[870] France-Allemagne (1-0) : un Rio à l’envers

Publié le 16 juin 2021, mis à jour le 21 juillet 2021 - Bruno Colombari

Impressionnants de maîtrise et tranchants devant, les Bleus ont pris le contrôle du choc contre l’Allemagne à Munich et auraient pu l’emporter plus largement avec un peu plus de réussite. De quoi voir la suite avec optimisme.

Le résultat était-il prévisible ?

Il n’est jamais prudent de prévoir une victoire contre l’Allemagne, a fortiori en phase finale. Mais, depuis l’Euro 2016, le rapport de forces était en faveur des Bleus, et le renfort de Benzema couplé aux résultats récents franchement décevants de la Mannschaft ne risquaient pas d’inverser la tendance.

Une victoire française était donc probable, fût-elle obtenue à l’arraché. C’est ce qui s’est passé sur un plan strictement comptable, même si ce 1-0 est assez trompeur compte tenu des deux buts bleus refusés pour hors jeu (flagrant sur celui de Benzema, moins sur celui de Mbappé), du tir sur le poteau de Rabiot et d’un pénalty assez évident oublié sur Mbappé. Restés jusqu’au bout sous la menace d’une égalisation allemande qui aurait été cruelle, les hommes de Deschamps ont fait le job avec sang froid et sérénité.

Ce qui était difficile à prévoir en revanche, c’est la non-utilisation de l’arme du coaching dans un match de haute intensité comme celui-là. Avec seulement deux changements à l’extrême fin de la partie (Tolisso à la 89e et Dembélé dans le temps additionnel), le sélectionneur s’est privé de la richesse de son banc. Le choix de placer Moussa Sissoko en tribune alors qu’il n’y a que trois milieux de terrain remplaçants est également surprenant, même s’il n’y a que 23 places sur la feuille de match.

L’équipe est-elle en progrès ?

Depuis trois ans, la France gagne souvent (23 fois sur 31) mais assez rarement contre des adversaires de son calibre, hormis le Portugal fin 2020 ou les Pays-Bas et l’Allemagne à l’automne 2018. On attendait donc avec impatience de la voir se mesurer avec le champion du monde 2014, qui plus est sur terrain adverse et en phase finale d’un Euro. Et ça a été vite vu, puisqu’après dix minutes de possession quasi exclusive (mais stérile) de la part de la Mannschaft, les Bleus ont pris la partie en mains et ne l’ont plus lâchée. Il y a bien eu encore une dizaine de minutes de flottement au retour des vestiaires, mais sans dégâts. Et avec un peu plus de réalisme devant (et de vigilance sur les positions de hors jeu), les Français auraient pu plier la rencontre bien avant le coup de sifflet final. A défaut d’un début triomphal, les Bleus se sont donc assurés d’un succès incontestable et tout en maîtrise.

Quels sont les joueurs en vue ?

Il n’y a pas photo : le meilleur Bleu à Munich, c’est Paul Pogba. Monstrueux dans la récupération, le Mancunien a tout fait : orienter le jeu, lâcher des caviars, faire tourner en bourrique les adversaires et même se créer une grosse occasion en première mi-temps, une reprise de la tête qui ripe sur l’épaule et qui passe au-dessus.

S’il n’a pas marqué, et si parfois il a un peu trop gardé le ballon, Kylian Mbappé a fait d’énormes différences dans la défense allemande et s’est créé les plus grosses occasions françaises, marquant même un but magnifique refusé pour une position de hors jeu discutable, et servant parfaitement Benzema pour ce qui aurait pu être une passe décisive.

Antoine Griezmann a été un peu moins en vue, mais il a touché beaucoup de ballons, aussi précieux dans son rôle offensif que dans son abnégation défensive, où on l’a vu tacler férocement comme un latéral où sortir de la tête des ballons brûlants dans sa surface.

Derrière, la charnière centrale Varane-Kimpembe a été sérieuse et concentrée, maîtrisant sans trop de peine l’attaque allemande il est vrai bien peu saignante jusqu’à l’entrée de Sané et de Volland.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Aucun des onze titulaires (qui ont tous joué au moins 89 minutes, les deux changements étant très tardifs) n’est passé à travers, mais Kanté n’a pas eu son abattage habituel, et si Rabiot a livré un gros combat, son jeu produit un peu trop de déchet pour être irréprochable. Karim Benzema a semblé soulagé d’avoir enfin marqué, mais c’était encore une fausse alerte. S’il a toujours cherché à combiner en première intention pour donner de la vitesse aux attaques françaises, il a manqué de jus au pressing et son replacement n’a pas été pertinent.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

Il va arriver vite, samedi à 15h à Budapest dans un stade plein. Le 0-3 tardif encaissé par la Hongrie ne laisse à cette dernière guère de choix : elle va devoir attaquer et prendre des risques, et donc s’exposer au jeu de transition des Bleus. C’est a priori un match largement à la portée des coéquipiers de Lloris, qui pourrait permettre à Didier Deschamps, si la différence est faite rapidement, de gérer la fatigue en faisant tourner l’effectif beaucoup plus largement qu’à Munich. Une deuxième victoire (qui serait la sixième d’affilée en phase finale, au passage) assurerait définitivement la qualification pour les huitièmes de finale, et probablement au moins la deuxième place. Elle permettrait aussi d’affiner les réglages entre les trois attaquants. Attention toutefois à la décompression qui pourrait jouer de vilains tours, comme à l’Euro 2004 où les Bleus s’étaient vus un peu trop beaux après l’incroyable retournement de situation contre l’Angleterre (2-1 dans le temps additionnel) et s’étaient fait piéger par la Croatie (2-2).

Soutenez chroniquesbleues sur Tipeee

En savoir plus

Derniers livres parus

Sites partenaires


Une autre manière de raconter le foot


Trophée virtuel spécial Euro


Foot et culture populaire


Stats sur l'équipe de France


Base de données mondiale


325 matchs des Bleus en intégralité