Bleu merengue : Raphaël Varane, la décennie boulimique

Publié le 2 juin 2022 - Matthieu Delahais

Raphaël Varane aura passé 10 ans à Madrid et s’y est constitué un palmarès hors normes. International depuis 2013, il est devenu champion du monde alors qu’il était madrilène.

4 minutes de lecture
Cet article est le troisième d’une série de quatre consacrée aux Bleus du Real. Lire Bleu merengue : Zinédine Zidane le Galactique, Bleu merengue : Raymond Kopa, à jamais le premier et Bleu merengue : Karim Benzema, l’apogée tardive

Les circonstances du transfert

Raphaël Varane débute en Ligue 1 avec le RC Lens alors qu’il n’a pas encore 18 ans. En dépit d’une saison conclue par une relégation pour les Sang et Or, le défenseur central réalise de belles choses (24 matches, 2 buts). Le Paris Saint-Germain, Manchester United et le Real Madrid le convoitent et c’est le club espagnol qui rafle la mise. La légende raconte que Zidane en personne l’aurait appelé sur son portable, mais que le Lensois, en pleine révision pour le BAC aurait cru à une farce. Entre la perspective de jouer en Ligue 2 avec Lens ou de découvrir le plus haut niveau avec les Madrilènes, le jeune joueur choisit de s’émanciper. Pour un peu plus de 10 millions d’euros, il signe à Madrid pour 6 ans. Il va profiter des blessures de Fábio Coentrão et Pepe pour avoir du temps de jeu. Il est même buteur lors de son second match en championnat face au Rayo Vallecano et devient à cette occasion le plus jeune joueur non espagnol à marquer avec le Real Madrid. Sa première saison reste correcte pour un joueur de son âge, dans un club d’un tel standing. Il participe à 15 rencontres (dont 4 en Ligue des champions) et marque à deux reprises en championnat. Cerise sur le gâteau, il est sacré champion d’Espagne.


 

Le bilan de ses années au Real

Ses dix saisons dans la capitale espagnoles vont être riches en titres, avec pas moins de 16 trophées remportés : quatre Ligues des champions et autant coupes du monde des clubs ainsi que deux super coupes d’Europe au niveau international, auxquels s’ajoutent trois titres de champion, une coupe du Roi et deux super coupes d’Espagne. Varane a tout de même dû attendre 2014-2015 pour commencer à réellement s’imposer dans l’équipe. Il est vrai qu’une blessure au ménisque l’avait éloigné des terrains pendant quatre mois la saison précédente. Ce temps d’adaptation, ainsi que quelques blessures, expliquent qu’en dix ans il n’aura joué 360 matches (pour 17 buts) avec le Real.

La concurrence avec Pepe et Sergio Ramos l’a longtemps desservi. Benitez décide pourtant d’en faire un titulaire au début de la saison 2015-2016, mais il est remplacé en cours de saison par Zinedine Zidane qui renvoie son compatriote sur le banc. Ce n’est que l’année suivante que Varane va enfin s’imposer aux côtés de Ramos. L’Espagnol reste pourtant le patron de la défense merengue. Il est souvent reproché au Français de rester dans son ombre et de ne pas assez s’affirmer. En 2020, Manchester City élimine le Real en huitième de finale de la Ligue des Champions. Ramos, suspendu au retour, était absent et Varane, fautif sur les deux buts encaissés, subit les foudres de la presse.

La place de ses années au Real dans sa carrière

C’est à Madrid que Varane a réellement commencé sa carrière au plus niveau. S’il lui a fallu un certain temps pour s’affirmer sous la tenue blanche, il s’est vite retrouvé dans la peau d’un titulaire en sélection. L’expérience acquise au Real, notamment la culture de la gagne, a sans doute fait défaut aux Bleus lors de la finale de l’Euro (il a raté la compétition sur blessure) qui se voyaient déjà champions d’Europe après battu l’Allemagne en demi-finale. Mais en 2018, il s’est affirmé comme le patron de la défense française et a été un des grands artisans du titre mondial.

