Histoire du stade de Colombes

Publié le 2 octobre 2019 - Bruno Colombari

Théâtre des finales olympique de 1924 et mondiale de 1938, le stade Yves-du-Manoir aura été la maison des Bleus pendant une trentaine d’années entre 1930 et 1960. L’équipe de France y aura beaucoup joué, et souvent perdu.

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Si le stade Yves-du-Manoir à Colombes, aujourd’hui à l’abandon, va être modernisé pour accueillir en 2024 les épreuves de hockey sur gazon des Jeux olympiques, c’est en quelque sorte un juste retour des choses : la discipline a fait son apparition lors des JO de 1908 à Londres, un an après la construction du stade de Colombes, et ce dernier a accueilli la finale du football aux JO de 1924, après son agrandissement en 1923. C’est là que la grande équipe d’Uruguay, qui allait être championne du monde six ans plus tard, affirma sa suprématie en battant en finale la Suisse (3-0).

Ironie de l’histoire, alors qu’il a été préféré au Parc des Princes pour les JO de 1924, la rénovation de ce dernier lui portera un coup fatal à la fin des années 60.

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Capacité et record d’affluence

Désormais dépassé par le Stade de France, Yves-du-Manoir a accueilli 83 fois l’équipe de France entre 1908 et 1975. On ne peut pas dire que cette dernière y a brillé, comme on le verra plus loin. Mais elle y a en tout cas établi un record d’affluence le 21 octobre 1956, avec un France-URSS disputé devant 62 145 spectateurs. Il faudra attendre janvier 1998 pour le voir tomber.

A l’origine un hippodrome, le stade de Colombes se voit doté de tribunes et d’un terrain de foot en 1907, avec une capacité de 20 000 places. Cette dernière est doublée en 1923 lors d’une vaste rénovation qui le dote d’une toiture pour la moitié des travées, dont le total est porté à 40 000. Il est rebaptisé Yves-du-Manoir en 1928 et choisi pour accueillir la finale de la troisième Coupe du monde en 1938. A cette occasion, sa capacité augmente encore pour atteindre 60 000 places, devenant le plus grand stade de l’hexagone pour les six décennies à venir.

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Une défaite contre les Belges pour commencer

C’est le 12 avril 1908 que l’équipe de France joue pour la première fois au Stade du Matin de Colombes. Elle y affronte la Belgique et s’incline 1-2, un moindre mal à l’époque. Lors de ses huit premiers matchs disputés avant celui-là, elle avait déjà encaissé deux raclées mémorables contre l’Angleterre amateur, 0-15 au Parc en 1906 et 0-12 à Londres un mois plus tôt. Sans parler d’un 0-7 à Bruxelles et d’un 0-5 à Saint-Cloud, tous deux contre la Belgique. Le deuxième match à Colombes ne sera disputé qu’en 1913, et le troisième en 1922.

Sa période hégémonique : 1930-1959

Il a fallu du temps à Colombes pour s’imposer comme choix préférentiel pour l’équipe de France à domicile, sa situation hors les murs de Paris (dans les Hauts de Seine) le desservant par rapport au Parc des Princes, même si les deux stades ne sont distants que de quelques kilomètres. A partir des années 30, les Bleus s’y installent le plus souvent, jouant 21 fois sur 39. Mais c’est dans l’immédiat après-guerre que le stade Yves-du-Manoir a été systématiquement utilisé : 14 fois consécutivement dans les années 46-49, et encore 24 fois sur 33 dans les années 50. Le déclin est amorcé brutalement dans les années 60, alors même que le nouveau Parc des Princes est en chantier à partir de 1967. Les Bleus jouèrent à Lyon, Marseille, Strasbourg, Reims, Rouen, Nice, et même dans le Parc en travaux. L’adieu à Colombes se fait le 26 avril 1975 conte le Portugal, et c’est une défaite, la 35e des Bleus là-bas. Triste fin.

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Bilan : autant de défaites que de victoires

Si jouer à Colombes a procuré à l’équipe de France un quelconque avantage, ce dernier a été discret : en 83 sorties, les Tricolores, comme on les appelait à l’époque, n’ont gagné que 35 fois, c’est-à-dire aussi souvent que ce qu’ils ont perdu. La Hongrie s’y est toujours sentie à l’aise avec quatre victoires en 1956 (2-1), 1962 (3-2), 1964 (3-1) et 1971 (2-0). La Tchécoslovaquie en a fait de même entre 1928 et 1934. Et la plus large défaite a été concédée face à l’Angleterre en 1927 (0-6), juste devant un autre set concédé à la Belgique en 1930 (1-6).

Côté belles victoires, on peut relever celles de mai 1931 contre l’Angleterre (5-2), d’octobre 1952 contre l’Allemagne (première confrontation d’après guerre et débuts en sélection de Raymond Kopa) ou d’octobre 1956 face à l’URSS de Lev Yachine.

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Roger Marche, le plus fidèle, Jean Baratte le plus efficace

Ce n’est pas un hasard si celui qui allait rester longtemps le recordman des sélections en équipe de France, Roger Marche, est aussi celui qui a le plus souvent joué à Colombes (28 fois sur 63). Il fait mieux que Robert Jonquet (22), Edmond Delfour (17), Jean Baratte (15) et Marcel Langiller (14).

Parmi ceux qui n’ont jamais perdu à Colombes en sélection, il y a Julien Darui (9 matches, dont 8 victoires), Xercès Louis (7) et Antoine Bonifaci (5). A l’inverse, Henri Pavillard n’y a gagné aucun de ses 7 matches (un nul, 6 défaites).

Côté buteurs, les meilleurs sont Jean Baratte (13 buts), Jean Vincent (8), Paul Nicolas, Raymond Kopa et Thadée Cisowski (7).

Pelé, Puskas, Di Stéfano y ont joué

La plupart des meilleurs joueurs du monde entre les années 1920 et les années 1960 ont rencontré l’équipe de France à Colombes. Par ordre chronologique, on citera les Uruguayens Nasazzi, Andrade, Scarone, Petrone et Cea (1924), les Espagnols Zamora (1927), Di Stéfano et Gento (1961), le Tchécoslovaque Planicka (1930, 1931 et 1934), l’Anglais Matthews (1938, 1946 et 1955), les Italiens Meazza et Piola (1938), les Allemands Turek, Walter, Rahn, Posipal (1952) et Seeler (1958), les Hongrois Grosics, Bozsik, Sandor, Kocsis, Hidegkuti, Puskas et Czibor (1956), les Soviétiques Yachine et Netto (1956), les Brésiliens Gilmar, Djalma Santos, Zito, Gerson et Pelé (1963) et les Portugais Marinho et Nené (1975).

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Trois champions du monde accueillis, trois défaites

L’équipe de France de cette période-là n’était pas de taille à affronter les champions du monde en titre (hormis l’Allemagne, battue deux fois en 1954 et 1958, mais à l’extérieur). A Colombes, les Tricolores chutent en quart de finale de la Coupe du monde 1938 contre le tenant du titre (et futur vainqueur) italien (1-3). Dix ans plus tard, rebelote toujours contre l’Italie en avril 1948 (1-3), puisqu’il n’y a pas eu de tournoi mondial dans l’intervalle. Et en avril 1963, il faut un triplé de Pelé pour faire plier une équipe de France combative mais finalement encore battue (2-3) contre les doubles champions du monde brésiliens.

Italie, 12 juin 1938 1-3 (Coupe du monde)
Italie, 4 avril 1948 1-3 (amical)
Brésil, 28 avril 1963 2-3 (amical)

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