Les remplaçants décisifs en phase finale de Coupe du monde

Publié le 10 mars 2022 - Bruno Colombari - 4

Marquer ou réussir une passe décisive en entrant en cours de match de Coupe du monde, c’est plutôt rare, surtout depuis 2010. Analyse des 121 remplacements sur les 49 rencontres disputées entre 1978 et 2018.

6 minutes de lecture
Mise à jour d’un article initialement paru en mai 2018.

A huit mois de la Coupe du monde 2022, le onze titulaire de Didier Deschamps semble clairement dessiné : ce sera probablement celui qui a joué le carré final de la Ligue des Nations, avec Kanté à la place de Rabiot. Autant dire que l’incertitude se situe plutôt sur le banc. C’est dans les 12 qui y prendront place qu’on aura peut-être des surprises, ou que la concurrence sera plus forte.

Mais de quel poids pèsent les remplaçants en phase finale de Coupe du monde ?

Jusqu’en 1958, les remplacements ne sont pas autorisés en compétition. Après la Coupe du monde en Suède, il est possible de remplacé un joueur uniquement s’il se blesse en première mi-temps. Il faudra attendre 1967 pour que le sélectionneur puisse faire un changement par match sans condition en compétition, puis deux en 1976 et trois en 1995.

49 matchs et 121 remplacements depuis 1978

Comme en 1966 l’équipe de France n’a pas fait appel à des remplaçants lors de la Coupe du monde en Angleterre, et qu’elle n’était pas qualifiée pour les éditions 1970 et 1974, mon étude va porter sur les phases finales disputées depuis 1978. En rappelant qu’à partir de 1998, trois remplacements sont autorisés, qu’ils concernent les gardiens ou les joueurs de champ.

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Lors des 49 matchs de Coupe du monde joués par les Bleus depuis 44 ans, 121 remplacements ont été effectués en cours de match, concernant 55 remplaçants, alors que côté titulaires on en compte 51.

Les remplaçants les plus fréquents sont Nabil Fekir et David Trezeguet (6 fois), Thierry Henry, Sylvain Wiltord et Sidney Govou (5), Alain Boghossian, Christophe Dugarry, Steven Nzonzi et Olivier Giroud (4), René Girard, Christian Lopez, Jean-Marc Ferreri, Djibril Cissé, Louis Saha et Corentin Tolisso (3).

Les titulaires les plus souvent remplacés sont Antoine Griezmann et Thierry Henry (6 fois), Dominique Rocheteau, Sylvain Wiltord, Franck Ribéry et Florent Malouda (5), Olivier Giroud, Blaise Matuidi, Stéphane Guivarc’h, Youri Djorkaeff et Matthieu Valbuena (4), Kylian Mbappé, Bernard Lacombe, Alain Giresse, Emmanuel Petit, Christian Karembeu, Patrick Vieira et Mamadou Sakho (3).

37 changements à des postes différents

Sur ces 121 changements, 30% ne sont pas du poste pour poste, même si parfois il est compliqué de déterminer si un joueur est plutôt un milieu offensif ou un attaquant, comme Ribéry, Malouda ou Wiltord en 2006 par exemple.

Il y a eu 37 changements de ce type, dont 4 concernent un défenseur remplaçant un milieu, 12 un milieu entrant à la place d’un attaquant et 22, le cas le plus fréquent, où c’est un attaquant qui a suppléé un milieu.

En 2018, un seul des 20 changements décidés par Didier Deschamps n’était pas du poste pour poste : il s’agit de l’entrée de Steven Nzonzi à la place d’Olivier Giroud contre la Belgique, en toute fin de match (85e). Si on catégorise Nabil Fekir comme un attaquant, il est toujours rentré à la place d’un autre joueur offensif (Dembélé, Griezmann quatre fois et Giroud). Un seul changement a concerné des défenseurs, quand Benjamin Mendy a remplacé Lucas Hernandez en début de deuxième mi-temps contre le Danemark.

Remplaçants buteurs, remplaçants passeurs

On a tous en tête l’exemple du coaching parfait de Roger Lemerre le 1er juillet 2000 à Rotterdam, en finale de l’Euro contre l’Italie : en remplaçant Dugarry, Djorkaeff et Lizarazu par Trezeguet, Wiltord et Pirès, le sélectionneur avait permis aux Bleus de renverser la table dans le temps additionnel (déviation de la tête de Trezeguet, but de Wiltord) et en prolongations (centre en retrait de Pirès, but de Trezeguet). Impossible de faire mieux !

