La brève histoire du sélectionneur Just Fontaine

Publié le 22 janvier 2021 - Richard Coudrais

Si le joueur Just Fontaine a laissé un souvenir impérissable, le sélectionneur (et entraîneur) a quelque peu été oublié. Et pour cause, sa carrière à la tête de l’équipe de France a été extrêmement courte.

Just Fontaine a connu l’une des carrières les plus courtes de l’histoire des sélectionneurs de l’équipe de France. Il n’a dirigé que deux matchs officiels des Tricolores, contre la Roumanie et l’URSS en 1967. On peut ajouter deux rencontres non-officielles contre une sélection de Corse puis le club allemand de Hanovre.

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Le contexte de son arrivée

Depuis la fin de la World Cup anglaise, où elle a été sortie dès le premier tour, l’équipe de France a été dirigée par un duo d’entraîneurs, Jean Snella et José Arribas. Une solution provisoire en attendant que la commission chargée de l’équipe nationale lui trouve un sélectionneur unique à plein temps. Celui-ci est désigné en janvier 1967 en la personne de Just Fontaine. Le meilleur buteur de la Coupe du Monde 1958 n’a que 34 ans mais sa carrière de joueur a pris fin quatre ans et demi plus tôt, prématurément achevée par une blessure. S’il a bien acquis un diplôme d’entraîneur, l’ancien Rémois n’a jamais entraîné la moindre équipe. On songe à lui adjoindre Albert Batteux pour le seconder, mais c’est finalement Henri Biancheri qui hérite du poste d’adjoint, bien que celui-ci soit à peine plus vieux que Fontaine (35 ans) et n’ait pas plus d’expérience sur le banc.

Son apport

On compte sur l’enthousiasme de Just Fontaine et son passé encore très récent d’international pour dynamiser une équipe de France complexée. Amoureux du jeu offensif, l’ancien avant-centre a pour crédo le 4-2-4 des Hongrois puis des Brésiliens des années cinquante, avec une défense en zone ayant recours au hors-jeu.

Fontaine prend la décision d’écarter tous les joueurs qui ne correspondent pas au schéma de jeu qu’il a en tête. Pour la défense, il fonde de gros espoirs sur la charnière centrale de l’US Valenciennes, Jean-Claude Piumi et Louis Provelli. Sur les côtés, il place les deux latéraux du Stade Rennais, Jean-Claude Lavaud et Louis Cardiet. Sa division offensive est à forte ossature nantaise (Jacky Simon, Bernard Blanchet, Philippe Gondet...) auxquels il adjoint des novices comme Jean-Pierre Dogliani et Charly Loubet.

Le premier rendez-vous est une rencontre à Marseille le 29 février 1967 contre une sélection de Corse. Contre toute attente, l’équipe insulaire, dirigée par Paul Sinibaldi, s’impose (2-0). Bien que la défense française ait complètement pris l’eau, elle est reconduite telle quelle pour la rencontre amicale face à la Roumanie au Parc des Princes le 22 mars 1967. Elle ne se montre pas plus à son avantage, encaissant un but dès la fin du premier quart d’heure, puis perdant Louis Provelli blessé à la 20e minute, lequel est remplacé par Robert Budzynski. Le secteur offensif à peine remanié ne se montre quant à lui guère plus efficace et l’équipe de France est logiquement battue 2-1.

Le tournant

Le 3 juin 1967, l’équipe de France reçoit l’URSS au Parc des Princes. Just Fontaine persiste dans sa volonté de faire jouer l’équipe de France en 4-2-4 avec défense en zone. Considérant que les joueurs du FC Nantes sont les plus à même de faire fonctionner ce système, six Canaris (le gardien, deux défenseurs, un milieu offensif et deux attaquants) sont alignés face aux Soviétiques. La réussite semble enfin sourire lorsqu’à la mi-temps, les Tricolores mènent 2-1, Gondet et Simon, deux Nantais, étant parvenus à battre Lev Yachine. Mais en seconde période, le château de cartes s’écroule, les Soviétiques dominent et s’imposent 4-2. C’en est trop pour la Fédération qui décide d’arrêter les frais. Justo le romantique est débarqué et l’on fait appel au « réaliste » Louis Dugauguez pour indiquer un changement de cap complet.

France-URSS, le 3 juin 1967
France-URSS, le 3 juin 1967
Debouts de gauche à droite : Jean Deloffre, Louis Cardiet, Gaby de Michèle, Gilbert Le Chenadec, Daniel Eon, Jean-Claude Piumi. Accroupis : Bernard Blanchet, Jacky Simon, André Guy, Philippe Gondet, Charly Loubet.