De sa carrière en club, on ne retient pour l’instant essentiellement ses années madrilènes, riches en titres. Sa première saison professionnelle à Lens lui avait permis de se faire connaître. Sa première saison à Manchester n’a pas pour l’instant soulevé l’enthousiasme. Mais à 29 ans, il a encore largement le temps de faire de grandes choses dans le nord de l’Angleterre et d’enrichir son armoire à trophées.

Ce qui a changé par rapport à son statut d’international A

C’est au Real que le Nordiste est devenu international. Appelé chez les Bleus en août 2012, il doit patienter mars 2013 pour faire ses premiers pas d’internationaux en même temps que Paul Pogba (22 mars, victoire 3-1 contre la Géorgie). Qualifié pour la coupe du monde 2014, il réalise de belles performances, mais il est pris de vitesse par Hummels sur le but allemand qui élimine la France en quart de finale. Deux ans plus tard, une déchirure musculaire le prive de l’Euro en France. Mais en 2018, il forme une paire redoutable aux côtés de Samuel Umtiti, et est sacré champion du monde. Il marque même de la tête (comme toutes ses réalisations en équipe de France d’ailleurs) le premier but français en quart de finale face à l’Uruguay. Ses belles performances de 2018 sont récompensées par une septième place au ballon d’or en fin d’année. La suite sera un peu plus compliquée, en dépit d’une qualification assez aisée pour l’Euro, la France est éliminée dès les huitièmes de finale avec trois buts encaissés face à la Suisse.

Varane a joué 79 de ses matches en Bleu (sur 85) alors qu’il portait la tenue madrilène. Tous ses buts (cinq) l’ont été au cours de ses années espagnoles. C’est avec ce club qu’il est devenu international et progressivement un taulier des Bleus. Deschamps en en a même fait son vice-capitaine depuis octobre 2014 (Arménie 3-0), alors qu’il n’avait que 21 ans. Il a porté le brassard 18 reprises (dont 17 alors qu’il évoluait au Real).


 

Les circonstances du départ

En 2021, il quitte le Real pour Manchester United, avec la volonté de relever un nouveau défi. Quelques mois après son départ, il expliquera regretter de ne pas avoir assez pu fêter ses victoires avec les Merengues. “Après avoir gagné la Ligue des champions, les supporters ne vous félicitent pas. Ils vous disent, “très bien, maintenant on s’attaque à la prochaine”. C’était comme ça après la première, et au final j’en ai gagné quatre. Mais ils disaient toujours “très bien, allons-y pour la suivante”. (...) Parfois, j’aurais aimé pouvoir appuyer sur le bouton pause et avoir le temps de fêter les succès…”

Depuis la fin de l’Euro, qui coïncide avec son départ à Manchester, Didier Deschamps travaille sur un système avec trois défenseurs centraux en équipe de France. La place de Varane ne semble pour l’instant pas menacée en dépit d’une saison moyenne à Manchester (qui ne jouera pas la Ligue des champions en 2022-23). Mais l’arrivée de jeunes joueurs prometteurs (Koundé, Upamecano, Saliba), le recentrage possible de certains anciens (Pavard, Lucas Hernandez) pourrait redistribuer les cartes.

Avant son arrivée au Real

 Une saison en Ligue 1 à Lens, ponctuée par une relégation
 24 matches et deux buts

Durant ses années au Real

 Dix saisons au Real
 Quatre Ligues des Champions et mondial des clubs, deux super coupes d’Europe, trois titres de champion, une coupe du Roi, deux super coupes d’Espagne
 360 matches et 17 buts, dont 236 en championnat pour 8 réalisations
 79 sélections, 5 buts avec les Bleus et 17 capitanats, une coupe du monde

Après son départ du Real

 Une saison à Manchester
 35 matches et un but
 6 sélections avec les Bleus et un capitanat, vainqueur de la Ligue des Nations

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