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1966, une année dans le siècle

Publié le 5 mars 2016

Les Bleus font leur révolution culturelle à Wembley, mais trop tard. Les Beatles quittent la scène en Californie, la France commence les essais nucléaires en Polynésie et de Gaulle plaide pour l’autodétermination au Viêt Nam. Ça se passe comme ça en 1966.

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Le contexte historique

Alors qu’en Chine démarre la Révolution culturelle et que se forment (en août) les Gardes rouges à l’initiative de Mao, la guerre du Viêt-Nam s’intensifie, les effectifs américains s’élevant à près de 400 000 hommes et que le Nord est régulièrement bombardé. Charles de Gaulle demande l’évacuation des Américains à Phnom Penh. Dans le Pacifique, la France commence ses essais nucléaires dan les atolls de Moruroa et Fangataufa. En Syrie, Hafez el-Assad prend le pouvoir grâce à un coup d’Etat militaire. Les Beatles font leurs adieux à la scène le 29 août au Candlestick Park de San Francisco. Au cinéma sort Masculin, féminin de Jean-Luc Godard avec Jean-Pierre Léaud et Chantal Goya, et La Grande Vadrouille de Gérard Oury. Goscinny et Uderzo publie Astérix chez les Bretons.

Le contexte sportif

En Europe, le Real Madrid conquiert son sixième trophée après cinq ans d’absence. L’Espagne est d’ailleurs championne d’Europe depuis 1964, mais calera dès le premier tour de la coupe du monde, pour laquelle on attend beaucoup du Brésil, double champion sortant. En France, le FC Nantes de José Arribas enchaîne son deuxième titre de champion consécutif et Philippe Gondet bat le record de buts en championnat (36). Le doublé est manqué de justesse, Strasbourg s’imposant en finale de la coupe de France (1-0).

Le sélectionneur en poste

Henri Guérin, fortement contesté pour ses choix tactiques et finalement abandonné par ses joueurs est démi de ses fonctions début septembre. Il est remplacé par un duo d’intérimaires nommés pour trois mois, les entraîneurs de Saint-Etienne Jean Snella et de Nantes José Arribas (photo). Autant dire que le principe du sélectionneur unique mis en place en 1964 n’est pas convainquant, sans que l’on sache à ce moment-là si le problème se situe dans la fonction ou dans la personne. En appelant deux entraîneurs de club, la Fédération française et le groupement des clubs professionnels semblent ne pas savoir où aller. Des années précieuses seront ainsi perdues, jusqu’au début de la décennie suivante.

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Le récit de l’année

Dès le début de 1966, Henri Guérin annonce la couleur : faute de joueurs techniques, mieux vaut s’inspirer des Italiens qui développent le catenaccio (défense en individuelle avec un libero en repli) et qui gagnent des compétitions (Coupe des Champions avec l’Inter de Milan). A la française, ça donne le béton, et c’est déjà tout un programme. Le premier match de l’année se joue d’ailleurs contre l’Italie au Parc le 19 mars. Ni Aubour côté tricolore, ni Albertosi côté azzuri ne sont vraiment mis à contribution et la rencontre se termine par un triste 0-0.

Un mois plus tard, le 20 avril et toujours au Parc, le système montre déjà ses limites contre la Belgique. L’attaquant Paul Van Himst ne marque pas, mais il met au supplice la défense française débordée et qui concède trois buts dont deux de la tête (0-3). Visiblement, le béton est encore bien friable. Confirmation début juin au stade Lénine de Moscou ou les Français, emmenés par un bon Philippe Gondet, mènent pourtant 2-0 après 21 minutes de jeu (Blanchet a ouvert le score deux minutes plus tôt). Mais une erreur de Budzinski remet immédiatement les Soviétiques dans le match, qui prennent même l’avantage en deux minutes après l’heure de jeu. Joseph Bonnel arrachera l’égalisation sur un centre de Gondet (3-3), mais la défense a encore pris trois buts.

Le 6 juin, Henri Guérin communique la liste des 22 joueurs qui participeront à la coupe du monde en Angleterre. La préparation commence le 22 juin dans la station thermale de Peebles, en Ecosse, sans Daniel Eon, le gardien nantais qui s’est blessé en championnat lors de la dernière journée. Bernard Blanchet sera lui aussi forfait pour blessure et Lucien Muller écarté du groupe pour avoir refusé de jouer un match d’entraînement.

C’est dans cette ambiance sinistre que les Bleus affrontent le Mexique le 13 juillet à Wembley. L’occasion est belle de prendre la tête du groupe (l’Angleterre et l’Uruguay ont fait match nul en ouverture du tournoi) contre l’adversaire le plus facile. Mais rien ne sera facile cette année-là pour l’équipe de France qui tente d’assimiler le marquage en individuelle, alors que certains défenseurs jouent la zone en club. Résultat, les Mexicains dominent la première mi-temps et marquent à la 48e sur un placement hasardeux de la défense. Les Bleus égaliseront par Gérard Hausser à la 61e mais ne pourront pas faire mieux qu’un piteux 1-1.

Contre l’Uruguay deux jours plus tard, l’équipe de France n’a plus droit à l’erreur. Il ne faut surtout pas perdre et si possible gagner. C’est plutôt bien parti avec dès l a fin du premier quart d’heure un pénalty suite à une combinaison Herbet-Bonnel terminée par une faute de Troche. Hector De Bourgoing le transforme (16e) et Simon manque d’un rien le break six minutes plus tard. Erreur fatale, car la Celeste allait prendre le dessus en cinq minutes autour de la demi-heure grâce à deux buts marqués dans la surface par Rocha et Cortes (1-2). Les Bleus allaient dominer la deuxième période, se créer une ultime occasion d’égaliser par une frappe de Hausser sur l’équerre de Mazurkiewicz, mais c’était trop tard.

