Quand Bruno Martini parlait du maillot des Bleus

Publié le 1er novembre 2020, mis à jour le 20 novembre 2020 - Matthieu Delahais

En août 2016, Bruno Martini avait accepté de répondre à mes questions dans le cadre de mon manuscrit sur l’histoire du maillot des Bleus. Elles ne figurent pas dans le livre, mais elles apportent un éclairage intéressant sur les spécificités du maillot de gardien.

Qu’avez vous ressenti la première fois que vous avez porté le maillot de l’équipe de France ?

J’étais très fier d’arborer le Coq sur la poitrine, symbole de la reconnaissance du niveau international qui m’était accordé. Une sorte d’adoubement matérialisé par ‘’l’uniforme’’ qui m’était offert doublé du sentiment de représentation de la nation. Le maillot tricolore reste assimilé à la quête du Graal, version football !

Le 12 août 1987, première sélection pour Bruno Martini contre la RFA. Il remplace Bats à cinq minutes de la fin.


Attachiez-vous de l’importance à l’apparence de votre maillot, d’autant plus que celui d’un gardien est différent de celui des joueurs de champ ?

Le maillot est assimilé à une deuxième peau…J’avais besoin d’être à l’aise en le revêtant. La coupe large permet d’avoir une bonne amplitude de mouvement. Le textile doit favoriser l’adhérence du ballon (captation poitrine) et limiter la glissade (chute ou plongeon lors de la réception au sol). Il doit protéger l’utilisateur avec des renforts matelassés aux coudes et une longueur suffisante pour que les hanches ne soient pas découvertes en cas d’extension maximale des bras(le maillot ne doit pas sortir du short ou du pantalon dans l’action). Les manches longues ont aussi un rôle protecteur (épiderme).

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26 août 1992, France-Brésil. Aux côtés de Martini, debout : Petit, Blanc, Prunier, Roche, Boli. Accroupis : Cocard, Ginola, Durand, Deschamps, Papin.


Le maillot doit être léger et quasi-imperméable afin d’optimiser la performance. 200 grammes d’eau dans un maillot sont préjudiciables…surtout psychologiquement ! Le maillot doit permettre la respiration de la peau, c’est-à-dire favoriser les échanges par fortes chaleur. La sudation doit être éliminée et le corps doit rester au sec. Ceci reste très utile lorsque l’on joue avec de fortes températures et un degré d’hygrométrie élevé (pour le froid, on s’accommode souvent d’un sous-maillot de type fibres synthétiques chaudes).

14 octobre 1987 : pour sa première titularisation avec les Bleus, Bruno Martini encaisse un but signé Thomas Sundby.


Est-ce qu’il y avait des éléments auxquels vous teniez (emblème, couleurs, numéro...) ?

La couleur du maillot reste fondamentale à mes yeux. Plusieurs théories se sont opposées entre les couleurs vives (l’attaquant est attiré par la couleur et tire sur le gardien) et sombres (l’attaquant perçoit peu le gardien ‘’caméléon’’ qui pourra intervenir subrepticement). Je préférais les couleurs sombres, sans doute pour mieux coller à ma personnalité, mais je n’avais pas toujours le choix car la couleur est aussi dictée par les couleurs des autres (partenaires, adversaires, arbitres) et par l’équipementier.

J’avais une préférence pour les maillots avec un col. Avec un maillot ras du cou, j’avais l’impression de jouer nu ! Le coq à gauche, près du cœur est plus équilibrant que le même coq tourné dans l’autre sens, regard dirigé vers l’extérieur ou regard à l’intérieur… J’avoue que ce genre de détail est occulté dès le coup d’envoi ! Heureusement !

