[859] France-Ukraine (7-1) : c’est un festival statistique

Publié le 8 octobre 2020 - Bruno Colombari

Contre une équipe ukrainienne privée de trop de joueurs importants, les Bleus se sont fait plaisir en soignant leurs stats et leurs automatismes. Mais faute d’une opposition sérieuse, difficile de tirer des enseignements d’un tel match.

Le résultat était-il prévisible ?

Je suis le premier à défendre l’existence des matchs amicaux internationaux. Pas des matchs contractuels, pour faire plaisir aux partenaires et satisfaire les droits télé. Ce France-Ukraine parfaitement inutile à ce moment-là de la saison, et qui donnera des arguments aux détracteurs des semaines internationales, aura au moins eu le mérite de faire tourner les compteurs et de voir à l’oeuvre une partie du banc des Bleus

Contre une équipe ukrainienne à ce point affaiblie par les forfaits en cascade (pas moins de 14, dont trois gardiens) qu’elle ressemblait à une opposition titulaires contre remplaçants (dans le rôle des seconds) en fin de séance d’entraînement, la victoire des Bleus semblait évidente. Elle a pris des proportions plutôt inattendues, même si la deuxième mi-temps a remis un peu d’ordre et rappelé que l’Ukraine n’est pas Saint-Marin ou le Liechtenstein. Il aurait été intéressant de voir cette équipe au complet, car ce qu’elle a montré pendant la moitié de la deuxième période justifie sa présence au prochain Euro.

L’équipe est-elle en progrès ?

Elle a semblé en tout cas rester sur la lancée du match contre la Croatie où elle s’était montrée à la fois emballante devant et fragile derrière. Didier Deschamps a plusieurs fois affirmé que son expérimentation de la défense à trois centraux avait pour but de libérer la créativité des trois joueurs offensifs. Contre l’Ukraine, il est revenu à une défense classique avec une ligne de quatre (même si ceux-là n’avaient jamais été alignés ensemble), en optant pour un milieu en losange et deux pointes.

Cette organisation-là a donné de bien meilleurs résultats que la précédente, même s’il faut la pondérer par la faiblesse de l’opposition et l’absence d’enjeu. Le milieu en losange composé d’une sentinelle (Nzonzi), de deux joueurs excentrés (Tolisso et Camavinga) et d’un meneur placé derrière les deux attaquants (Aouar) a des airs de carré magique période 82-86. Le risque avec cette organisation, c’est que l’équipe se coupe en deux à la perte de balle, comme on l’a vu en deuxième mi-temps, du moins avant l’entrée de Pogba. Mais elle est intéressante et mérite d’être revue avec les titulaires habituels.

Quels sont les joueurs en vue ?

Difficile de ne pas citer Olivier Giroud, à qui il n’a manqué qu’un stade plein pour savourer son bonheur. Un peu moins de neuf ans après ses débuts en sélection au même endroit (contre les Etats-Unis), où il avait provoqué l’hilarité de certains coéquipiers depuis le banc de touche, l’attaquant de Chelsea a été impliqué dans les quatre buts français avant la mi-temps, en marquant deux lui-même. Centième sélection, doublé, brassard de capitaine et deuxième place au classement des buteurs devant Platini : soirée parfaite.

S’il a beaucoup baissé de pied après la pause, perdant des ballons faciles et étant dépassé sur le but ukrainien, Eduardo Camavinga a tout de même réalisé une première mi-temps de titulaire en forme de gourmandise, se payant même le luxe d’un joli but d’un retourné dans la lucarne, suivi d’une volée de 25 mètres un quart d’heure plus tard, de peu au-dessus. Sa facilité technique, son audace, son art de couper les lignes de passe et son toucher de balle sont un régal. Quel joueur !

Titularisé dans l’entre-jeu, Corentin Tolisso a signé un bon retour en sélection et prouvé qu’il pouvait prétendre à être titulaire, même si les places vont commencer à être chères. Il a été un des rares Bleus constants tout le long de la partie, et son joli but de la 65e est le fruit d’un une-deux réussi avec Mbappé. Il avait quitté la sélection en novembre 2019 en Albanie, en marquant un but, et il recommence.

Sur le côté gauche, Lucas Digne a fait un match intéressant, amenant le premier but par un débordement réussi et un centre au second poteau pour la tête de Giroud. Il a plus proposé offensivement que Benjamin Pavard, que l’on a de moins en moins vu à mesure que le match avançait.

Enfin, parmi les entrants, Kylian Mbappé (un but, une passe décisive), Wissam Ben Yedder (deux passes décisives) et Paul Pogba auront fait une bonne rentrée et contribué à la reprise en main des Bleus dans la dernière demi-heure du match.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Dayot Upamecano nous avait laissé sur une impression mitigée en septembre. Sa moitié de match hésitante contre l’Ukraine n’a rassuré personne. Mais le sélectionneur a annoncé que le défenseur de Leipzig s’était senti mal à la mi-temps, et que Kurt Zouma allait rejoindre Clairefontaine jeudi après-midi.

Clément Lenglet est lui aussi resté sur sa prestation décevante contre la Croatie. Dépassé sur les attaques ukrainiennes, il n’a pas été mieux avec la rentrée d’un Varane pas flamboyant non plus. Le Madrilène et le Barcelonais se sont fait déposer par Tsygankov, ce qui n’a pas aidé Mike Maignan qui a encaissé un but sept minutes après ses débuts en sélection, juste avant de voir son poteau droit le sauver.

La prestation d’Houssem Aouar a été irrégulière, le Lyonnais tentant des choses (notamment sa frappe de loin qui amène le deuxième but de Giroud), mais s’emmêlant parfois les pinceaux, comme sur une belle occasion en début de deuxième mi-temps où il s’est mis en mode Ben Arfa. Elle est toujours meilleure que celle d’Anthony Martial, qui a semblé perdu dans sa relation technique avec Olivier Giroud, et dont l’impact a été minimaliste. Il a perdu des points dans la perspective de l’Euro.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

Le France-Portugal de dimanche sera évidemment d’un tout autre acabit. D’abord parce qu’il aura un enjeu, la tête du groupe 3 de la Ligue A, les deux équipes ayant fait le plein lors des deux premières journées, mais le Portugal, tenant du titre, disposant d’une meilleure différence de but (+5 contre +3). Ensuite parce que les Portugais sont autrement plus forts que les Ukrainiens, avec une jeune génération très ambitieuse et quelques cadres toujours au top. Enfin, parce qu’il s’agit de la revanche de la finale de l’Euro 2016, la seule finale internationale perdue par les Bleus à domicile après les victoires de 1984, 1998 et 2003. Accessoirement, ce sera aussi l’affiche du troisième match de l’Euro l’an prochain, donc une façon comme une autre de prendre date.

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