Histoire de raclées : même les grandes sélections y passent

Publié le 20 avril 2021 - Matthieu Delahais

De quand date la dernière défaite par au moins quatre buts d’écart des huit champions du monde et des Pays-Bas (trois fois finalistes) ? Y a-t-il une corrélation entre la conquête des titres et une longue série sans raclée concédée ?

Si peu de matches internationaux ont eu lieu 2020, on a assisté à quelques jolies raclées, notamment la victoire 7-1 des Bleus face à l’Ukraine. Mais on a aussi vu le Portugal battre Andorre 7-0 ou la Serbie écraser la Russie 5-0. Par contre, le 6-0 infligé à l’Allemagne par l’Espagne est plus surprenant puisqu’il concerne un cador étoilé. Découvrons quand les grands du monde du football ont été corrigés pour la dernière fois…

L’équipe de France en mode défense renforcée depuis cinquante ans

Commençons par nous intéresser aux Bleus et partons du principe qu’on parle de raclées à partir d’une défaite par quatre buts d’écart. De ce point de vue, il faut avouer que nos Bleus ont longtemps été des spécialistes du sujet. On ne compte pas moins de six défaites avec dix buts ou plus encaissés : cinq remontent à 1910 ou avant, le dernier datant de 1927 (1-13 en Hongrie) et le record à 1908 contre le Danemark [1]. Les Bleus vont pourtant continuer à prendre régulièrement des valises : 1-6 contre la Belgique en 1930, même score face aux Pays-Bas en 1936, 0-4 face Anglais en 1957 ou encore 0-5 face au même adversaire 12 ans plus tard.

Avec les années 1970, arrive le début de la période défense renforcée. Au cours de cette décennie, la France n’encaisse jamais plus de trois buts et ne perd même plus quand cela arrive : victoire lors d’un amical en Argentine 4-3 en janvier 1971 et score de parité 3-3 en Tchécoslovaquie en avril 1974, toujours en amical.


 

En août 1982, lors du match de reprise face à la Pologne, les Bleus se prennent leur dernière raclée : 0-4 au Parc des Princes. Depuis, les gardiens français ne sont allés chercher le ballon quatre fois au fond de leurs filets qu’à deux reprises : en 2008 face aux Pays-Bas (1-4) et en 2015 face à la Belgique (3-4). Il est intéressant de noter que deux de ces défaites ont eu lieu lors de matches amicaux et à domicile.

Quand les champions du monde se font corriger

Voyons maintenant ce qu’il en est des autres grandes nations du football, en regardant à quand remonte la dernière dérouillée des autres nations championnes du monde, auxquelles nous ajouterons les Pays-Bas, trois fois vice-champions.


 

L’Allemagne est donc le dernier champion du monde à avoir reçu une correction (17 novembre 2020, 0-6 face à l’Espagne en Ligue des Nations). La précédente remontait à avril 2004, où les Roumains avaient passé un 1-5 aux Allemands, alors vice-champions du monde, lors d‘un match amical. Si on remonte plus loin dans le passé, on peut noter un 1-5 contre l’Angleterre en septembre 2001 (à domicile) en qualification de la coupe du monde et un 0-4 face au Brésil lors de la Coupe des confédérations en juillet 1999. Quant à la défaite la plus large subie par les quadruples champions du monde, elle a eu lieu dès le quatrième match de son histoire, en mars 1909, lorsque les Anglais leur avaient infligé un 9-0.


 

L’Argentine a aussi été victime de l’Espagne en amical sur un score de tennis (1-6, en mars 2018). En juin 2010 lors de la Coupe du monde, on trouve un 0-4 face à l’Allemagne, et un 1-6 en Bolivie en mars 2009 en phase qualificative. La précédente raclée était l’œuvre des Colombiens en août 1993 (0-5) toujours en qualification pour la Coupe du monde. Ces défaites avec cinq buts d’écart sont les plus lourdes pour les Albiceleste, à égalité avec le 1-6 encaissé face à la Tchécoslovaquie en juin 1958, lors de la Coupe du monde suédoise.


 

Les Pays-Bas ont été pour leur part victime de la France en août 2017 (0-4, avec le premier but en Bleu de Mbappé, en éliminatoire de la Coupe du monde). Pareille mésaventure ne leur était plus arrivée depuis novembre 1961, face à leurs voisins Belges, mais en amical cette fois (0-4). Ces défaites sont pourtant loin de rivaliser avec la plus large subie par les Orange, écrasés 2-12 par l’Angleterre en décembre 1907.

