetter a été champion du monde militaire (son seul trophée) en 1949 face à la Turquie, qu’il a connu deux sélections en équipe amateur en 1950 (Angleterre 0-0 et Suisse 1-1), une sélection espoir (Angleterre 7-1 en 1952, Piantoni et Kopa animant l’attaque) et six en équipe B (3 en 1952, 2 en 1953 et une dernière, étonnamment, en 1961, face aux Belges).

Représentant d’Adidas à la Coupe du monde 1978

Côté club, de Strasbourg à Metz, en passant par Sochaux, Bordeaux, Limoges et Grenoble, pour finir en 1969 à Metz, Remetter n’a pu glaner aucun titre, son palmarès reste donc vierge, de même qu’en sélection, puisque, rappelons-le, c’est Claude Abbes qui a conquis la troisième place à la Coupe du monde 1958, qui a donné un peu de prestige à une équipe de France qui en manquait furieusement jusque-là.

Après avoir raccroché les crampons, Remetter travailla pour Adidas pendant 27 ans, et il fut notamment au cœur de l’affaire dite des « bandes », lors de la Coupe du monde 1978, où il était présent entant que représentant de l’équipementier allemand. Les joueurs, mécontents de la somme allouée pour porter les chaussures siglées Adidas lors de la compétition, s’employèrent, au grand dam de Remetter, à masquer au cirage les fameuses trois bandes caractéristiques de la marque…

Quoiqu’il en soit, et bien qu’il ne compte pas au rang des gardiens de légende des Bleus, les Chayriguès, Darui, Vignal ou autres Barthez et Lloris, Remetter a pris toute sa place dans l’histoire de l’équipe de France.

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