Il ne restait plus qu’à battre l’Angleterre par deux buts d’écart à Wembley, autant dire espérer qu’il neige pour le 14 juillet. Organisée de main de maître par Stanley Rous, président britannique de la FIFA, cette World Cup ne devait pas échapper aux Anglais et ce n’est certainement pas une équipe de France petit bras qui allait l’en empêcher. Pourtant, le changement de tactique imposé par les joueurs (et notamment le Nantais Robert Budzinski) qui abandonnent le béton et reviennent à la défense en ligne manque de peu de piéger les Anglais. Il faudra un coup de Nobby Stiles sur le genou de Robert Herbin, neutralisant le Stéphanois dès la 8e minute, pour que les Bleus s’inclinent sur deux buts de Hunt (38e et 75e). Le premier est inscrit en position de hors-jeu, mais l’arbitre l’accorde après en avoir refusé un pourtant valable dix minutes plus tôt. Et le deuxième est marqué dans le prolongement d’une action où Stiles a découpé Jacky Simon, touché lui aussi au genou. Les Bleus finissent à neuf et laissent beaucoup de regrets après avoir fait jeu égal avec le futur champion du monde. Ce match-là contribue, huit ans après le France-Brésil de Solna, à la légende nationale d’une sélection héroïque et malchanceuse. Il faudra attendre 1984 pour passer à autre chose.

La révolte des joueurs entraîne en tout cas le départ d’Henri Guérin, remplacé par un duo d’intérimaires empruntés à Nantes et Saint-Etienne, José Arribas et Jean Snella. Leur mandat ne va pas bien loin, jusqu’à la fin de l’année civile, soit quatre matches dont trois de qualification pour le championnat d’Europe 1968. Contre la Hongrie en septembre à Budapest, les Français jouent donc la défense en ligne et ils vont le payer au prix fort, avec quatre buts marqués par Janos Farkas, dont deux sur lesquels un attaquant était en position de hors-jeu. Philippe Gondet et Hervé Revelli ont égalisé deux fois, mais ce n’était pas suffisant (2-4).

En octobre face à la Pologne au Parc, les Bleus commencent la phase qualificative pour 1968. Et ils la commencent bien, avec une première mi-temps parfaitement maîtrisée terminée par un but d’avance (Di Nallo) avant de se faire une frayeur à l’heure de jeu et de l’emporter finalement à cinq minutes de la fin grâce à Georges Lech (2-1).

Le 11 novembre à Bruxelles, il s’agit de confirmer ces nouvelles dispositions contre la Belgique, mais Paul Van Himst douche les espoirs français en trois minutes à la reprise (51e, 54e) en traversant la défense tricolore. Le but de Lech (67e) ne sera pas suffisant pour arracher le nul (1-2).

Il reste donc à battre le Luxembourg deux semaines plus tard, et c’est sous la neige que les Français ouvrent rapidement le score par Herbet (8e) avant de se mettre à l’abri par deux buts coup sur coup de Revelli (40e) et Lech (41e). 3-0, mission accomplie et année terminée.

La révélation de l’année

Hervé Revelli. A vingt ans et quatre mois, le Stéphanois sera-t-il le grand buteur que les Bleus attendent depuis la carrière interrompue de Just Fontaine ? Tous les espoirs sont permis. D’ailleurs, il lui faut un peu moins d’une heure, en septembre à Budapest, pour ouvrir son compteur en sélection après que le gardien hongrois ait repoussé un tir de Gérard Hausser. Il ne marque pas contre la Belgique, mais il est passeur décisif (pour Herbet) et buteur contre le Luxembourg. Dommage pour lui que ses 30 sélections (pour 15 buts inscrits) se soient calées dans la période noire des Bleus, entre 1966 et 1975. Il deviendra cependant le troisième meilleur buteur de l’histoire du championnat de France derrière Delio Onnis et Bernard Lacombe, avec 216 buts.

Les joueurs de l’année

28 joueurs ont participé aux dix matches de 1966. c’est Jean Djorkaeff qui a le plus joué, n’en manquant qu’un seul, contre deux pour Bernard Bosquier, Gérard Hausser et Robert Budzynski. Neuf joueurs n’ont participé qu’à un seul match, conséquence logique du turn-over opéré après la coupe du monde. Huit joueurs ont fait leurs débuts en sélection : Bernard Blanchet, Daniel Eon, Gabriel de Michèle, Hervé Revelli, Jean-Claude Suaudeau, Claude Robin, Paul Courtin et Michel Watteau, ces deux derniers n’étant plus rappelés par la suite.
En plus de Courtin et Watteau, six internationaux ont quitté l’équipe de France en 1966 : Gérard Hausser, André Chorda, Marcel Artélésa, Edmon Barafe, Laurent Robuschi et Hector De Bourgoing.

Les buteurs de l’année

Georges Lech a marqué trois buts, Hervé Revelli et Philippe Gondet (photo) deux, Yves Herbet, Fleury Di Nallo, Hector De Bourgoing, Gérard Hausser, Bernard Blanchet et Joseph Bonnel un. L’absence d’un véritable buteur s’est faite lourdement sentir.

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Carnet bleu

Naissances de Pascal Vahirua (9 mars), Rémi Garde (3 avril), Eric Cantona (24 mai) et Lionel Charbonnier (25 octobre, photo).
Décès de Maurice Gastiger (22 janvier), Alfred Roth (5 septembre), Paul Mathaux (18 septembre) et Jean Gauteroux (14 octobre).

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