L’Euro est-il plus dur que la Coupe du monde ?

Publié le 21 mars 2019

On entend souvent dire que la Coupe du monde, c’est bien beau, mais que le niveau y est plus bas que celui de l’Euro. Voici une analyse comparative pour mettre cette affirmation à l’épreuve des faits.

Actualisation d’un article initialement paru en novembre 2015.

L’Europe est-elle toujours le centre du monde ?

Je vais d’abord regarder ce qu’ont fait les nations européennes en Coupe du monde. Un mot sur leur nombre : hormis en 1930 et 1950, lors des deux premières éditions en Amérique du Sud, les Européens ont été majoritaires jusqu’en 1994, avec un maximum de 12 représentants sur 15 en France en 1938. Pendant longtemps donc, la Coupe du monde a pris la forme d’un Euro où l’on aurait invité le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine, voire le Mexique.

C’est pourtant curieusement au moment où sa représentativité a baissé, à partir du passage à 32 équipes en 1998, que l’Europe a pris quasi-définitivement le dessus sur l’Amérique du Sud, avec cinq victoires en six éditions (France en 1998 et 2018, Italie en 2006, Espagne en 2010 et Allemagne en 2014). L’Argentine et le Brésil se disputent les miettes (finale 2014 pour la première, finale 1998 et victoire en 2002 pour le deuxième) et le reste du monde ne peut guère espérer mieux qu’une place en demi (Corée du Sud en 2002, Uruguay en 2010).

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Sur les vingt et une éditions de la Coupe du monde, rappelons que l’Europe en détient 12 et qu’elle compte 28 finalistes (sur un total de 42). Dans le dernier carré, elle est présente 59 fois sur 84 (demi-finale ou équivalent) et 116 fois sur 168 dans le top 8 (quart de finale ou équivalent). Enfin, sur les 457 participants aux 21 coupes du monde, 245 sont Européens.

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Que devient le tenant du titre à l’Euro et au Mondial ?

Enchaîner la conquête d’un titre européen et d’un titre mondial est extrêmement difficile. Seules l’Allemagne (Euro 72 puis CM 1974) et la France (CM 1998 puis Euro 2000) l’ont fait, chacune dans un sens différent. En 2012, l’Espagne a fait encore mieux avec un double enchaînement inédit (Euro 2008 puis CM 2010 puis Euro 2012).

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Quelles conclusions tirer de ces enchaînements ? De toute évidence, le champion d’Europe souffre plus pour embrayer sur une Coupe du monde que le champion du monde (quand il est européen) sur la scène continentale. Les plus gros crashes en l’espèce, à savoir ne même pas se qualifier pour l’édition suivant un titre, sont presque toujours le fait d’un champion d’Europe : la Tchécoslovaquie en 1978, le Danemark en 1994, la Grèce en 2006. Dans le sens inverse, l’Italie est le seul champion du monde européen à avoir manqué l’Euro suivant (en 1984).

Si on regarde quels sont les champions en titre éliminés dès le premier tour, on ne trouve que trois vainqueurs de l’Euro : l’Espagne deux fois (en 1966 et en 2014) et la France en 2002. Jamais un champion du monde européen n’a été sorti dès le premier tour de l’Euro suivant. Le pire résultat en la matière est le quart de finale atteint par l’Italie en 2008.

France, Allemagne, Italie, Espagne, Angleterre et Pays-Bas : où sont-ils les meilleurs ?

J’ai regroupé dans cette étude les cinq champions du monde européens auxquels j’ai pris la liberté d’ajouter les Pays-Bas, triples finalistes de la Coupe du monde (1974, 1978, 2010).

France : autant européenne que mondiale
Pour la France, qui a terminé quatre fois dans le dernier carré de l’Euro et qui a gagné deux des trois finales qu’elle a disputé, l’Euro est un peu plus abordable que la Coupe du monde (six fois dans le top 4, mais en 15 participations au lieu de 9). Mais depuis son titre mondial de 2018, elle a aussi gagné deux finales sur trois en Coupe du monde. Donc le bilan est équilibré.