La numérologie ou toute autre croyance s’impose. Le numéro 1 est représentatif du statut de titulaire. C’est la raison pour laquelle j’avais pris cette option bien que je préfère le 4, le 7, le 9 ou le 13. J’ai porté par défaut le 16 et le 22 à mes heures de banc. Mes 76 appels (de 1986 à 1996) en tant que joueur puis mes 11 années (de 1999 à 2010) en tant que membre du staff technique m’ont autorisé à porter un regard sur l’évolution du maillot français. Monsieur Louis Nicollin, Président du MHSC, bat tous les records en raison de son immense collection sur une période beaucoup plus large (depuis l’origine jusqu’à aujourd’hui).

10 juin 1992 : premier match en phase finale à l’Euro, contre la Suède (1-1).


Le 27 mai 1992, face à la Suisse, les maillots ont pour la première fois été floqués avec le nom des joueurs dans le dos. Le numéro est également apparu en petit sur la poitrine. Comment avez-vous réagi face à cette nouveauté ?

Avant de disputer l’Euro en Suède, nous avions hérité de notre nom au dos du maillot. Cette personnalisation a été bien accueillie car elle permettait d’authentifier sans ambigüité le ‘’propriétaire’’ de la relique. J’ai le souvenir d’un maillot rouge avec un numéro 1 noir sur le devant. L’identification du joueur est facilitée, notamment pour prendre au marquage un adversaire qui se présente de face (‘’Pierre, prends le 9 ; Paul prends le 6 ; Jacques, prends le 10’’). C’est en cela que la numérotation sur le devant prend son intérêt pour le gardien !

Avez-vous conservé les maillots que vous avez portés en équipe de France ? Sinon, savez-vous ce qu’ils sont devenus ?

Pour la plupart d’entre eux, mes maillots ont été offerts à des parents, famille ou amis. Monsieur Louis Nicollin est assimilé à ces derniers.
Les rares que j’ai conservés dorment au fond de cartons dans une remise en attendant que ma descendance en fasse la découverte… Cette facette de ma période sportive reste certainement floue, lointaine ou abstraite dans l’esprit de mes filles nées en 1989 et 1999 puisque mon activité de joueur international s’est arrêtée en juin 1996 !
On m’a signalé une ou deux tentatives de ventes par le biais d’annonces sur internet, mais j’ignore la provenance et la qualité du maillot (club ou Equipe de France ?).

Actuellement, un nouveau maillot sort quasiment tous les ans. Comment jugez-vous l’évolution de l’apparence du maillot dans le temps ? Préférez-vous ceux que vous avez portés ou ceux qui existent actuellement ?

C’est à la fois l’évolution technique pour l’optimisation de la performance et le marketing pour des raisons économiques qui incitent au changement. Cela est compréhensible. Le maillot près du corps réalisé par l’équipementier X atténue la possibilité d’accrocher l’adversaire aisément. L’équipementier Y ou Z s’aligne sur X afin que’’ ses’’ joueurs ne soient pas défavorisés. Chaque maillot semble adapté à son époque (effet de mode) et à ses contraintes (technicité) et je n’ai nulle préférence entre le maillot d’hier et celui d’aujourd’hui, sauf la couleur qui s’éloigne parfois du bleu ’’standard’’ français pour les joueurs de champ.

Le 20 février 1991 contre l’Espagne au Parc, Martini et Zubizarreta sont titulaires.


Au cours de votre carrière internationale, avez-vous pu échanger votre maillot avec un joueur que vous admiriez ou qui représentait quelque chose de particulier à vos yeux (idole de jeunesse, modèle dans le jeu...) ?

J’ai eu l’insigne honneur d’échanger mon maillot avec Andoni Zubizarreta. Au-delà de de son immense statut de gardien de but, Andoni partageait sa nationalité avec mon beau-père espagnol. Ce dernier a été comblé lorsque je lui ai confié le maillot du ’’monumental’’ basque. Un grand moment de bonheur pour cet homme de la terre attaché à ses racines ! Parmi mes pairs, quelques uns ont souhaité échanger nos maillots mais je n’ai aucun souvenir précis.

pour finir...

Merci à Alain Dautel qui m’avait mis en relation avec Bruno Martini.

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