Ivica Osim, nostalgie yougoslave

Publié le 10 mai 2022 - Richard Coudrais

Ivica Osim (1941-2022) a rencontré l’équipe de France en maintes occasions, tant comme joueur que comme sélectionneur. Il n’a jamais perdu face aux Bleus.

C’est le football yougoslave tout entier qui a pleuré la mort d’Ivica Osim disparu le 1er mai 2022 quelques jours avant son 81ème anniversaire. Ivan Osim, de son vrai prénom, est un joueur des années où Bosnie, Serbie, Croatie et les autres républiques ne faisaient qu’une autour du maillot bleu de la Yougoslavie.

Le football français a également été ému par la nouvelle. L’ancien meneur de jeu du FK Željezničar Sarajevo avait fait les beaux jours de Strasbourg, Sedan et Valenciennes. Ivica Osim fut en outre un adversaire de l’équipe de France à plusieurs occasions. Sur les seize sélections qu’il compte avec la sélection yougoslave, Osim en a disputé trois contre la France. Devenu sélectionneur, il a également croisé la route des Tricolores.

Bête noire

Lorsque la Yougoslavie reçoit la France le 18 avril 1965 au Stadion Crvena Zvezda de Belgrade, il s’agit de la septième sélection d’Ivan Osim. Celui-ci a fait son entrée en équipe de Yougoslavie lors du tournoi olympique de Tokyo, en 1964, où celle-ci termina à la sixième place, alors que son jeune meneur de jeu de 23 ans inscrivit quatre buts. Une nouvelle aventure démarre avec cette rencontre contre l’équipe de France, celle des éliminatoires de la Coupe du monde 1966. Les Français redoutent particulièrement l’affrontement avec les Yougoslaves, que le passé récent a hissé en véritables bêtes noires. Henri Guérin, le sélectionneur, applique alors un double rideau défensif sur lequel se heurtent les hommes de Aleksandar Tirnanić pendant une heure. Toutefois, Milan Galić parviendra à trouver la faille en exploitant une mauvaise relance de Jean Djorkaeff. Osim et les siens l’emportent 1-0.

Le joueur du Željezničar n’est pas présent au match retour au Parc des Princes en octobre 1965. En début de saison, une affaire de matchs arrangés a secoué le championnat yougoslave. Osim et son coéquipier Mišo Smajlović sont accusés d’avoir laissé filer un match contre Hajduk Split. Les deux hommes sont suspendus jusqu’à la fin de la saison [1]. Privé de son meilleur joueur, la sélection yougoslave s’incline au Parc sur un but de Gondet.

Juste avant mai 1968

France et Yougoslavie se retrouvent en avril 1968, en quart de finale de la Coupe d’Europe des Nations. Osim est de retour, ayant retrouvé la sélection six mois plus tôt. Le match aller se dispute au stade vélodrome de Marseille, où les Yougoslaves ouvrent le score après une heure de jeu par le futur Niçois Vahidin Musemić, dont c’est la première sélection. Le Lyonnais Fleury Di Nallo égalise en fin de match et maintient l’espoir de qualification.

Mais au match retour, cet espoir sera mis en miette par des Yougoslaves euphoriques qui mènent 4-0 après une demi-heure de jeu. Ils s’imposent finalement 5-1. Les coéquipiers d’Osim, qui avaient éliminé la RFA en phase préliminaire, sortiront le champion du monde anglais en demi-finale à Florence. Mais Osim ne participera pas à la finale, laquelle sera perdue après deux rencontres face à l’Italie.


 

Sur la route du Mondiale

La carrière internationale d’Osim prend fin en 1970, après seize sélections, quand il quitte son pays pour tenter l’aventure en France. Après avoir brillé huit ans sur les pelouses de l’hexagone, il met fin à sa carrière en 1978. Il quitte Strasbourg pour retourner à Sarajevo et devient l’entraineur du Željezničar.

En 1986, après que Platini et consort lui ont barré la route de Mexico, la sélection yougoslave fait appel au coach sarajévien pour retrouver le chemin de la Coupe du monde. Celui qui mène au Mondiale italien de 1990 passe par la France. Les deux formations sont dans le même groupe éliminatoire et un premier match les oppose à Belgrade en novembre 1988.

L’équipe de France est alors en pleine agitation. Après un peu glorieux match nul à Chypre (1-1), le sélectionneur Henri Michel a été contraint de démissionner. C’est Michel Platini qui prend les choses en main et dirige les Bleus au Stadion Partizan. “Vous êtes sûrs qu’il ne va pas entrer en jeu ?” feint de s’inquiéter Osim auprès des journalistes français.

Remontés par leur nouveau sélectionneur, les Tricolores en blanc font un match admirable au point de mener 2-1 jusqu’à l’entame du dernier quart d’heure. Mais les hommes d’Osim, brillants techniciens, égalisent par le plus Français des leurs, le Parisien Safet Sušić, avant qu’un jeune nommé Dragan Stojković fasse pencher la balance côté slave (3-2).

Un dernier rendez-vous manqué

Les deux formations se retrouvent cinq mois plus tard au Parc des Princes. Une victoire des hommes de Platini maintiendrait un infime espoir de qualification, mais ceux d’Osim tiennent trop à leur Coupe du monde pour se laisser faire. Malgré les débuts remarqués du jeune nantais Didier Deschamps, la France concède un match nul (0-0) qui rend la qualification encore plus illusoire.

Ivica Osim et Michel Platini auraient pu se retrouver face à face une nouvelle fois le 17 juin 1992 à Malmö. Les équipes de France et de Yougoslavie se retrouvaient dans le même groupe de l’Euro 1992 et le match décisif n’aurait pas manqué de sel. Mais la sélection yougoslave, que désertaient déjà les joueurs croates, slovènes et bosniens, fut privée de tournoi en raison de la guerre civile qui ravageait le pays.

Cinq matchs contre les Bleus, aucune défaite

Ivica Osim a rencontre cinq fois l’équipe de France, trois fois en tant que joueur (deux victoires, un nul) et deux en tant que sélectionneur (une victoire, un nul). Il n’a inscrit aucun but.

Sel.GenreDateLieuEquipeScore
7 qCM 18/04/1965 Belgrade Yougoslavie 0-1
11 qEuro 06/04/1968 Marseille Yougoslavie 1-1
12 qEuro 24/04/1968 Belgrade Yougoslavie 1-5
Sel.GenreDateLieuEquipeScore
. qCM 19/11/1988 Belgrade Yougoslavie 2-3
. qCM 29/04/1989 Paris (Parc) Yougoslavie 0-0

pour finir...

Sources : les sites selectiona.free.fr, L’Équipe, Wikipédia, FFF, racingstub.com + les ouvrages « L’intégrale de l’équipe de France de football » (First édition) de Pierre Cazal, Jean-Michel Cazal et Michel Oreggia ; « La fabuleuse histoire du football » (Nathan) de Jacques Thibert et Jean-Philippe Rethacker.

[1La Fédération Yougoslave reconnaitra plus tard que Osim a été accusé et condamné à tort

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