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Espagne : une habituée des finales européennes
Pour l’Espagne, dont le bilan mondial était famélique avant la victoire de 2010, l’Euro est aussi une bénédiction : quatre finales disputées en neuf participations, et trois victoires. Alors qu’elle n’a terminé que deux fois dans le dernier carré mondial, dont une en 1950 (dans un tour final à quatre).

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Allemagne : tout trophée est bon à prendre
Que dire sur l’Allemagne, sinon qu’elle fait rarement le voyage pour rien ? Six finales de l’Euro dont trois gagnées, huit finales mondiales pour quatre gagnées. Dans les deux compétitions, ne pas voir les Allemands en quart de finale est un événement. C’est arrivé seulement trois fois à l’Euro, cinq fois à la Coupe du monde. Pour un total de 31 participations...

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L’Italie est eurosceptique
L’Italie adore la Coupe du monde, qui le lui rend bien, sauf bien sûr quand elle lui fait faux bond, comme en 2018. Quatre victoires, deux finales perdues et deux demis, c’est un bilan bien supérieur à l’Euro, où les Azzuris ont certes gagné une fois (en 1968), mais où ils ont échoué deux fois en finale et deux fois en demi.

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L’Angleterre préfère son île
Une seule finale (gagnée) en 23 participations cumulées, c’est bien peu pour l’Angleterre, qui s’est arrêtée 9 fois en quarts de finale. Pas transcendants au niveau mondial (deux demi-finales en 1990 et 2018), les Anglais sont encore moins convaincants en Europe. Après avoir longtemps dédaigné les compétitions internationales, ils attendent une deuxième finale depuis plus de cinquante ans. Bien fait.

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Les Pays-Bas sont souvent là
C’est la seule sélection européenne qui n’est pas championne du monde, mais avec trois finales atteintes et deux demi-finales en 10 participations, les Pays-Bas méritaient d’être mentionnés. A l’Euro, ils n’ont eu besoin que d’une finale pour être champions en 1988 et ils ont joué trois demi-finales, ce qui est remarquable en 9 participations, même s’ils ont manqué les deux dernières éditions de 2016 et 2018.

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Conclusion : la grenouille européenne et le bœuf mondial

Longtemps, la comparaison entre Coupe du monde et Euro n’avait même pas lieu d’être. A l’époque où l’Uruguay de Schiaffino dominait la planète, l’UEFA n’avait pas encore créé de compétition européenne au niveau des sélections. Au temps de Pelé, l’Euro s’appelait encore Coupe d’Europe des Nations et son fonctionnement était calqué sur celui de la coupe d’Europe des clubs champions. Et à l’apogée de Maradona, l’Euro était un petit tournoi à huit pays, pendant que la Coupe du monde passait de 16 à 24 nations.

Depuis le milieu des années 90, l’UEFA et la FIFA se sont lancés dans une course poursuite assez ridicule et qui n’est pas sans rappeler La folie des grandeurs, avec Blatter dans le rôle de Louis de Funès et Platini dans celui d’Yves Montand. L’Euro 1996 double de volume et passe à 16 pays ? La Coupe du monde 1998 en comptera 32 et non 24. Du coup, l’Euro 2016 ratisse large et s’est joué à 24, soit près de la moitié des confédérations européennes (54).

En attendant que la Coupe du monde se joue à 48, probablement au Qatar dès 2022 comme le souhaite Gianni Infantino en digne héritier de ses prédécesseurs, on aimerait que cette inflation ne soit pas fatale à ce qui faisait la richesse de l’Euro : le fait qu’il puisse être remporté par le Danemark, la Grèce ou le Portugal. Cela le rend-il plus facile que la Coupe du monde ? Peut-être pas. Mais plus imprévisible et plus diversifié, certainement.

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