[895] Argentine-France (3-3) : il s’en est fallu de si peu

Publié le 18 décembre 2022 - Bruno Colombari

Outrageusement dominés au terme d’une première mi-temps épouvantable, les Bleus sont revenus deux fois de nulle part grâce à un triplé de Kylian Mbappé. Mais le sort de la finale s’est joué à la 120ème minute sur une balle de break de Kolo Muani sortie par Emiliano Martinez.

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Le résultat était-il prévisible ?

Passée par une série d’épreuves improbables (forfaits en cascade, virus dans la dernière semaine de la compétition), cette équipe de France-là ne présentait pas toutes les garanties requises avant la finale contre une Argentine beaucoup plus forte que celle de 2018. Il y a quatre ans, les Bleus étaient arrivés au dernier match bien plus sereins à l’issue de deux matchs maîtrisés contre l’Uruguay et la Belgique, alors que les Croates avaient menés un parcours du combattant qui allait laisser des traces.

Tout semblait donc réuni pour une issue favorable (et appelée de ses vœux par une écrasante majorité de supporters et de commentateurs) pour Léo Messi et sa bande. Et, après tout, avoir atteint une deuxième finale consécutive était déjà un exploit pour les Bleus. De là à être à ce point à la rue en première mi-temps, il y a une marge. Mais ces Bleus-là, avec tous leurs défauts, sont inoxydables, et Mbappé, qui était en train de rater sa finale dans les grandes largeurs, a bien failli foudroyer l’Argentine en moins de deux minutes.

Mais on avait prévenu ici de prendre garde aux prolongations et aux tirs au but, tant ces deux épreuves sont fatales aux Bleus depuis 2006. Ça n’a pas raté, tant les Bleus qui semblaient voler dans le dernier quart d’heure du temps réglementaire ont baissé de rythme dans la dernière demi-heure, jusqu’à ce contre fatal conclu par Lionel Messi et sorti par Koundé derrière la ligne.

Le deuxième pénalty de Mbappé a offert un ultime rebondissement, qui aurait pu achever les Argentins si, au bout d’un invraisemblable dénouement, Randal Kolo Muani avait trompé Emiliano Martinez. Mais ce dernier a sauvé l’Argentine, et la séance de tirs au but semblait perdue d’avance. Elle l’a été.

L’équipe est-elle en progrès ?

Il a fallu beaucoup trop de temps aux Bleus, complètement dépassés en première mi-temps à un point presque invraisemblable (aucun tir tenté) pour débuter leur finale. Si les Argentins avaient encore plus poussés au retour des vestiaires, l’affaire aurait pu être pliée beaucoup plus vite et personne n’aurait rien eu à redire. Mais voilà, le pénalty sifflé sur une faute d’Otamendi sur Kolo Muani a donné une première cartouche à Mbappé. Lequel s’est jeté comme un mort de faim sur une balle de 2-2 juste après, créant un immense espoir. C’est sans doute là, dans ces 18 minutes (en comptant le temps additionnel) qu’il y avait la place de renverser le match, mais les Argentins ont résisté comme ils ont pu et ont arraché la prolongation.

Les mauvais souvenirs de 2016 (Portugal, 0-1) et de 2021 (Suisse, 3-3 déjà) sont remontés à la surface et comme pour le confirmer, alors que Deschamps avait sorti Griezmann et Théo Hernandez (en plus de Giroud et Dembélé, avant la mi-temps), c’étaient les Argentins qui reprenaient le dessus en début de prolongations. Et sur un contre, comme pour le but de Di Maria, ils débordaient la défense française et prenaient à nouveau l’avantage par Messi dont la reprise était repoussée par Koundé derrière la ligne.

Le grand mérite des Bleus, et notamment des entrants Kolo Muani et Thuram, aura été d’y croire jusqu’au bout et d’obtenir un nouveau pénalty, le troisième du match. Le sang froid de Mbappé est tout à fait remarquable, mais le plus incroyable, en termes de résilience, est moins cette égalisation de la 118e que la balle de break de Kolo Muani à la 123e. Le coup est passé si près qu’on ne peut qu’être reconnaissant à cette équipe d’avoir refusé la défaite jusqu’au dernier moment et d’avoir même frôlé la victoire sans jamais avoir mené au score dans cette finale.

Quels sont les joueurs en vue ?

Hugo Lloris n’a pas été en réussite sur le pénalty de Messi ni sur les quatre tirs au but transformés par les Argentins, mais par ailleurs il a été plusieurs fois décisif, notamment sur une terrible frappe de Messi dans le temps additionnel. Dayot Upamecano a fait un gros match, compensant les difficultés de Varane dans l’axe et couvrant les espaces derrière Théo Hernandez. Adrien Rabiot a montré à quel point il était indispensable, même dans une forme précaire en raison de son affection virale cette semaine.

Randal Kolo Muani a fait une rentrée vraiment intéressante, tout comme Marcus Thuram. Les deux ont apporté de l’envie, de l’agressivité et de la détermination, et à ce titre, leur apport a contribué à rééquilibrer le match. Kingsley Coman est bien rentré dans la partie en chipant le ballon dans les pieds de Messi pour amener le deuxième but de Mbappé. On ne l’a malheureusement plus beaucoup vu par la suite, et il a vu son tir au but repoussé par Martinez.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Quel dommage que Deschamps ne soit pas allé au bout de son idée de titulariser Marcus Thuram à la place d’Olivier Giroud et Randal Kolo Muani plutôt qu’Ousmane Dembélé. Le Barcelonais est passé complètement à travers de sa finale, se faisant passer trop facilement par un Angel Di Maria intenable et provoquant un pénalty largement évitable. Sa Coupe du monde est vraiment décevante, avec un apport offensif insuffisant et des maladresses en défense.

Aurélien Tchouaméni a mal terminé sa Coupe du monde, le milieu de terrain français étant totalement submergé en première période avant de se reprendre en fin de match. On ne lui en voudra pas d’avoir manqué son tir au but au cours d’une séance qui semblait perdue avant même d’avoir été jouée.

Antoine Griezmann n’a pas eu son rendement habituel et n’est pas parvenu à endiguer les vagues argentines de la première mi-temps, sans doute parce qu’il était positionné plus haut que d’habitude et vite éliminé sur les contres argentins. Mais on peut regretter que Deschamps l’ait sorti dès la 71e minute : il aurait été précieux dans le meilleur moment français du match, lors du dernier quart d’heure du match.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

Il va falloir être patient, car le prochain n’aura lieu que le 24 mars 2023, soit dans 96 jours. Ce sera un France-Pays-Bas qualificatif pour l’Euro 2024 et, ironie de l’histoire, on se souvient que le premier match des Bleus à domicile après le titre de 2018 était aussi un France-Pays-Bas à Saint-Denis, avec feu d’artifice et présentation du trophée.

D’ici-là, il peut se passer beaucoup de choses : Didier Deschamps annoncera s’il prolonge son contrat jusqu’à l’Euro et plusieurs trentenaires comme Hugo Lloris, Steve Mandanda, Olivier Giroud ou Karim Benzema auront peut-être décidé de mettre un terme à leur carrière internationale. Autant dire que le visage de l’équipe de France 2023 ne sera probablement pas le même que celui de 2022. Les Bleus devront se projeter très vite vers l’Euro et ne surtout pas manquer leur entrée dans la phase qualificative, face à l’équipe la plus forte du groupe. Mais n’oublions pas qu’il y a deux places assurées (sur six) et que la République d’Irlande, la Grèce ou Gibraltar ne devraient a priori pas poser de problèmes à l’équipe de France.

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