[914] Portugal-France (0-0) : un tie-break pour la quatrième semaine

Publié le 6 juillet 2024 - Bruno Colombari

Comme à chaque fois que la séance des tirs au but arrive en quart de finale (1986, 1996, 1998) les Bleus sont passés par un trou de souris face à des Portugais aussi inefficaces qu’eux. Ce ne sera sans doute pas suffisant contre l’Espagne.

4 minutes de lecture

Le résultat est-il prévisible ?

Au vu des deux premiers matchs de l’Euro, le Portugal semblait nettement au-dessus des Bleus. Après le quatrième, c’était déjà moins évident. Stériles contre la Géorgie (avec certes une équipe bis) et face à la Slovénie, les Portugais avaient perdu de leur superbe et devenaient prenables.

Mais l’incroyable inefficacité offensive des Bleus et le peu d’ambition de leur jeu n’incitait pas à l’optimisme : généralement, en grand tournoi, le déclic a lieu au premier match à élimination directe, comme face à l’Argentine en 2018 ou l’Irlande en 2016. Ça n’a pas été le cas contre la Belgique, et ça interroge sur le niveau réel de cette équipe de France.

La probabilité de revoir un match fermé, des prolongations et une séance de tirs au but était donc élevée, et c’est ce qui s’est passé. Mais cette fois-ci, contrairement aux deux précédentes récemment (2021 et 2022), l’issue aura été différente avec une réussite totale côté Bleu (cinq sur cinq, ce qui n’était plus arrivé depuis 1996) et un échec côté portugais.

L’équipe de France a obtenu ce qu’elle cherchait, la qualification peu importe comment, et elle atteint une nouvelle fois les demi-finales pour la quatrième fois en huit ans. Il reste à écrire la conclusion de cet étrange tournoi qui va se terminer sans avoir donné l’impression d’avoir vraiment commencé.

L’équipe est-elle en progrès ?

La première mi-temps était moins fermée que celle face à la Belgique, mais elle n’a pas produit d’occasion claire malgré le repositionnement d’Antoine Griezmann dans l’axe derrière deux attaquants, dont Randal Kolo Muani. Toujours solides derrière, les Bleus manquaient encore de tranchant en attaque et n’arrivaient toujours pas à emballer le début de match.

La deuxième aura au moins produit du jeu et des occasions des deux côtés, même si on regrettera cette propension à ralentir les phases de transition qui se terminaient le plus souvent par des attaques placées face à une défense regroupée. Le retour à un 4-3-3 après l’entrée d’Ousmane Dembélé a produit du déséquilibre, et le Parisien a fait de grosses différences sur le côté droit, mais il manquait toujours quelque chose pour que les frappes trouvent le cadre de Diogo Costa.

Et, encore une fois, la prolongation n’a pas servi à faire la différence, comme en 2016, 2021 et 2022. Le syndrome 1996 est de plus en plus présent, à savoir une défense imprenable, une attaque stérile et un meilleur joueur (Zidane en 1996, Mbappé en 2024) diminué par une blessure et visiblement hors de forme. On se souvient comment ça s’était terminé il y a 28 ans.

Quels sont les joueurs en vue ?

Comme lors des matchs précédents, on mettra en évidence la grande partie de Mike Maignan, toujours très solide dans ses interventions et auteurs de beaux arrêts réflexe qui sont sa marque de fabrique, comme ceux devant Bruno Fernandes (61e), Vitinha (63e) ou Nuno Mendes au bout des prolongations (120e). Il n’a arrêté aucun des tirs au but, comme Diogo Costa d’ailleurs, mais a été suppléé par son poteau droit.

William Saliba justifie pleinement la confiance que lui accorde le sélectionneur avec une prestation impressionnante de sang froid et de maîtrise. Sa complémentarité avec Dayot Upamecano est essentielle. Dommage qu’il ne sorte pas plus souvent de sa défense pour apporter un décalage au milieu, mais ça, on ne le voit plus depuis longtemps hélas.

Théo Hernandez a fait lui aussi un bon match, dans un registre moins offensif qu’auparavant, mais il a quand même tenté la première frappe cadrée du match (20e). Et c’est lui qui inscrit le dernier tir au but qui qualifie les Bleus.

Eduardo Camavinga, titularisé à la place d’Adrien Rabiot, a fait le job dans un registre plutôt défensif dans le couloir de Mbappé. Il aurait même pu marqué à la 70e, mais son tir du droit était un peu trop croisé.

Enfin, Ousmane Dembélé a secoué la défense portugaise dans tous les sens sur le côté droit, percutant, débordant, centrant (sans vraiment trouver preneur dans la surface) et tirant, de très peu au-dessus (74e) et n’hésitant pas à transformer le premier tir au but qui a bien lancé la séance.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Il ne faut pas chercher beaucoup plus loin les raisons de la stérilité offensive de cette équipe de France : Olivier Giroud (57 buts) est sur le banc, Antoine Griezmann (44 buts) passe complètement à côté du tournoi, quel que soit son positionnement, et Kylian Mbappé (48 buts) n’a ni les jambes ni la tête (toujours gêné par son masque, et encore touché au visage par le ballon) pour jouer pleinement son rôle.

La sortie des deux derniers était logique et a apporté du mieux, à tel point que la question de leur titularisation contre l’Espagne pourrait légitimement se poser : on l’a vu avec le Portugal, dont le sélectionneur a choisi de faire confiance jusqu’au bout à Cristiano Ronaldo alors que ce dernier n’était pas au niveau. Contre l’Argentine en 2022, les sorties de Griezmann, Dembélé et Giroud avaient eu le mérite de stopper l’hémorragie et de remettre l’équipe à l’endroit.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

Le parcours souhaité ici-même en mode 1984 ou 2000 (un enchaînement Portugal-Espagne) va donc se réaliser, en espérant qu’il ne dérape pas vers sa version 2006. Une fois de plus, la marche va être plus haute que la précédente, mais pour l’instant ça a plutôt réussi aux Bleus. D’autant plus que s’ils franchissent le cap espagnol, les coéquipiers de Mbappé auront à jouer une finale potentiellement moins relevée contre le vainqueur d’Angleterre-Suisse et de Turquie-Pays-Bas. Mais on disait aussi ça en 2016 après la victoire contre l’Allemagne à Marseille, et on connait la suite.

L’intensité folle mise par les Espagnols lors de leur quart de finale face à l’Allemagne (2-1) peut légitimement inquiéter. Certes, les Bleus n’ont encaissé qu’un but (sur pénalty) lors des cinq premiers matchs, comme en 1998, mais les équipes qu’ils ont rencontré ont sorti des prestations offensives très décevantes. Peu probable que ce soit encore le cas mardi avec la Roja. La bonne nouvelle, c’est que l’équipe de Luis de la Fuente sera diminuée par trois absences, deux en défense (Antonio Carvajal et Robin Le Normand, suspendus) et une au milieu (Pedri).

On espèrera simplement voir enfin du jeu, et des buts : les Espagnols ont marqué à chacun de leurs cinq matchs, onze buts en tout, et n’en ont encaissé que deux. Mais il en suffira peut-être d’un seul aux Bleus pour passer. Car, ils le savent, et les Portugais aussi : enchainer deux 0-0 se terminant aux tirs au but se termine rarement bien.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Dossier spécial Jeux olympiques