En Coupe du monde, pareil coup de poker n’est jamais arrivé. Des remplaçants buteurs, il y en a eu, mais très peu : 4 en 49 matchs. Et tous l’ont été au premier tour : Dominique Rocheteau en 1986 à Leon contre la Hongrie, Christophe Dugarry à Marseille contre l’Afrique du Sud et David Trezeguet à Saint-Denis face à l’Arabie Saoudite, tous deux en 1998, et enfin Florent Malouda en 2010 à Bloemfontein contre l’Afrique du Sud.

Rocheteau et Dugarry, les plus rapides

Le plus rapide à avoir marqué après être entré en jeu est Dominique Rocheteau en juin 1986 contre la Hongrie. Il remplace Papin à la 61e et offre une passe décisive à Tigana au bout d’une minute et 47 secondes. 22 minutes plus tard, sur un dégagement de Bats et une offrande de Platini, il tacle et marque le but du 3-0.

Un seul autre remplaçant s’est montré aussi décisif, en tant que buteur et passeur : c’est Christophe Dugarry en juin 1998 face à l’Afrique du Sud. Entré à la 26e à la place de Guivarc’h blessé, il commence par rater une énorme occasion sur une ouverture de Zidane, puis il ouvre le score sur corner de la tête à la 34e et il sera à l’origine du dernier but du match, sur un corner qu’il frappera pour Henry (90e).

Didier Six avait mis 5 minutes pour offrir un but à Dominique Rocheteau en 1982, et Yannick Stopyra 9 pour remettre le ballon à Papin contre le Canada en 1986. Enfin, Patrick Vieira était rentré depuis un quart d’heure quand, sur un contre emmené par Christophe Dugarry (lui aussi remplaçant), il avait servi Emmanuel Petit pour le but du 3-0 face au Brésil en 1998.

Quatre tirs au but réussis, un manqué

On mentionnera quand même quatre remplaçants ayant inscrit un tir au but en Coupe du monde : Bruno Bellone en 1986 contre le Brésil, David Trezeguet et Thierry Henry en 1998 face à l’Italie (à vingt ans, il fallait du courage) et enfin Sylvain Wiltord en 2006, toujours contre l’Italie. David Trezeguet avait fracassé le sien sous la barre de Buffon, mais le ballon n’avait pas franchi la ligne.

Les passes décisives ont été deux fois plus nombreuses. On en recense huit délivrées par des remplaçants, y compris dans des matchs à élimination directe ou au second tour, comme Didier Six en 1982 contre l’Irlande du Nord, Max Bossis en 1986 face à la Belgique, Patrick Vieira contre le Brésil en 1998 et Sidney Govou face à l’Espagne en 2006. Au premier tour, on retrouve en 1986 Yannick Stopyra contre le Canada en 1986 et Dominique Rocheteau face à la Hongrie et en 1998 Christophe Dugarry (Afrique du Sud) et Youri Djorkaeff (Arabie Saoudite).

Et 2014 ? Rien. En cinq matchs et 14 changements effectués, Didier Deschamps n’a vu aucun remplaçant marquer ou faire marquer. Ce phénomène s’est d’ailleurs reproduit à la Coupe du monde 2018, où les changements ont tous eu pour objectif (hormis contre le Danemark au premier tour) la conservation d’un résultat acquis.

Les cinquième et sixième quarts d’heure

Comme je l’ai montré dans mon histoire des remplaçants, c’est dans les deux derniers quarts d’heure du temps réglementaire que l’essentiel des remplacements a lieu. En phase finale mondiale, ils sont beaucoup plus concentrés sur cette période que sur l’ensemble des matchs. Ce qui est normal, car les rencontres amicales génèrent beaucoup de changements dès la mi-temps.

En compétition, et notamment lors des matchs à élimination directe qui peuvent aller en prolongations, les sélectionneurs sont beaucoup plus prudents. La pérennisation de la règle des cinq remplaçants instaurée en 2020 rééquilibrera certainement cette statistique, avec des rotations dès la mi-temps.

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Le tableau des remplaçants en Coupe du monde