Son bilan

Deux matchs à domicile, deux défaites, le bilan de Just Fontaine est sans appel, d’autant que le jeu pratiqué a été médiocre, en dépit de compositions d’équipe qui s’appuyaient sur la complémentarité de plusieurs joueurs d’un même club. Même les deux rencontres supplémentaires (face à la sélection de Corse à Marseille puis le club d’Hanovre à Rouen) n’ont pas donné satisfaction, le match nul (3-3) contre le club allemand étant en fin de compte le meilleur résultat du sélectionneur Fontaine.

#GenreDateVilleAdversaireScore
308 Amical 26/03/1967 Paris (Parc) Roumanie 1-2
309 Amical 03/06/1967 Paris (Parc) URSS 2-4

+ deux rencontres non-officielles :

  • France-Corse (0-2) le 28 février 1967 à Marseille
  • France-Hanovre 96 (3-3) le 17 mai 1967 à Rouen

Son équipe-type

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Son type dans l’équipe

En le titularisant à la pointe de l’attaque des quatre rencontres qu’il a dirigées, Just Fontaine a sans doute vu en Philippe Gondet son digne successeur. L’attaquant nantais est en effet une machine à buts (36 buts lors de la saison 1965/66 avec le FC Nantes), mais sont efficacité en équipe de France est moins évidente. Elle a peut-être souffert du contexte morose de l’époque, mais Gondet a pourtant bénéficié de nombreux coéquipiers nantais pour l’alimenter sous le maillot bleu. En douze sélections en deux ans (entre octobre 1965 et septembre 1967), il a inscrit six des seize buts de l’équipe de France dans cette période. Après une grave blessure, il réapparaîtra à la rentrée 1970 pour deux sélections avec Georges Boulogne et un ultime but contre la Tchécoslovaquie.

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Et après ?

L’option du football offensif saupoudrée de jeu à la Nantaise et de défense en zone, instaurée par Snella et Arribas puis prolongée par Just Fontaine, est finalement abandonnée dès la fin de la saison 1966-1967 avec la nomination comme sélectionneur de Louis Dugauguez. Celui-ci est un “réaliste” de l’école d’en face, qui croit moins au talent qu’au travail. Un changement de cap qui ne donnera guère de résultats plus probants. Le football français traverse alors une des période les plus pauvres de son histoire avec une équipe de France incapable de se qualifier pour la Coupe du monde 1970, alors que techniciens et observateurs se déchirent dans un débat stérile entre football offensif et football pragmatique.

Just Fontaine quant à lui sera appelé à conduire la destinée du tout jeune Paris Saint-Germain, d’abord comme comme directeur sportif puis comme entraîneur avec Robert Vicot puis sans Robert Vicot. Le club parisien se hissera en première division. Justo entrainera ensuite l’US Toulouse (1978-1979), un club de seconde division qui deviendra le TFC, puis l’équipe nationale du Maroc (1979-1981) avec qui il connaitra plus de satisfactions qu’avec les Bleus. Quand à Henri Biancheri, il sera appelé par l’AS Monaco pour devenir son directeur sportif pendant de longues années.

19 joueurs dont 6 nouveaux

Nom sel
JF
Tps jeu G N P Buts Cap. Sel.
total
Charly Loubet 2 180 0 0 2 0 0 36
Bernard Blanchet 2 180 0 0 2 0 0 17
Louis Cardiet 2 180 0 0 2 0 0 6
Jean-Claude Piumi 2 180 0 0 2 0 0 4
Philippe Gondet 2 135 0 0 2 1 0 14
Daniel Eon 2 135 0 0 2 0 2 3
Joseph Bonnel 2 70 0 0 2 0 0 25
Georges Lech 1 90 0 0 1 0 0 35
Jacques Simon 1 90 0 0 1 1 0 15
André Guy 1 90 0 0 1 0 0 8
Gabriel De Michèle 1 90 0 0 1 0 0 2
Jean-Claude Lavaud 1 90 0 0 1 0 0 1
Jean-Pierre Dogliani 1 90 0 0 1 1 0 1
Gilbert Le Chenadec 1 90 0 0 1 0 0 1
Jean Deloffre 1 90 0 0 1 0 0 1
Robert Budzynski 1 70 0 0 1 0 0 11
Jean-Claude Suaudeau 1 65 0 0 1 0 0 4
Georges Carnus 1 45 0 0 1 0 0 36
Louis Provelli 1 20 0 0 1 0 0 1

Pour les autres rencontres, Just Fontaine a également fait appel à Claude Robin, Robert Péri, André Fefeu et Jean-Claude Hernandez.

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