En Coupe du monde 2014, l’Espagne et le Brésil carbonisés en mondovision

Le féroce 1-7 encaissé par le Brésil face à l’Allemagne en juillet 2014 est encore dans de nombreuses mémoires. D’abord parce que c’était en demi-finale de leur Coupe du monde, mais aussi parce que c’est la plus large défaite de l’histoire des Auriverde (à égalité avec le 0-6 de septembre 1920 face à l’Uruguay). La précédente raclée subie par le Brésil datait de juin 1989, lors d’un tournoi amical face au Danemark 0-4.


 

C’est en juin 2014, lors de la Coupe du monde au Brésil, que l’Espagne s’est fait démonter pour la dernière fois (1-5 contre les Pays-Bas). Même si la Roja a régné sans partage sur le monde et l’Europe entre 2008 et 2012, elle a réussi à se faire remettre en place par son voisin portugais lors d’un amical en novembre 2010 (0-4). Mais pour trouver trace d’une autre dérouillée, il faut aller à juin 1963 (Ecosse, 2-6, en amical). Les plus larges défaites remontent à environ 90 ans, avec des 7-1, encaissés face à l’Angleterre en amical en décembre 1931 et l’Italie en juin 1928 lors de Jeux olympiques.


 

C’est en septembre 2012, en éliminatoire pour la Coupe du monde, que l’Uruguay a explosé défensivement pour la dernière fois (0-4, Colombie). En juin 2009, déjà en match de qualification pour le Mondial sud-africain, le Brésil avait infligé la même punition aux joueurs de la Celeste. La Colombie (juin 2004, éliminatoire de la Coupe du monde, 0-5), l’Equateur (février 1997, éliminatoire de la Coupe du monde, 0-4) et l’Allemagne (octobre 1993, amical, 0-5) sont les autres équipes à avoir fait des misères aux Uruguayens. Et pour trouver la plus large défaite subie par la Celeste, il faut simplement prendre le premier de son histoire, en juillet 1902, face à l’Argentine (0-6).


 

En juillet 2012, l’Italie a été victime de l’Espagne en finale de l’Euro (0-4). La Squadra Azzura, réputée pour sa solidité défensive n’avait plus encaissé quatre buts depuis 1979, face à la Yougoslavie 1-4, en amical. On pourra noter aussi les quatre buts encaissés lors d’une autre finale, mais mondiale cette fois, en juin 1970 face au Brésil (1-4). Pour en revenir aux Yougoslaves, ils avaient déjà donné aux Italiens leur dernière leçon en en mai 1957 (1-6) encore une fois en amical. Et c’est une autre nation d’Europe de l’Est, la Hongrie, qui a battu le plus largement l’Italie (7-1, en amical en avril 1924).


 

L’Angleterre tient bon depuis 1964 !

Et parmi les nations championnes du monde, c’est l’Angleterre qui affiche la plus grosse solidité défensive. Les joueurs aux Trois Lions n’ont plus été battus par quatre buts d’écart depuis mai 1964 (Brésil, 1-5, en amical). Six ans plus tôt, c’étaient les Yougoslaves qui avaient passé une leçon aux Anglais (0-5, en mai 1958 en amical). Et la plus large défaite de la sélection britannique remonte aussi aux années 1950. En mai 1954, la Hongrie de Puskas avait infligé un 1-7 aux sujets de sa Gracieuse Majesté à Budapest, six mois après les avoir corrigés à Londres (3-6, en novembre 1953) dans un match devenu historique.

Conclusion : pas de corrélation entre titres et raclées

L’Espagne, triplement titrée entre 2008 et 2012, a pourtant concédé sa pire claque contemporaine en 2014. A l’opposé, l’Angleterre tient bon depuis 57 ans, et a été championne du monde juste après sa dernière raclée, en 1966. Mais n’a plus rien gagné depuis, ni même disputé la moindre finale. Autant dire qu’il n’y a aucun lien entre des défaites lourdes et des tournois remportés.

En revanche, si on regarde contre qui les neuf grands sont tombés récemment, l’Espagne revient à trois reprises, dont les deux plus récentes contre l’Allemagne en 2020 et l’Argentine en 2018, mais aussi en finale de l’Euro 2012 contre l’Italie. La France s’est illustrée contre les Pays-Bas. Et seules deux sélections hors gotha se sont payées un scalp royal dans la période récente : la Colombie face à l’Uruguay (en 2012) et la Pologne contre la France, mais c’était en 1982.

Si on regarde maintenant quels sont les vainqueurs record, le tableau change, avec l’Angleterre qui a corrigé l’Allemagne et les Pays-Bas, mais c’était au tout début du XXème siècle. La Hongrie peut aussi s’enorgueillir de deux 7-1 contre l’Italie et surtout contre l’Angleterre en 1954. Le Danemark et la Tchécoslovaquie se sont offerts la France et l’Argentine.

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