[ T1 : premier tour ; T2 : second tour ; 3P : finale pour la troisième place ; FI : finale ; tab : tirs au but. Si l’un d’eux est transformé par un remplaçant, il est signalé par la minute 130.
remplaçant mn
entrée
adversaire remplacé année niveau but passe tab
Berdoll 75 Italie Lacombe 1978 T1
Rouyer 76 Italie Six 1978 T1
Baratelli 55 Argentine Demanes 1978 T1
Platini 46 Hongrie Papi 1978 T1
Six 75 Hongrie Rocheteau 1978 T1
Six 71 Angleterre Rocheteau 1982 T1
Tigana 74 Angleterre Larios 1982 T1
Lopez 59 Koweït Janvion 1982 T1
Girard 81 Koweït Platini 1982 T1
Couriol 70 Tchécoslovaquie Lacombe 1982 T1
Girard 88 Tchécoslovaquie Soler 1982 T1
Rocheteau 15 Autriche Lacombe 1982 T2
Girard 85 Autriche Genghini 1982 T2
Six 63 Irlande du Nord Soler 1982 T2 68
Couriol 83 Irlande du Nord Rocheteau 1982 T2
Battiston 50 RFA Genghini 1982 1/2
Lopez 60 RFA Battiston 1982 1/2
Lopez 66 Pologne Janvion 1982 3P
Six 83 Pologne Tigana 1982 3P
Stopyra 70 Canada Rocheteau 1986 T1 79
Bellone 75 URSS Papin 1986 T1
Vercruysse 81 URSS Giresse 1986 T1
Rocheteau 61 Hongrie Papin 1986 T1 84 62
Ferreri 68 Hongrie Stopyra 1986 T1
Tusseau 73 Italie Fernandez 1986 1/8
Ferreri 85 Italie Platini 1986 1/8
Ferreri 87 Brésil Giresse 1986 1/4
Bellone 99 Brésil Rocheteau 1986 1/4 130
Xuereb 66 RFA Bellone 1986 1/2
Vercruysse 72 RFA Giresse 1986 1/2
Bossis 55 Belgique Le Roux 1986 3P 104
Tusseau 83 Belgique Tigana 1986 3P
Dugarry 26 Afrique du Sud Guivarc’h 1998 T1 34 90
Boghossian 72 Afrique du Sud Petit 1998 T1
Trezeguet 82 Afrique du Sud Djorkaeff 1998 T1
Trezeguet 30 Arabie Saoudite Dugarry 1998 T1 68
Djorkaeff 58 Arabie Saoudite Diomède 1998 T1 85
Pirès 77 Arabie Saoudite Henry 1998 T1
Boghossian 64 Danemark Petit 1998 T1
Henry 71 Danemark Pirès 1998 T1
Guivarc’h 85 Danemark Trezeguet 1998 T1
Pirès 65 Paraguay Henry 1998 1/8
Boghossian 70 Paraguay Petit 1998 1/8
Guivarc’h 77 Paraguay Diomède 1998 1/8
Trezeguet 65 Italie Guivarc’h 1998 1/4 130
Henry 65 Italie Karembeu 1998 1/4 130
Henry 31 Croatie Karembeu 1998 1/2
Trezeguet 69 Croatie Guivarc’h 1998 1/2
Lebœuf 76 Croatie Djorkaeff 1998 1/2
Boghossian 57 Brésil Karembeu 1998 FI
Dugarry 66 Brésil Guivarc’h 1998 FI
Vieira 75 Brésil Djorkaeff 1998 FI 90
Dugarry 60 Sénégal Djorkaeff 2002 T1
Cissé 81 Sénégal Wiltord 2002 T1
Candela 16 Uruguay Lebœuf 2002 T1
Cissé 81 Uruguay Trezeguet 2002 T1
Dugarry 90 Uruguay Wiltord 2002 T1
Cissé 54 Danemark Dugarry 2002 T1
Micoud 71 Danemark Vieira 2002 T1
Djorkaeff 83 Danemark Wiltord 2002 T1
Saha 70 Suisse Ribéry 2006 T1
Dhorasoo 84 Suisse Wiltord 2006 T1
Ribéry 60 Corée du Sud Wiltord 2006 T1
Dhorasoo 88 Corée du Sud Malouda 2006 T1
Trezeguet 90 Corée du Sud Zidane 2006 T1
Wiltord 74 Togo Malouda 2006 T1
Govou 77 Togo Ribéry 2006 T1
Diarra 81 Togo Vieira 2006 T1
Govou 74 Espagne Malouda 2006 1/8 90
Wiltord 87 Espagne Henry 2006 1/8
Govou 77 Brésil Ribéry 2006 1/4
Wiltord 81 Brésil Malouda 2006 1/4
Saha 85 Brésil Henry 2006 1/4
Wiltord 69 Portugal Malouda 2006 1/2
Govou 72 Portugal Ribéry 2006 1/2
Saha 85 Portugal Henry 2006 1/2
Diarra 55 Italie Vieira 2006 FI
Trezeguet 100 Italie Ribéry 2006 FI
Wiltord 107 Italie Henry 2006 FI 130
Henry 72 Uruguay Anelka 2010 T1
Malouda 75 Uruguay Gourcuff 2010 T1
Gignac 85 Uruguay Govou 2010 T1
Gignac 46 Mexique Anelka 2010 T1
Valbuena 69 Mexique Govou 2010 T1
Malouda 46 Afrique du Sud Gignac 2010 T1 70
Henry 55 Afrique du Sud Cissé 2010 T1
Govou 82 Afrique du Sud Diarra 2010 T1
Sissoko 57 Honduras Pogba 2014 T1
Mavuba 65 Honduras Cabaye 2014 T1
Giroud 78 Honduras Valbuena 2014 T1
Pogba 63 Suisse Giroud 2014 T1
Koscielny 66 Suisse Sakho 2014 T1
Griezmann 82 Suisse Valbuena 2014 T1
Varane 61 Equateur Sakho 2014 T1
Giroud 67 Equateur Matuidi 2014 T1
Rémy 79 Equateur Griezmann 2014 T1
Griezmann 62 Nigéria Giroud 2014 1/8
Sissoko 90 Nigéria Valbuena 2014 1/8
Koscielny 72 Allemagne Sakho 2014 1/4
Rémy 73 Allemagne Cabaye 2014 1/4
Giroud 85 Allemagne Valbuena 2014 1/4
Giroud 70 Australie Griezmann 2018 T1
Fekir 70 Australie Dembélé 2018 T1
Matuidi 78 Australie Tolisso 2018 T1
Dembélé 75 Pérou Mbappé 2018 T1
Fekir 80 Pérou Griezmann 2018 T1
Nzonzi 89 Pérou Pogba 2018 T1
B.Mendy 50 Danemark L.Hernandez 2018 T1
Fekir 69 Danemark Griezmann 2018 T1
Mbappé 78 Danemark Dembélé 2018 T1
Tolisso 75 Argentine Matuidi 2018 1/8
Fekir 83 Argentine Griezmann 2018 1/8
Thauvin 88 Argentine Mbappé 2018 1/8
Nzonzi 80 Uruguay Tolisso 2018 1/4
Dembélé 88 Uruguay Mbappé 2018 1/4
Fekir 89 Uruguay Griezmann 2018 1/4
Nzonzi 85 Belgique Giroud 2018 1/2
Tolisso 86 Belgique Matuidi 2018 1/2
Nzonzi 55 Croatie Kanté 2018 FI
Tolisso 73 Croatie Matuidi 2018 FI
Fekir 81 Croatie Giroud 2018 FI

