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Quand la maison prend l’eau

Publié le 9 avril 2015, mis à jour le 12 mai 2015

Face au Brésil, l’équipe de France a encaissé trois buts à domicile pour la première fois depuis presque 16 ans. Bilan d’après-guerre de ces matches à la maison où la défense n’était plus étanche.

Prendre trois buts (ou plus) à domicile est une expérience foncièrement déplaisante. Dans l’histoire des Bleus, c’était pourtant banal avant la deuxième guerre : 36 fois en 89 matches joués à la maison. Entre 1946 et 1968, c’est déjà devenu moins fréquent : 18 fois quand même en 79 matches. Mais depuis 1969, c’est devenu exceptionnel : 7 fois en 236 rencontres ! Sur les vingt dernières années, ce n’est arrivé que trois fois.

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Bien entendu, à chaque fois qu’elle en encaissé quatre buts ou plus à domicile, l’équipe de France a toujours perdu, et ce à 25 reprises ! A noter au passage trois défaites à six buts encaissés : Pays-Bas en 1936 (1-6), Belgique en 1930 (1-6) et Angleterre en 1927 (0-6). Les deux plus lourdes déroutes à domicile ont d’ailleurs été infligées elles aussi par l’Angleterre, en 1909 (0-11) et en 1906 (0-15).

Le graphique ci-dessous établit une corrélation entre le nombre de buts encaissés à domicile et le résultat final. A noter que les Bleus ont gagné six fois avec trois buts encaissés : contre la Belgique en 1914 (4-3), 1926 (4-3), 1938 (5-3), et 1956 (6-3), face à l’Espagne en 1959 (4-3) et au Portugal la même année (5-3).

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Les six précédents depuis 1981

Il faut remonter à juin 1999 (2-3 contre la Russie) pour trouver trace de l’avant-dernière fois où les Bleus ont encaissé au moins trois buts à domicile.

Au cours d’un match débridé marqué par des tirs déviés et autres bizarreries défensives, les champions du monde de Roger Lemerre, privés de Zidane et de Lizarazu, s’inclinent en compétition pour la première fois depuis près de six ans (2-3). Sans conséquences, puisqu’ils se qualifieront pour l’Euro lors de la toute dernière journée au terme d’un match au forceps contre l’Islande.

 


 

L’année précédente, un match amical contre la Norvège à Marseille s’était terminé par un inquiétant 3-3, inquiétant pour la défense des Bleus privée de Lizarazu, l’équipe étant disposée en 4-1-2-3. L’équipe de France est menée 0-1, revient à 2-1 grâce à un chef d’œuvre de Zidane, se fait à nouveau dépasser avant d’égaliser à la 91e par Desailly.

 


 

La fois précédente avait coûté beaucoup plus cher. C’était en octobre 1993 contre Israël, lors d’un match qui devait assurer en cas de victoire la qualification pour la coupe du monde aux Etats-Unis. Mais ce match-là, les Bleus le prennent par dessus la jambe et s’inclinent en encaissant deux buts dans les dix dernières minutes (2-3). Ils ne sont pas éliminés ce soir-là, mais un mois plus tard face à la Bulgarie.

En 1992 contre la Belgique, en préparation de l’Euro Suédois, la bande à Platini est chahutée à domicile par la Belgique d’Enzo Scifo : les Bleus sont menés deux fois en première mi-temps, reviennent grâce à Papin et Vahirua mais s’inclinent à nouveau juste après la reprise. Il faudra une papinade (ciseau retourné à l’entrée de la surface) pour arracher le nul (3-3).

 


 

Dix ans plus tôt, les héros de Séville disputent le match de trop en août au Parc, contre une Pologne qui leur a déjà pris la troisième place un mois plus tôt en Espagne. Avec une défense pourtant expérimentée (Amoros, Janvion, Trésor, Bossis) devant un Jean-Luc Ettori complètement dépassé, ils cèdent une première fois à la 28e, et perdent pied en sept minutes à l’heure de jeu avec trois nouveaux buts inscrits comme à la parade devant 16 000 spectateurs éberlués. Ce 0-4 est la plus lourde défaite de l’équipe de France de ces 33 dernières années.

 


 

Invaincus au Parc depuis 1975, les Bleus de Michel Hidalgo ne sont pas rassurés au moment de recevoir le Brésil de Zico, Socrates, Cerezo et Junior en mai 1981. D’autant que Platini, Giresse, Battiston et Rocheteau sont forfaits. Les hommes de Tele Santana se baladent, mènent 2-0 à la pause et finalement 3-1 après un splendide but de Socrates tout en touché qui lobe Jean Castaneda.

Après 2015, 2016 ?

Les plus perspicaces d’entre vous auront remarqué un fait curieux : les matches à trois buts ou plus encaissés à domicile arrivent environ tous les dix ans, mais deux par deux à un an d’intervalle : 1981 et 1982, puis 1992 et 1993 et enfin 1998 et 1999. Ce n’est pas une bonne nouvelle : si la série continue, cela veut dire que les Bleus vont encaisser trois buts à domicile l’an prochain, où ils joueront la plupart de leur matches à la maison pendant l’Euro... Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que la défaillance arrive plutôt avant le mois de juin. Car après l’été commenceront les qualifications pour la coupe du monde 2018, et mieux vaudra éviter ce genre de choses.

On peut se rassurer en rappelant que les Bleus n’encaissent pas beaucoup de buts à domicile lorsqu’ils jouent une phase finale en France. C’est arrivé deux fois en 16 matches : en juin 1938 contre l’Italie à Colombes (1-3, quart de finale de la coupe du monde) et en juin 1960 face à la Yougoslavie à Paris (4-5, demi-finale de la coupe d’Europe des Nations). Sur les douze matches joués en 1984 et 1998, Bats et Barthez n’ont encaissé que 6 buts (dont deux sur pénalty). Et jamais plus de deux à la fois.

Et les champions du monde depuis 20 ans ?

Depuis 1995, les Bleus n’ont encaissé trois buts à domicile qu’à trois reprises, ce qui est très peu. Et si on regardait ce qu’on fait les sept autres champions du monde sur la même période ?

Le mauvais élève, c’est le champion du monde en titre. L’Allemagne a certes une attaque de feu, mais sa défense n’est pas toujours à la hauteur. Depuis 1995, elle a encaissé au moins trois buts à domicile à douze reprises, la dernière fois pas plus tard qu’en septembre, avec ses quatre étoiles sur le maillot, contre l’Argentine (2-4). A noter aussi un cinglant 1-5 contre l’Angleterre en septembre 2001 qui faillit lui coûter sa place au Japon, et un comique 4-4 contre la Suède en octobre 2012, après avoir pourtant mené 4-0. Sept de ses largesses défensives ont eu lieu en compétition, mais trois se sont terminées par des victoires (4-3 à chaque fois).

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Si l’Angleterre et l’Uruguay ne sont pas toujours étanches (six fois trois buts au moins à domicile depuis 20 ans), l’Italie et le Brésil font aussi bien que la France, avec seulement trois matches où la défense a lâché. Mais les deux dernières fois, les Brésiliens ont fait fort : 1-7 contre l’Allemagne et 0-3 contre les Pays-Bas, le tout dans le dernier carré d’une coupe du monde à domicile. Ils n’ont d’ailleurs toujours pas rejoué au pays depuis.

Enfin, la palme revient à l’Espagne. Non seulement la Roja n’a plus pris trois buts à domicile depuis mars 1991 (2-4 contre la Hongrie en amical), mais elle n’a tout simplement jamais cédé plus de deux fois chez elle en compétition depuis ses débuts sur la scène internationale en 1920.

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