Vos commentaires

  • Le 7 mai 2018 à 23:40, par TRAN QUANG Nhi En réponse à : En attendant le monde (10) : les remplaçants décisifs en phase finale

    Je note qu’il n’y a eu un seul changement au poste de gardien, c’est celui Bertrand Demanes par Baratelli lors du matche Argentine France en 1978.

    Depuis ce matche, plus aucun gardien a été remplacé en cours de matche.

  • Le 8 mai 2018 à 08:31, par Bruno Colombari En réponse à : En attendant le monde (10) : les remplaçants décisifs en phase finale

    Oui, c’est bien ça. Du moins en phase finale. En amical et en phase de qualification, il y en a eu d’autres depuis.

  • Le 27 mars 2019 à 22:58, par Alain Marquet En réponse à : En attendant le monde (10) : les remplaçants décisifs en phase finale

    Bonjour,
    Je crois que vous faites erreur quand vous écrivez que Dominique Rocheteau a gagné sa place de titulaire lors du match contre la Hongrie en 1986 pour la bonne et simple raison qu’il était titulaire du poste d’attaquant de soutien aux côtés de Papin au départ de la compétition. Il a d’ailleurs été titulaire tous les matchs de la saison 1985/1986 sauf contre l’Argentine où Henri Michel voulait tester Daniel Xuereb avant la coupe du Monde, marquant 5 buts et faisant 5 passes décisives en 10 matchs. Comment n’aurait-il pas pu être titulaire avec de telles statistiques ? Non, s’il disparaît de l’équipe contre la Russie c’est en raison d’une légère entorse contractée à l’entrainement avant le match du Canada. Match qu’il a tout de même joué mais gêné par sa blessure il avait été décidé de le laisser au repos contre la Russie (il n’était même pas sur la feuille de match) pour se soigner et a fait son retour contre la Hongrie en cours de match avec la réussite que l’on sait. De toute façon il est évident que la France n’allait pas jouer avec deux purs avant-centres comme Papin et Stopyra sans joueur capable de provoquer et déborder et de passer sur les ailes. La concurrence était donc entre ces deux joueurs pour la place d’avant-centre et Stopyra s’est rapidement imposé comme le n° 9 titulaire durant cette Coupe du Monde.
    Sportivement vôtre
    Alain

  • Le 28 mars 2019 à 07:42, par Bruno Colombari En réponse à : En attendant le monde (10) : les remplaçants décisifs en phase finale

    Vous avez raison. J’ai enlevé cette phrase qui n’a pas lieu d’être. Merci pour votre message précis et argumenté !

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